L’argent des cultes : vers un consensus

En menaçant de toucher au financement de l’Eglise catholique si sa hiérarchie ne se prononçait pas rapidement sur les conclusions de la commission spéciale sur les abus sexuels, Karine Lalieux a surtout voulu faire monter la pression sur Mgr Léonard, mais l’élue bruxelloise sait bien qu’il y a encore loin de la coupe aux lèvres avant de passer à l’acte.

L’argent des cultes : vers un consensus
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Christian Laporte

En menaçant de toucher au financement de l’Eglise catholique si sa hiérarchie ne se prononçait pas rapidement sur les conclusions de la commission spéciale sur les abus sexuels, Karine Lalieux (PS) a surtout voulu faire monter la pression sur Mgr Léonard, mais l’élue bruxelloise sait, évidemment, très bien qu’il y a encore loin de la coupe aux lèvres avant de passer à l’acte : la grande réforme annoncée du financement des cultes est une matière constitutionnelle et nullement une affaire courante. En d’autres termes, il faudra attendre un gouvernement de plein exercice pour que le travail de fond réalisé par le groupe des Sages composé des Prs Louis-Léon Christians (UCL), Michel Magits (VUB) et Luc De Fleurquin (KU Leuven) et de la politologue Caroline Sägesser (ULB) puisse se traduire en textes législatifs. Cela dit, le rapport final est en bonne voie. L’on se souviendra que la commission de la justice avait été réunie en toute hâte le 1er février pour en examiner les grandes lignes avant sa clôture annoncée pour le 31 mars, date à laquelle expirait le mandat des Sages.

"C’est pour ainsi dire fait, précise le Pr Christians, puisque plutôt que de remettre le travail sur le métier, nous avons décidé d’y joindre un addendum de 20 pages qui répond encore à diverses questions des responsables des cultes, mais aussi des parlementaires." Les députés vont donc pouvoir poursuivre leurs réflexions et préparer le terrain - certains l’ont déjà fait dans un groupe plus ou moins informel - mais il semble quand même se dégager un consensus pour suivre le groupe des Sages qui propose de se baser sur des données plutôt objectives pour la réorganisation du financement plutôt que sur l’instauration d’un impôt philosophiquement dédicacé.

Les deux partis libéraux penchent plutôt pour cette dernière formule mais, lors d’un colloque organisé fin mars à Charleroi à l’initiative du spécialiste de la question qu’est Jean-François Husson, le député MR Denis Ducarme s’était retrouvé assez isolé face aux représentants des autres formations démocratiques (Viseur pour le CDH, Magnette pour le PS, Morael pour Ecolo) acquis sinon convaincus à l’idée qu’il faut recourir à des arguments objectifs et nullement surfer sur la seule inquiétude qu’engendre le développement de l’islam. Une précision encore en marge à propos de l’argent de l’Eglise catholique. "A la différence d’autres églises, l’Eglise catholique de Belgique n’a pas vraiment de patrimoine, explique le Pr Christians . C’est loin d’être le cas pour celle des Etats-Unis ! L’enseignement repose essentiellement sur des ASBL, et donc elle ne pourrait vraiment compter que sur la générosité des fidèles. C’est pourquoi il me semble une évidence qu’elle devrait se doter d’un fonds de solidarité."

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