Overijse, "vlaams" et accueillante ?

Bienvenue à Overjise, "vlaams, groen, gast-vrij", annonce le panneau à l’entrée de l’entité flamande du Rand. Ici, les listes francophones récoltent 16% des votes. C’est aussi cette commune dirigée par un bourgmestre CD&V/N-VA qui créa en 2008 la "taalklacht", adresse récoltant tous les signalements d’affiches non néerlandophones remarquées chez les commerçants. Dans cette commune "flamande, verte et hospitalière", et sans facilités, qui pratique aussi le test linguistique pour les candidats aux logements sociaux (relatif au wooncode), comment un francophone unilingue sera-t-il accueilli ? Dans la rue commerçante, une passante aux cheveux gris le rappelle - avec le sourire - à celui qui lui demanderait son chemin en français : "Ici, vous devez parler néerlandais. Ici, à Overijse, c’est flamand. Je peux parler un peu français, mais pas ici ! Quand je vais à Wavre, je parle français !" Elle livre cependant les indications, mêlant les deux langues . "Mais vous verrez, à la commune aussi, vous devrez parler néerlandais . Et si vous ne savez pas, il faut amener un ami !"

Sophie Devillers

Reportage

Bienvenue à Overjise, "vlaams, groen, gast-vrij", annonce le panneau à l’entrée de l’entité flamande du Rand. Ici, les listes francophones récoltent 16% des votes. C’est aussi cette commune dirigée par un bourgmestre CD&V/N-VA qui créa en 2008 la "taalklacht", adresse récoltant tous les signalements d’affiches non néerlandophones remarquées chez les commerçants. Dans cette commune "flamande, verte et hospitalière", et sans facilités, qui pratique aussi le test linguistique pour les candidats aux logements sociaux (relatif au wooncode), comment un francophone unilingue sera-t-il accueilli ? Dans la rue commerçante, une passante aux cheveux gris le rappelle - avec le sourire - à celui qui lui demanderait son chemin en français : "Ici, vous devez parler néerlandais. Ici, à Overijse, c’est flamand. Je peux parler un peu français, mais pas ici ! Quand je vais à Wavre, je parle français !" Elle livre cependant les indications, mêlant les deux langues . "Mais vous verrez, à la commune aussi, vous devrez parler néerlandais . Et si vous ne savez pas, il faut amener un ami !"

Testons donc. A la demande - en français - de savoir quelles sont les démarches à réaliser pour une installation à Overijse et les possibilités de terrain à bâtir, l’employée à l’accueil indique en néerlandais le guichet à côté. Une jeune femme, tout sourire, y est assise. A nouveau, une explication en français. Les réponses, elles, se donneront exclusivement en néerlandais. Des maisons déjà construites nous intéressent-elles ? Car la commune, précise l’employée, développe en ce moment un projet de logements sociaux. Mais si l’on ne parle pas néerlandais ? Là, un test sera nécessaire. L’attestation sera à montrer lors des candidatures pour le logement social, répond-elle, après s’être renseignée auprès de ses collègues. En cas d’échec au test, il faudra suivre des cours. "Mais vous devrez apprendre, pas savoir parler parfaitement !" Et pour un bien privé ? Là, ni test ni cours. Mais ne faut-il pas mieux parler le néerlandais pour habiter Overijse ? "Pour venir ici, à la commune, c’est mieux ! Mais à Overijse, beaucoup parlent le français, dans les magasins aussi. Ici, je ne peux pas, mais si on était juste dehors, on pourrait parler français!" Surréaliste ? L’employée sourit toujours, ne dément pas.

Juste à côté se trouve la bibliothèque communale. Ici, pour savoir où se trouvent les livres dans la langue de Molière, il faudra se débrouiller avec le néerlandais et les gestes. Ou alors l’anglais, concède le préposé. La bibliothèque est en travaux et les livres en français encore accessibles ne sont plus qu’une poignée. Le reste est dans les containers. Mais "niet heel veel", nous prévient-il. Le francophone avide de lecture peut se rabattre sur la presse francophone, disponible chez les libraires locaux. Accompagnée d’un café ?

Dans cet établissement, l’arrivant sera d’abord salué d’un joyeux "goeiemorgen", mais celui qui y répondra d’un "bonjour" sera servi en français. "Cela ne me pose pas de problème de parler en français, affirme la patronne. Je parle avec tout le monde ! Mais je trouve que les francophones pourraient faire des efforts. Comme j’en fais moi pour parler français ! Et, oui j’aimerais que tout le monde parle en néerlandais." Elle tient à sa carte en néerlandais et se garde bien de placer des publicités en français en vitrine. "Parce que là, il y a une association qui vient, et si elle voit cela, c’est la bagarre." Car certains membres du Taal Aktie Komitee (TAK) se retrouvent ici après leurs réunions. "Parce qu’eux, c’est le néerlandais et rien d’autre ! Et puis, ils amènent des amis. Ce sont aussi des clients !" Dans sa boutique de vêtements pour enfants, Annie répond aussi dans leur langue aux clients francophones. "Ce serait stupide de ne pas le faire avec les clients ! On doit gagner notre vie." Mais ici non plus, aucune indication en français. "Je sais que la commune trouve que c’est mieux, car je suis ici depuis vingt-cinq ans. C’est normal, parce qu’on est en Brabant flamand. Oui, il faut agir pour protéger le néerlandais. C’est pour que le néerlandais ne disparaisse pas. Ici, on se trouve à la frontière entre les Brabant wallon et flamand. C’est la difficulté." Overijse, ville anti-francophone ? "Ce n’est pas vrai du tout."

C’est l’heure de la pause-déjeuner. Au snack "Koude hap", la vendeuse parle uniquement le néerlandais - "ce n’est pas contre vous, je ne sais pas parler le français !" -, et on obéit à la demande de la commune de ne rien afficher en français à la devanture. "Pourquoi elle demande ça ? On ne sait pas. En tous cas, on ne pense pas que le néerlandais va disparaître !" Katrien, qui tient une boucherie au centre-ville, accueille ses clients francophones en français. Et elle y tient. Il y a environ deux ans, raconte-t-elle, elle a reçu une lettre du bourgmestre lui demandant de s’adresser en néerlandais à tous ses clients. "J’ai jeté la lettre. Il peut écrire ce qu’il veut ! Il ne peut pas faire cela." Mais la bouchère n’aime pas vraiment en parler : ce n’est pas bon pour l’image d’Overijse. "Et puis, on a aussi des clients flamingants ! On ne veut pas de problèmes avec eux. Les clients restent des clients. Le client, c’est le roi. Nous, on parle la langue des clients." Mais pour elle, les francophones ne font pas assez d’efforts, "et c’est cela qui est dommage. C’est à cause de cela qu’il y a des problèmes. Je connais des gens qui sont ici depuis vingt-cinq ans et qui ne parlent pas un mot de néerlandais. Nous, on s’adapte toujours " Située plus en périphérie, cette commerçante francophone a maintenu son enseigne bilingue français-néerlandais. Et elle a déjà reçu plusieurs courriers à ce sujet. D’un particulier, Rudi Coel, qui l’encourageait "amicalement" à l’ôter, et de l’ASBL Taal Respect. La boutique a aussi été taguée avec les lettres VL, et a elle aussi reçu la "visite" du TAK. "J’ai hésité à maintenir cette enseigne, mais je veux tenir bon. Quand je ferai des transformations, je ne la garderai peut-être pas ." Elle dit se sentir à présent "mal à l’aise. Si cela devient un jour invivable, je serai obligée de revendre mon commerce " Elle montre aussi cet autre courrier en néerlandais : "Sept conseils pour stimuler l’usage du néerlandais dans son commerce" envoyé officiellement en 2010 par la commune aux commerçants. Outre les recommandations en matière d’affichages, la lettre suggère de saluer en néerlandais ou de ne pas trop vite se tourner vers la langue maternelle des clients. Afin de rendre plus visible le caractère néerlandophone de la commune. Et faire d’Overijse, "een gastvrije nederlanstalige gemeente"