Artiste-penseur et résistant

Décédé au début de ce mois à l’âge de 105 ans, le peintre Marcel Hastir était un homme extraordinaire dans tous les sens du terme. Sa personnalité humaniste et ouverte au monde a donné lieu à une cérémonie de funérailles hors normes elle aussi à la cathédrale Saints Michel et Gudule où a eu lieu en fait une cérémonie pluraliste organisée par l’aumônier des artistes, le P. Alain Arnould, op. Après une intervention de ce dernier, l’on a pu entendre successivement Bernadette Draye qui a évoqué l’artiste, Rivka Cohen, le résistant, André Reinitz, celui qui encourageait les jeunes talents et, enfin, Laurette Onkelinx qui s’est penchée sur le philosophe humaniste. Le tout entrecoupé de musique juive et classique à l’image des goûts du défunt qui dans sa jeunesse avait pu approcher Eugène Ysaye. Après cette cérémonie qui fit de la place à toutes les convictions, l’artiste centenaire a été inhumé au cimetière d’Ixelles, où il repose désormais aux côtés de son ami Carl Sternheim, un écrivain en exil décédé en 1942. Encore un geste très symbolique puisque Carl Sternheim était un Juif allemand alors que Marcel Hastir était belge. Au-delà de la mort se sont aussi retrouvés ainsi une victime de la persécution nazie et son protecteur. C’est l’occasion de rappeler que Marcel Hastir fut aussi un très dynamique sauveteur et résistant au nazisme. Comme le rappelait récemment Roland Schmid sur le site du Centre communautaire laïc juif "à partir de 1940, Marcel Hastir n’a pas été seul dans son atelier. Il s’y est entouré d’un grand nombre de jeunes gens et a réussi à faire croire aux occupants allemands qu’il y avait eu, depuis longtemps, une école de peinture. Mais parmi les élèves en peinture évoluaient aussi de jeunes gens qui ne pouvaient plus être en sécurité à leur domicile, qui devaient craindre la déportation en Allemagne. Il leur a fourni un alibi, un toit, un lit, à manger, à boire, des papiers falsifiés, il les a aidés à gagner les Ardennes. Certains de ses amis juifs, des hommes de la Résistance, ont néanmoins été assassinés. Il parlait d’eux très souvent, avec une grande admiration". Ce n’est donc pas un hasard si le CCLJ en fit un "Mensch de l’année" en 2007 et la ville de Bruxelles un de ses citoyens d’honneur

Christian Laporte

Décédé au début de ce mois à l’âge de 105 ans, le peintre Marcel Hastir était un homme extraordinaire dans tous les sens du terme. Sa personnalité humaniste et ouverte au monde a donné lieu à une cérémonie de funérailles hors normes elle aussi à la cathédrale Saints Michel et Gudule où a eu lieu en fait une cérémonie pluraliste organisée par l’aumônier des artistes, le P. Alain Arnould, op. Après une intervention de ce dernier, l’on a pu entendre successivement Bernadette Draye qui a évoqué l’artiste, Rivka Cohen, le résistant, André Reinitz, celui qui encourageait les jeunes talents et, enfin, Laurette Onkelinx qui s’est penchée sur le philosophe humaniste. Le tout entrecoupé de musique juive et classique à l’image des goûts du défunt qui dans sa jeunesse avait pu approcher Eugène Ysaye. Après cette cérémonie qui fit de la place à toutes les convictions, l’artiste centenaire a été inhumé au cimetière d’Ixelles, où il repose désormais aux côtés de son ami Carl Sternheim, un écrivain en exil décédé en 1942. Encore un geste très symbolique puisque Carl Sternheim était un Juif allemand alors que Marcel Hastir était belge. Au-delà de la mort se sont aussi retrouvés ainsi une victime de la persécution nazie et son protecteur. C’est l’occasion de rappeler que Marcel Hastir fut aussi un très dynamique sauveteur et résistant au nazisme. Comme le rappelait récemment Roland Schmid sur le site du Centre communautaire laïc juif "à partir de 1940, Marcel Hastir n’a pas été seul dans son atelier. Il s’y est entouré d’un grand nombre de jeunes gens et a réussi à faire croire aux occupants allemands qu’il y avait eu, depuis longtemps, une école de peinture. Mais parmi les élèves en peinture évoluaient aussi de jeunes gens qui ne pouvaient plus être en sécurité à leur domicile, qui devaient craindre la déportation en Allemagne. Il leur a fourni un alibi, un toit, un lit, à manger, à boire, des papiers falsifiés, il les a aidés à gagner les Ardennes. Certains de ses amis juifs, des hommes de la Résistance, ont néanmoins été assassinés. Il parlait d’eux très souvent, avec une grande admiration". Ce n’est donc pas un hasard si le CCLJ en fit un "Mensch de l’année" en 2007 et la ville de Bruxelles un de ses citoyens d’honneur