Le bon ex emple salésien

Les membres de la commission sur les abus sexuels vont de surprise en surprise dans leur pèlerinage des "chapelles" qui composent la grande famille catholique. Marie-Christine Marghem (MR) a ainsi été très étonnée lorsqu’on lui a précisé que l’évêque de Gand, Mgr Luc Van Looy, qui avait laissé une impression catastrophique lors de son audition avant Noël en s’emmêlant les pinceaux à propos des dossiers d’abus récents, était aussi un Salésien !

Christian Laporte

Les membres de la commission sur les abus sexuels vont de surprise en surprise dans leur pèlerinage des "chapelles" qui composent la grande famille catholique. Marie-Christine Marghem (MR) a ainsi été très étonnée lorsqu’on lui a précisé que l’évêque de Gand, Mgr Luc Van Looy, qui avait laissé une impression catastrophique lors de son audition avant Noël en s’emmêlant les pinceaux à propos des dossiers d’abus récents, était aussi un Salésien !

C’est que mercredi les commissaires ont été positivement impressionnés par les disciples de Don Bosco. D’abord par leur supérieur néerlandophone, le P. Jos Claes qui n’a pas tourné autour du pot pour présenter les excuses des Salésiens de la province de Belgique-nord (Flandre et Pays-Bas) à toutes les victimes d’abus commis par les siens. Mais son témoignage fut aussi apprécié parce qu’il s’est efforcé de répondre à la question récurrente sinon lancinante depuis le début des travaux : comment se fait-il que jadis l’on n’a rien vu ou plutôt : que l’on n’a rien voulu voir ?

Pour Jos Claes, "le contexte puritain et disciplinaire""la sexualité apparaissait comme une puissance énorme qui pouvait être dangereuse " a pu amener trop de pères à fermer les yeux. C’était d’autant plus surprenant que "Don Bosco lui-même était conscient dès les débuts de sa congrégation de certains dégâts et il préférait que l’on ferme l’une de ses œuvres plutôt que de la voir exposée à ces périls". Et pourtant, les Salésiens furent aussi frappés par les drames de la pédophilie, notamment parce qu’on ne prit pas assez la mesure des conséquences tant pour les victimes que pour les auteurs, tentés finalement de récidiver. Mais la congrégation n’en resta pas là : face à l’accumulation de cas, elle proposa dès le début de l’an 2000 une série de lignes de conduite en cas d’abus sexuels. Des règles non équivoques jouant pleinement la transparence

De son côté, le provincial salésien pour la Belgique francophone mais aussi pour la France fut utilement interpellé sur l’obligation de signalement de faits déviants à la Justice qui existe dans la loi française. Pour Joseph Enger, "c’est vraiment une démarche importante et nécessaire à faire sans hésitation". Le provincial francophone répondit aussi sans ambages à la question de la destination de pères qui auraient été condamnés pour pédophilie. "Dans la société civile, les auteurs de tels faits ne sont pas condamnés non plus à perpétuité. Notre devoir est donc de continuer à les surveiller. Ce qui est aussi une garantie car si on les écartait, ils pourraient récidiver là où l’on ignore tout de leurs méfaits." Et d’ajouter en réponse à une question, qu’il n’y a pas de cas de religieux condamné à surveiller en Belgique, contrairement à la France où il y en a plusieurs

Dans le contexte de l’affaire Versteylen, l’on attendait beaucoup de l’audition du P. Fons Swinnen, le supérieur des Jésuites pour la Flandre. Ce dernier précisa bien une fois encore que l’ancienne brasserie de Viersel et ses drôles de méthodes de découverte de la sexualité ne dépendaient pas de la Compagnie mais cela ne l’empêchait pas d’être marquée par les récentes révélations. Les débats montrèrent aussi qu’il faut se méfier des rumeurs. Stefaan Van Hecke (Groen !) revint sur le cas d’un professeur de collège jésuite accusé depuis des années de faits répréhensibles au point d’avoir hérité d’un surnom qui ne laisserait pas planer le doute. Le P. Swinnen répliqua que lors de ses funérailles, il y eut non seulement une église pleine mais pas l’ombre d’un témoignage contre le pédagogue.

La journée se termina par l’audition du P. André Simonart, supérieur des Missionnaires d’Afrique belges. Un témoignage intéressant qui montra que le phénomène de la pédophilie n’est peut-être pas aussi développé que ne le laissent entendre les rumeurs. Il réfuta en tout cas l’assertion de l’historien des religions camerounais Alain Mbili, évoqué par Valérie Déom (PS) selon lequel aucun pays africain n’avait échappé aux missionnaires européens pédophiles. une certitude : même loin de la mère-patrie, les Pères blancs sont décidés à combattre le mal par des procédures appropriées. Enfin, le P. Simonart a dit tout ignorer de dossiers du groupe "Mensenrechten in de Kerk" cher à Rik Devillé