Les Fucam n’attendent pas pour s’arrimer à l’UCL

Si on ne peut pas partir tout de suite à quatre, allons-y déjà à deux, quitte à ce que les deux autres nous rejoignent en cours de route.

Laurent Gérard
Les Fucam n’attendent pas pour s’arrimer à l’UCL

Si on ne peut pas partir tout de suite à quatre, allons-y déjà à deux, quitte à ce que les deux autres nous rejoignent en cours de route. Voilà, grossièrement résumé, le scénario sur lequel ont décidé d’avancer l’université catholique de Louvain (UCL) et les facultés universitaires catholiques de Mons (Fucam), après l’échec de la fusion des quatre universités catholiques (UCL, Fucam, facultés universitaires Saint-Louis à Bruxelles - FUSL - et facultés universitaires Notre-Dame de la Paix à Namur - FUNDP) dans l’UCLouvain, vendredi dernier, en raison du soutien insuffisant des instances de décision namuroises. Fucam (1 250 étudiants) et UCL (26 000) ont annoncé jeudi qu’elles continuaient à privilégier une fusion à quatre et que la porte restait ouverte aux deux autres partenaires de l’académie Louvain, mais que, "conscients de l’urgence du projet au niveau du Hainaut" , les conseils d’administration des deux institutions avaient décidé "d’entamer immédiatement des négociations en vue d’un projet commun de développement universitaire sur le Hainaut, par une fusion UCL-Fucam d’ici le printemps prochain" .

Il n’aura donc pas fallu une semaine aux deux universités pour se retourner. C’est qu’il y a urgence, disent-elles. Mais quelle urgence, au fait ? Il y a sans doute une urgence politique, pour les Fucam, de s’allier à un partenaire solide, face au "concurrent" de l’université de Mons (UMons), fruit de la fusion de l’UMH et de la faculté polytechnique. Des fois que le politique aurait des idées de rapprochement géographique entre les Fucam et cette UMons laïque. Mais le recteur des Fucam, Bart Jourquin, ne souhaite pas s’embarquer sur le terrain politique. Pour lui, l’urgence est ailleurs. Cette opération d’arrimage à l’UCL répond à un besoin de pouvoir s’appuyer sur une "grosse machine" pour développer son projet pour le Hainaut. Un projet qui, dit-il, est "différent de celui de l’UMons". "Je respecte le projet très local de l’UMons, très utile pour favoriser l’accès des jeunes hennuyers de 18 ans à l’université, mais ma vision est autre. Nous ne voulons pas nous recroqueviller sur la ville. Mon projet est certes bâti sur une logique de proximité, mais je veux pouvoir proposer autre chose aux étudiants plus âgés, qui ont déjà fait un bachelier professionnalisant. Et l’UCL va nous aider à mettre en place les outils pour faire connaître dans le Hainaut cette université ouverte sur l’extérieur." En promouvant les filières organisées par les Fucam (gestion, sciences politiques, humaines et sociales) mais aussi par l’UCL, qui est une université complète. Un des intérêts de l’UCL dans ce projet, qui pourrait donc être opérationnel dès la rentrée de septembre 2011.

Sous quelle forme juridique ? Cela reste à discuter, mais les négociateurs sont d’accord sur une chose : après l’échec de l’UCLouvain, l’idée est de répondre aux besoins, de travailler sur le projet que l’on veut développer ensemble, quitte à laisser un peu de côté les questions de gouvernance qui ont quelque peu plombé la fusion à quatre. Va-t-on assister à une absorption de l’UCL par les Fucam, à l’instar de ce qui s’est passé entre l’ULg et les facultés agronomiques de Gembloux, par exemple ? Bart Jourquin et Bruno Delvaux, recteur de l’UCL, prennent plutôt comme modèle la Kulak, l’antenne de la KUL à Courtrai, qui, tout en ayant son recteur et ses projets propres sur le terrain, peut s’appuyer sur une solide institution. "Nous voulons une gouvernance souple et efficace, avec une forte autonomie du site, confirme M. Delvaux, afin de développer l’offre d’enseignement universitaire et en Haute Ecole dans le Hainaut. Par ailleurs, nous souhaitons faire profiter les Fucam de notre politique mécénale, en les ouvrant à la Fondation Louvain."

Les Fucam et l’UCL insistent cependant, le projet de fusion à quatre n’est pas abandonné, loin de là. Jean-Paul Lambert, recteur des FUSL et président actuel de l’académie Louvain, est évidemment d’accord avec eux : "Il ne s’agit pas d’un éclatement. Je pense même qu’il y a lieu de croire que ces pourparlers de fusion - ou d’absorption - entre Fucam et UCL seront inutiles. Nous avons l’espoir que, d’ici le printemps, l’assemblée générale de Namur aura revoté sur la fusion."

Le recteur namurois, Yves Poullet, confiait d’ailleurs la veille à la RTBF sa volonté de donner une deuxième chance à la fusion des quatre universités catholiques. "Je crois qu’il y a de la part de nos membres, à l’intérieur de la communauté universitaire, un oui de principe à la fusion. Ce qui, me semble-t-il, a fait la difficulté c’est la complexité de ce que nous avons présenté au vote." M. Poullet se propose dès lors de mieux expliquer le projet, d’apaiser les craintes des uns et des autres, notamment concernant une perte d’autonomie des FUNDP, et d’ensuite faire procéder, d’ici deux ou trois mois, à un second vote, avec l’espoir qu’il soit favorable, cette fois. Dans ce cadre, il n’est pas interdit de penser que les avancées effectuées dans le dossier UCL-Fucam auront mis une pression supplémentaire sur les épaules des votants namurois.