Les réactions des parents et victimes

Jean-Denis Lejeune, le papa de la petite Julie, s'est dit choqué par la décision du tribunal d'application des peines. "On va peut-être remettre un monstre dans la rue demain", a-t-il réagi.

BELGA
Les réactions des parents et victimes
©Bauweraerts

Jean-Denis Lejeune estime que la libération est trop rapide

Jean-Denis Lejeune, le papa de la petite Julie, s'est dit choqué par la décision du tribunal d'application des peines. "On va peut-être remettre un monstre dans la rue demain", a-t-il réagi. "Je ne m'attendais pas à une libération aussi rapide alors que Michelle Martin a été complice de meurtres d'enfants", a expliqué M. Lejeune.

"Pendant trois mois, quand Dutroux était en prison, elle avait la possibilité de libérer les petites, voire au moins de les nourrir, pour leur laisser une chance de vivre, et elle ne l'a pas fait. Aujourd'hui, on lui donnerait à elle cette chance d'une nouvelle vie après seulement 15 ans de prison, alors qu'elle a été condamnée à 30 ans."

Insistant sur le fait que Michelle Martin est selon lui "aussi pire que Marc Dutroux", M. Lejeune s'interroge sur l'efficacité de la Justice. "Quand je vois ce type de décision, je me dis qu'il faudrait remettre la question de l'incompressibilité des peines sur la table", dit-il.

Selon ce dernier, la décision du tribunal est un coup dur pour les familles, qui ne disposent d'aucun recours, mais aussi "pour la population et même le jury de la cour d'assises dont on se moque".

"Je sais que certaines personnes peuvent faire des erreurs et doivent pouvoir bénéficier d'une deuxième chance. Mais on parle ici de faits tellement graves, de la mort d'enfants, je ne peux pas l'accepter", ajoute-t-il. D'après M. Lejeune, les conditions qui seraient imposées à Michelle Martin pour sa libération seraient, entre autres, l'interdiction de se rendre à Grâce-Hollogne, à Hasselt et à la Côte, régions d'origine des familles des victimes, ainsi que de s'adresser à la presse.

Joris Vercraeye: "sa libération serait trop rapide"

Me Joris Vercraeye, avocat de la famille d'Eefje Lambrecks, n'est pas satisfait de l'éventuelle libération de l'ex-femme de Marc Dutroux, Michelle Martin. "La famille Lambrecks serait déçue par une libération conditionnelle qui pourrait tomber si tôt", explique-t-il. La famille d'Eefje Lambrecks a été informée de la décision par le tribunal d'application des peines lui-même. Elle a ainsi appris sous quelles conditions Michelle Martin pourrait être libérée. En cas de libération, Mme Martin ne pourra ainsi pas se rendre dans le voisinage des familles des victimes. Elle ne pourra en outre pas faire de déclarations aux médias et devra, dans la mesure du possible, continuer à verser des indemnisations.

Me Beauthier: Laetitia Delhez veut avant tout "tourner la page"

L'avocat de Laetitia Delhez, Me Georges-Henri Beauthier, a indiqué lundi que les questions liées à l'emprisonnement n'étaient pas le problème des parties civiles, en réaction à l'annonce de la prochaine libération conditionnelle de Michelle Martin. Laetitia, aujourd'hui âgée de 29 ans, essaye avant tout de "tourner la page" et attend toujours que sa mère soit indemnisée, précise son avocat. Me Beauthier a informé sa cliente de l'évolution du dossier. "Cela ne lui plaît pas vraiment, mais les questions de prison ne sont pas notre problème. En tant que partie civile, nous ne voulons sûrement pas jouer aux procureurs. Laetitia n'a plus envie d'aller au tribunal d'application des peines, où nous sommes quasiment les seuls à encore aller. Elle attend toujours que sa mère, qui n'est pas une victime directe, obtienne l'indemnisation à laquelle elle a droit."

L'avocat et sa cliente espèrent que le dossier de réinsertion est "solide". Ils espèrent par ailleurs toujours "comprendre quel a été son rôle exact dans l'affaire".

Michelle Martin, devrait être libérée au plus tôt mardi à 16h si l'avocat général près la cour d'appel de Mons, Jean Leys, ne se pourvoit pas en cassation. L'ex-épouse de Marc Dutroux a été condamnée en 2004 à trente ans de réclusion, après avoir été interpellée en 1996.

Paul Marchal regrette d'avoir appris la nouvelle dans les médias

Paul Marchal, père d'An, regrette d'avoir appris la possible libération de Michelle Martin par voie de presse. "Je trouve très dommage que, 16 ans après, les services d'accompagnement des victimes ne fonctionnent pas bien. J'avais clairement fait savoir que je souhaitais être personnellement tenu au courant de la procédure, mais aucune information ne m'est parvenue du tribunal quant à une éventuelle libération de Michelle Martin. C'est très pénible", a-t-il commenté lundi.

De Clerck: Une décision motivée en détail

Le ministre de la Justice Stefaan De Clerck a dit lundi "prendre acte" de la décision "motivée en détail et très circonstanciée" du tribunal d'application des peines de Mons sur la possible libération anticipée de Michelle Martin. Il attend désormais une analyse plus approfondie du dossier et d'un éventuel pourvoi en cassation par le parquet général de Mons.

Stefaan De Clerck souligne que la décision, dont il a pu prendre connaissance lui-même, relève de la responsabilité du tribunal d'application des peines. Le ministre CD&V rappelle à ce sujet que c'est précisément au départ de l'affaire Dutroux, qui a éclaté à l'été 1996, que la responsabilité des libérations anticipées de détenus est passée du ministre de la Justice à une juridiction. Stefaan De Clerck dit dès lors ne pas vouloir commenter davantage cette décision.

Ronny Baudewyn: "Dans un Etat de droit, la loi s'applique à tous"

Ronny Baudewyn, l'avocat de Marc Dutroux, a estimé lundi que la libération de Michelle Martin est conforme à la loi. "Si quelqu'un remplit les conditions pour une libération anticipée, alors la loi doit être respectée. Si Martin peut être libérée sous certaines conditions, une libération anticipée de Dutroux doit aussi être possible. A condition qu'il remplisse les conditions évidemment. Si la Justice ne le veut pas, la loi doit être adaptée", a-t-il commenté lundi. "Je comprends que la nouvelle soit pénible pour les parents des victimes, mais nous vivons dans un Etat de droit. Si quelqu'un remplit les conditions pour une libération anticipée, il faut respecter (la procédure). Hors, selon le tribunal, Martin remplit ces conditions", ajoute Me Baudewyn. "C'est aussi pénible pour moi de voir quelqu'un comme Freddy Horion qui remplit de telles conditions depuis des années mais pour qui cette libération conditionnelle ne s'applique pas. Est-ce qu'il y aurait dans ce dossier d'autres critères? ", s'interroge-t-il.

Pour rappel, Freddy Horion avait été condamné à la peine de mort en 1980 pour un sextuple assassinat. Lundi, les autres avocats de Marc Dutroux, Me Magnée et Me Van Praet, n'ont pas souhaité réagir à la décision du tribunal d'application des peines de Mons.

Ducarme (MR) veut relancer le débat sur les peines incompressibles

Le député Denis Ducarme (MR) déposera prochainement une proposition de loi instaurant des peines incompressibles, a-t-il fait savoir lundi après l'annonce de la possible libération de Michelle Martin. "Je veux relancer le débat sur les peines incompressibles. La libération de Michelle Martin est un élément perturbant pour la société belge. Beaucoup de gens s'étonnent qu'une sanction puisse être aussi courte quand on sait ce qui a été commis", a expliqué M. Ducarme à l'Agence Belga.

Actuellement, une personne condamnée pour la première fois peut entrer en ligne de compte pour une libération conditionnelle si elle a purgé un tiers de sa peine.

Aux yeux du député libéral, la libération ne devrait intervenir avant les deux tiers de la peine. A titre personnel, il estime que dans certains cas, la libération ne peut intervenir avant que la peine ne soit entièrement purgée. "Je pense qu'il est temps de produire l'électrochoc de raison. On ne peut plus faire l'économie d'un débat sur ce thème", a-t-il souligné.

Ses avocats ne veulent pas faire de commentaires

Les avocats de Michelle Martin, Thierry Moreau, Thierry Bayet et Clothilde Hoffmann, ont décidé de ne "formuler aucun commentaire" sur la décision rendue par le tribunal de l'application des peines de Mons concernant une libération conditionnelle possible de l'ex-épouse de Marc Dutroux, ont annoncé lundi les avocats dans un communiqué commun. "Cette décision est motivée par le souci de madame Martin de se montrer la plus discrète possible avant tout par respect des victimes", souligne le communiqué.

Lundi, le tribunal d'application des peines (TAP) de Mons s'est prononcé en faveur de la libération conditionnelle de Michelle Martin. Le procureur général de Mons procède ce lundi à l'examen de la régularité de la procédure et de la légalité du jugement rendu dans la matinée par le TAP de Mons. Une décision ne sera prise que mardi pour un éventuel pourvoi en cassation.

Michelle Martin a été condamnée en 2004 à trente ans de réclusion pour son implication dans l'affaire Dutroux. Il s'agit de la quatrième demande de libération conditionnelle de l'ex-femme de Marc Dutroux depuis son incarcération en 1996.

De Ruyver: "Etablir une distinction entre opinion publique et procédure"

Le professeur Brice De Ruyver, criminologue à l'Université de Gand, estime lundi dans une réaction à la possible libération de Michelle Martin, l'ex-femme de Marc Dutroux, qu'une distinction nette doit être opérée entre "opinion publique et procédure devant le tribunal". "Les faits qu'elle et Marc Dutroux ont commis ont un connu énorme retentissement, tant dans la presse belge qu'à l'étranger. L'ampleur et la gravité des faits ont bouleversé l'ensemble du paysage policier et judiciaire. La population voudrait que quelque chose de ce type ne puisse plus jamais arriver. Les faits restent gravé dans la mémoire. Que la libération anticipée de Michelle Martin suscite l'indignation est logique."

Mais le spécialiste remarque que "le tribunal d'application des peines juge sur base de critères déterminés. Le tribunal suit une procédure légale. Le magistrat étudie le dossier et adopte un autre point de vue, basé sur ce qu'il y a dans le dossier. Bien entendu, le juge est un être humain et subit la pression de la société".