Beyer, archéologue politique

S’il partage sa vie entre le 18e arrondissement de Paris et "la terre de (sa) naissance", la Flandre, Luc Beyer de Ryke reste plus que jamais attaché à la Belgique.

Christian Laporte
Beyer, archéologue politique
©Frédéric Sablon

S’il partage sa vie entre le 18e arrondissement de Paris et "la terre de (sa) naissance", la Flandre, Luc Beyer de Ryke reste plus que jamais attaché à la Belgique. Il nous le rappelle régulièrement à travers des livres que l’on déguste pour leur raffinement comme on appréciait les textes qu’il ciselait comme présentateur des journaux télévisés de la RTB, pas encore tout à fait F, entre l’entame des années 1960 et la fin des années 1970 avant de s’immerger dans la politique européenne. Ainsi après avoir sonné "le tocsin pour la Belgique" et avoir cueilli "les lys de Flandre", le plus gaullien des journalistes belges a constaté que "la Belgique (est) en sursis". Et voilà qu’il s’est maintenant penché sur "la Belgique et ses démons" à travers ses "mythes fondateurs et destructeurs". Autant savoir d’emblée : Luc Beyer a toujours la nostalgie de la Belgique d’hier, de celle où, partout en Flandre, l’on pouvait (encore) s’exprimer dans la langue de Voltaire et où le français était synonyme de réussite sociale voire d’une aristocratie certaine. De celle aussi, hélas, où certains n’avaient que mépris pour la culture flamande ce qui ne pouvait qu’entraîner tôt ou tard une révolte. Il peut être utile de rappeler que pendant des décennies, l’on ne parlait que le français au Palais de la Nation et qu’il a fallu attendre les années 1960 pour qu’il y ait une traduction officielle en néerlandais de la Constitution

Les temps ont changé et la Flandre est en quête d’une autonomie renforcée qui lui permettrait de mieux assumer sa destinée dans une Europe où les régions entendent avoir leur mot à dire. Le "hic" est qu’en Belgique francophone, certains ne l’ont pas encore compris en ramenant toujours le contentieux communautaire aux blessures et symboles du passé. C’est aussi l’empreinte du livre de Beyer qui, dans son prologue, se présente comme un archéologue "car c’est une sorte d’archéologie politique que de creuser les soubassements d’un Etat qui, à de rares exceptions près, n’a jamais réussi à devenir une nation".

Certes l’auteur se défend d’entrer dans le débat politique, entendant "seulement ausculter, radiographier les Belges et la Belgique" et donc "les écouter et les entendre". Mais destiné aussi à un public hexagonal, le livre ne fera que renforcer certaines impressions un tant soit peu biaisées déjà par la presse française. En se focalisant par exemple sur la revendication d’amnistie de la collaboration, le lecteur peut avoir l’impression que le sujet est réellement (re) devenu une priorité pour le monde politique flamand alors que s’il en a été question, ce fut à travers la suggestion d’un psy francophone ou encore d’une personnalité catholique anversoise qui l’abordait de manière éthique et nullement politique. Faut-il dès lors boycotter le dernier livre de Beyer ? Non car il contribue au débat pour la compréhension du passé mais l’avenir semble, et c’est heureux, offrir encore d’autres perspectives

Luc Beyer, "La Belgique et ses démons", Editions Mols et François-Xavier de Guibert, 198 pp, 21,50 €