Marie Haps intégré malgré lui à St-Louis

Attention, grandes manœuvres. Si la note du ministre Marcourt (PS) sur la réforme du paysage de l’enseignement supérieur se fait attendre, il est un autre dossier, plus ciblé mais non sans lien avec le premier, qui avance, lui, à grand pas, a appris "La Libre". Il s’agit de la finalisation du transfert des études de traduction et interprétation à l’université. Un avant-projet de décret a commencé à circuler, et il ne plaît pas à tout le monde.

Laurent Gérard

Attention, grandes manœuvres. Si la note du ministre Marcourt (PS) sur la réforme du paysage de l’enseignement supérieur se fait attendre, il est un autre dossier, plus ciblé mais non sans lien avec le premier, qui avance, lui, à grand pas, a appris "La Libre". Il s’agit de la finalisation du transfert des études de traduction et interprétation à l’université. Un avant-projet de décret a commencé à circuler, et il ne plaît pas à tout le monde.

De quoi s’agit-il ? En Communauté française, les études de traduction et d’interprétation sont traditionnellement organisées par des Hautes Ecoles (HE). Or, ces dernières années, on a assisté à divers mouvements dans le secteur. En 2007, l’Ecole internationale d’interprétation de Mons était intégrée à l’Université de Mons. En 2007 toujours, deux habilitations (autorisations d’organiser la filière) "conditionnelles" (pour plus tard) étaient accordées à l’Université libre de Bruxelles (ULB) et aux Facultés St-Louis (FUSL). Et en 2008, une nouvelle habilitation était créée et accordée à l’Université de Liège (ULg). Aujourd’hui, coexistent dès lors une filière universitaire (Liège et Mons) et une filière HE, les trois instituts bruxellois - Isti (HE de Bruxelles), Cooremans (HE Francisco Ferrer) et Marie Haps (HE Léonard de Vinci) - n’ayant quant à eux pas (encore) été intégrés à une université.

Ce décret finalise donc le transfert, en intégrant Isti et Cooremans à l’ULB, et Marie Haps aux FUSL, au 1er janvier 2013. Ce faisant, Jean-Claude Marcourt répond à un souhait de ces trois instituts, qui réclament une égalité de traitement. Le transfert de l’Isti et de Cooremans à l’ULB ne pose d’ailleurs aucun problème majeur, les trois partenaires étant demandeurs. Par contre, Marie Haps, et plus globalement la HE de Vinci, regrette de se voir imposer un transfert à St-Louis. Paul Anciaux, directeur-président de la HE de Vinci, et Damien Huvelle, directeur de Marie Haps, n’ont officiellement appris ce projet que ce mercredi, lors d’une rencontre avec le cabinet Marcourt. "Je suis outré de voir des procédures pareilles , peste Paul Anciaux. Marie Haps est le seul institut qui n’a pas pu choisir son partenaire universitaire. C’est contraire au principe de la liberté d’association." Car, si Marie Haps travaille avec St-Louis, l’institut collabore davantage encore avec l’Université catholique de Louvain (UCL), et il voudrait intégrer l’université complète, comme les autres HE.

Les deux hommes sont d’autant plus remontés que le projet de décret prévoit également la création de l’"Ecole des traducteurs et interprètes de Bruxelles", sorte de plate-forme de coordination de l’offre de St-Louis et de l’ULB. Une manière d’officialiser la collaboration entre les trois HE bruxelloises qui, dès 2004, s’étaient réparti l’enseignement de certaines langues (turc, arabe, chinois). Marie Haps se dit ouvert à la discussion. "Mais nous souhaitons être concertés, ajoute M. Huvelle. Et nous voudrions pouvoir travailler avec St-Louis et l’UCL, comme le prévoyait le projet UCLouvain."

Pour rappel, UCLouvain est le nom qu’aurait porté la grande institution issue de la fusion des quatre universités catholiques (UCL, St-Louis, FUCaM et FUNDP). Mais cette fusion a avorté, les relations entre St-Louis et UCL, et surtout entre leurs recteurs, se sont détériorées, et M. Marcourt est en train de réorganiser l’enseignement supérieur en pôles géographiques (dont l’un à Bruxelles). Avec la fusion, l’UCL aurait de facto obtenu l’habilitation conditionnelle de St-Louis. Celle-ci ayant échoué, et la logique des académies confessionnelles étant en voie d’être abandonnée, Marie Haps et l’UCL craignent de voir leurs chemins se séparer. Le cabinet Marcourt tient toutefois à les rassurer : "Rien ne leur interdira de collaborer."

Nul doute que ce dossier, belle illustration du débat plus général sur le paysage, fera néanmoins l’objet de rudes débats au gouvernement de la Communauté.