Les syndicats belges plus divisés que jamais

Ce jeudi, la FGTB et la CSC vont manifester à Bruxelles pour une Europe de la solidarité. Mais ils le feront à des endroits différents, en se faisant la gueule et en tentant de tirer la couverture à soi.

Vincent Rocour
Les syndicats belges plus divisés que jamais
©Photo News

Éclairage

Encore une histoire bien belge qui, à la Confédération européenne des syndicats (CES), en a laissé plus d’un perplexe. Ce jeudi, la FGTB et la CSC vont manifester à Bruxelles pour une Europe de la solidarité. Mais ils le feront à des endroits différents, en se faisant la gueule et en tentant de tirer la couverture à soi. La FGTB fera entendre sa voix dès 8 heures du matin en quatre endroits de la capitale avant de rejoindre la rue de la Loi vers 11 heures. Au même moment, la CSC réunira ses militants sur le plateau du Heysel.

Le piquant de l’affaire, c’est que dans les têtes de certains leaders syndicaux belges, cette journée du 24 mars devait être l’occasion de ressouder le front commun syndical mis à mal par l’échec de la négociation autour de l’accord interprofessionnel 2011-2012. Objectif manqué. Leur division apparaît au grand jour et semble plus béante que jamais.

Tout paraissait clair au départ pourtant. La CSC, la FGTB et la CGSLB avaient convenu de faire entendre leur voix le 24 mars à l’occasion du sommet européen du printemps consacré à la gouvernance socio-économique en Europe. Ils avaient pu rallier la Confédération européenne des syndicats (CES) à leur cause. Il y a quinze jours, un programme était élaboré : ce serait un blocage de la rue de la Loi entre 11 et 14 heures par une dizaine de milliers de militants. Une action qui ne perturberait pas trop les navetteurs, mais permettrait de faire entendre leur voix. Les trois syndicats pensaient pouvoir faire coup double : réaffirmer leur opposition à toutes les mesures d’austérité et retrouver une unité d’action.

Le hic, c’est que cette action paraissait en deçà des attentes de certaines centrales syndicales de la FGTB qui avaient chauffé leurs troupes durant les grèves du 4 mars contre le projet d’accord interprofessionnel. Les métallos wallons de la FGTB notamment rêvaient d’actions visant à empêcher la tenue même du sommet européen.

Les discussions ont été animées mardi dernier au bureau de la FGTB. Le scénario radical n’a pas été retenu. Il a été jugé trop dangereux. Des incidents avaient eu lieu à certains barrages filtrants organisés le 4 mars à l’entrée de zonings. "Un blocage pur et dur de Bruxelles aurait pu échauffer certains esprits", commente un militant.

Mais les dirigeants de la FGTB ne peuvent pas refuser de prendre totalement en compte l’avis des plus radicaux. Un compromis est finalement trouvé : la FGTB participera bien à l’action en front commun de la rue de la Loi, mais s’y rendra en cortège (lire ci-contre).

Les deux autres syndicats ont cependant mal pris ce changement de cap. Ils disent avoir été mis devant le fait accompli. "Quand on décide de faire une action commune, tonne un responsable de la CSC, on ne fait pas cavalier seul ensuite. Ou alors on le dit en face."

Pour le syndicat chrétien comme pour son homologue libéral, la perspective de voir les militants de la FGTB débarquer en cortège sur la rue de la Loi paraissait insupportable. "Ils allaient encore faire leur show, se désole un affilié de la CSC. C’est sûr : ils ont lancé la campagne pour les élections sociales." Un autre évoque la perspective d’échauffourées. "S’il y a ne fût-ce qu’un petit peu de bagarre à ce moment, c’est la seule chose qu’on retiendrait de la journée. On ne voulait pas cela."

La CSC a dès lors voulu éviter le moindre contact avec la FGTB. Et a choisi de se réunir au Heysel. En espérant que le front commun pourra se recimenter ensuite. "Ce n’est pas la première fois que la FGTB nous fait ce coup-là . Ce coup-ci, cela n’était plus possible." Quant à la CGSLB, elle a refusé de choisir. Elle boudera les deux manifestations et mènera ce jeudi des actions de sensibilisation de son côté dans les entreprises.