"J’ai gardé un très mauvais souvenir des grèves des années nonante"

Nathalie Robert est institutrice en 1re primaire à l’école Notre-Dame Immaculée, à Evere. Elle enseigne depuis 21 ans. Elle ne sera pas en grève ce jeudi.

Laurent Gérard
"J’ai gardé un très mauvais souvenir des grèves des années nonante"
©Olivier Pirard

Témoignage

Nathalie Robert est institutrice en 1re primaire à l’école Notre-Dame Immaculée, à Evere. Elle enseigne depuis 21 ans. Elle ne sera pas en grève ce jeudi.

"Dans mon école, dit-elle, il n’y a personne qui fait grève, parce que nous n’avons pas de délégué syndical pour relayer les informations. Jusqu’à la semaine dernière, beaucoup de collègues ne savaient même pas qu’il y avait une grève. C’est aussi une question d’organisation : nous préparons la fête de l’école."

Personnellement, êtes-vous favorable à cette grève ?

Non, parce que j’ai gardé un très mauvais souvenir des grèves des années nonante. Je commençais à travailler, il y a eu quasiment un mois et demi de fermeture d’école. Nous avons été mal compris par les parents, quasiment insultés. Et avec très peu de résultats en fin de compte. Mais il y a un énorme malaise dans l’enseignement, il y a beaucoup de choses à faire et on ne bouge pas tellement au niveau politique. Donc, je soutiens le mouvement.

Vous partagez le constat, mais pas la méthode…

Tout à fait. Sur les fins de carrières, par exemple, il faut absolument arriver avec des choses plus concrètes sur la table. On annonce du tutorat et d’autres choses, mais ce n’est pas clair. Nos revendications ne portent pas tant sur le salaire que sur les conditions de travail, qui deviennent très pénibles. On se retrouve avec des classes de 24 au lieu de 20. Le public a fort changé aussi.

Enseigner aujourd’hui est-il plus difficile qu’il y a vingt ans ?

Oui. Il y a eu une transformation de la population. Beaucoup n’ont pas le français comme langue maternelle. Il y a donc tout un travail à faire en plus dans les petites classes. Les parents sont plus distants par rapport à l’école aussi. On dit toujours que l’enseignement va mal, mais la société a beaucoup changé. La cellule familiale a changé aussi. Il y a beaucoup de familles monoparentales où la maman doit tout faire. Des parents de plus en plus dépourvus ne savent plus comment éduquer leurs enfants et nous demandent comment faire avec eux en rentrant à la maison. Notre malaise, c’est ça. Ce sont tous les à-côtés qui ne sont pas l’enseignement proprement dit. Il faut remettre le métier à l’honneur. Les profs sont fatigués. On nous demande toujours plus et ça commence à être pesant. On n’a pas toujours le retour qu’on aimerait entendre.