Amnistie : ce n’est pas encore l’apaisement

Stefaan De Clerck l’a confirmé : il rencontrera ce lundi 23 mai les représentants du Comité de coordination des organisations juives de Belgique (Bruxelles et Belgique francophone), du Forum der Joodse organisaties (Anvers et Belgique néerlandophone) et du Consistoire central israélite de Belgique. Le ministre de la Justice entend ainsi clore définitivement le débat né autour de son regrettable lapsus sur le plateau de la RTBF, dimanche dernier où il a visiblement confondu "vergeten" (oublier) et "vergeven" (pardonner) à propos de la relance du dossier de l’amnistie par une proposition de loi du Vlaams Belang. Pourtant, cette perspective n’a pas encore apaisé l’ensemble de la communauté juive.

Christian Laporte

Stefaan De Clerck l’a confirmé : il rencontrera ce lundi 23 mai les représentants du Comité de coordination des organisations juives de Belgique (Bruxelles et Belgique francophone), du Forum der Joodse organisaties (Anvers et Belgique néerlandophone) et du Consistoire central israélite de Belgique. Le ministre de la Justice entend ainsi clore définitivement le débat né autour de son regrettable lapsus sur le plateau de la RTBF, dimanche dernier où il a visiblement confondu "vergeten" (oublier) et "vergeven" (pardonner) à propos de la relance du dossier de l’amnistie par une proposition de loi du Vlaams Belang. Pourtant, cette perspective n’a pas encore apaisé l’ensemble de la communauté juive.

En effet, l’Association pour la mémoire de la Shoah a décidé de mobiliser ses partisans devant le cabinet de la Justice, lundi prochain entre 12h30 et 13h30 afin d’exiger, encore et toujours "la démission du ministre" mais aussi "pour s’opposer à l’adoption de la loi sur l’amnistie ouverte à la discussion par les partis flamands" . Qui plus est, l’AMS redemande aussi la mise sur pied d’une commission d’enquête parlementaire sur la responsabilité de l’Etat belge dans la déportation des Juifs de Belgique ainsi que la modification de la loi relative aux pensions de dédommagement des victimes civiles de la guerre en sorte que toutes les victimes de la Shoah de nationalité belge et résidant en Belgique puissent enfin en bénéficier. Si ce dernier point est effectivement son cheval de bataille qui s’est heurté jusqu’ici à un refus flamand pour des raisons budgétaires, l’on comprend moins en revanche la demande d’une nouvelle commission d’enquête. Il est vrai que le Sénat n’a jamais organisé le débat attendu et promis sur le rapport réalisé sur ce thème par le Centre d’études Guerre et sociétés contemporaines Mais il pourrait encore le faire, même en affaires courantes.

Autre réaction encore : dans un communiqué l’Union des progressistes juifs de Belgique range la déclaration de Stefaan De Clerck "dans le même re gistre que la réaction de Bart De Wever lors des excuses présentées, il y a quelques années à la Communauté juive par le bourgmestre d’Anvers Patrick Janssens" .

L’association progressiste note au passage "qu’à ce jour, Patrick Janssens est le seul élu politique à avoir présenté ses excuses au nom d’une autorité de l’Etat belge. Pourtant là aussi tous les historiens sont d’accord, l’Etat belge a été, à divers endroits, plus que docile face à la persécution des Juifs sur son territoire" . C’est pourquoi "la question de l’amnistie - à deux lettres de l’amnésie - est inaudible et irrecevable".

La question a encore été au cœur d’un débat très animé mercredi en fin de journée à la Chambre lors de la discussion du budget. Absent ce jeudi, Stefaan De Clerck y a en effet participé pour répondre à diverses interpellations sur ses récentes déclarations.

Le ministre de la Justice y a précisé "qu’après 65 ans, nous devons être en mesure d’identifier des éléments de réconciliation sans rien ôter à la vérité et aux conda mnations ". Et de conclure que "nous ne devons jamais oublier et toujours veiller à entretenir un dialogue avec les uns et les autres afin de contribuer à la formulation correcte de la vérité" . L’on attendait l’apaisement. Il fut sans conteste dans le propos de Catherine Fonck (CDH) qui a dit qu’"il était temps de dépasser les blocs identitaires pour donner un avenir à tous nos citoyens" . Par contre, la passion sembla encore bien présente chez Julie Fernandez Fernandez (PS) qui critiqua les réponses du ministre avant de lâcher que "le fascisme est à nos portes"