Un dérapage antisémite jugé "pas assez grave"

Les juifs flamands sont outrés : le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme a estimé qu’il n’y avait pas eu de dérive raciste dans un papier d’humeur qui se voulait sans doute aussi d’humour de la livraison de juin-juillet du "Zwinkrant", un magazine gratuit distribué dans la région brugeoise et sur la côte est.

Christian Laporte

Les juifs flamands sont outrés : le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme a estimé qu’il n’y avait pas eu de dérive raciste dans un papier d’humeur qui se voulait sans doute aussi d’humour de la livraison de juin-juillet du "Zwinkrant", un magazine gratuit distribué dans la région brugeoise et sur la côte est.

Comme l’avait souligné "La Libre" dans ses éditions du 18 juin, il s’agissait certes d’un billet d’humeur mais les termes dans lesquels l’auteur avait décrit les juifs qui se promenaient sur la digue de Knokke ne laissaient nul doute sur la volonté de choquer, voire de blesser, de son signataire.

Les autorités communales de Knokke-Heist s’étaient vivement émues de ce "papier," qui ne rappelait que trop les années trente par le ton mais aussi par les images antisémites primaires coutumières dans la presse d’extrême droite. L’éditeur responsable du "Zwinkrant", assailli de réclamations, s’était alors tourné vers le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme afin de demander s’il avait bien fait d’accepter l’article.

"Joods Actueel", le magazine juif flamand est revenu cette semaine sur le dossier car il apparaît que le CECLR n’a visiblement pas eu la même lecture que nombre d’observateurs liés ou non à la communauté juive.

Dans un courrier au "Zwinkrant", le Centre estime, en effet, qu’il n’y a pas de raison de considérer que l’auteur de l’article ait voulu inciter les lecteurs à faire montre d’antisémitisme.

Cette réaction a suscité la vive colère d’André Gantman, un ancien mandataire libéral anversois qui s’en prend au manque de courage voire à l’engagement partisan du Centre car, selon lui, ce texte peut et doit bel et bien entrer dans les délits commis contre la loi sur le racisme.

L’avocat constate aussi que le CECLR n’en est pas à un coup d’essai en la matière puisqu’en janvier 2009, il n’avait pas vu davantage malice dans le slogan "Mort aux Juifs" (!) largement proféré lors d’une manifestation anti-israélienne à Bruxelles.

Et de plaider, dès lors, pour que le Parlement s’interroge et étudie sérieusement si le Centre ne contrevient pas systématiquement à ses missions en général mais aussi singulièrement lorsqu’il a à traiter de plaintes pour antisémitisme.

Bien que la rue de la Loi soit en léthargie pour cause de trêve politique et de vacances, André Gantman a eu le soutien de Jan Jambon (N-VA), qui a estimé qu’il ne pouvait y avoir deux poids deux mesures en la matière. "Si nous n’étions pas en congé parlementaire, a conclu l’élu nationaliste , nous aurions sans nul doute interpellé la ministre Milquet sur ce dérapage".

Même son de cloche chez Luckas Van der Taelen (Groen !). L’élu vert bruxellois flamand se dit totalement d’accord avec Gantman : "Si l’on avait attaqué de la sorte les Wallons ou les Flamands ou un groupe de population allochtone, vous auriez eu, et à juste titre, de très vives réactions"