Les cours privés, "à la limite de l’arnaque"

Face à la surenchère des offres de soutien scolaire, comment le consommateur peut-il s’y retrouver ? "En trois ans, le nombre d’offres a été multiplié par cinq ou six, pointe Marc Vandercammen, directeur général du Centre de recherche et d’information des organisations de consommateurs (Crioc).

St. Bo.
Les cours privés, "à la limite de l’arnaque"
©Jean-Luc Flémal

Face à la surenchère des offres de soutien scolaire, comment le consommateur peut-il s’y retrouver ? "En trois ans, le nombre d’offres a été multiplié par cinq ou six, pointe Marc Vandercammen, directeur général du Centre de recherche et d’information des organisations de consommateurs (Crioc). Or, jusqu’il y a cinq ou six ans, le système de remédiation était essentiellement organisé par le secteur associatif, c’est-à-dire des enseignants qui se regroupaient et proposaient des vacances plus ou moins studieuses et dont l’aspect financier était quasiment inexistant."

La grosse différence aujourd’hui est que "ce système est devenu un commerce", une prestation de service d’une personne à une autre. Pour ce faire, "il faut engager des personnes. Et ce qui coûte le moins cher, ce sont des étudiants. C’est une première limite au système car vous n’avez pas nécessairement en face de vous des pédagogues mais des coaches. Si le coaching peut être intéressant, ce n’est pas pour cela qu’on a en face de soi quelqu’un capable de retransmettre correctement une matière", souligne-t-il. Donc, "ce n’est pas nécessairement un système inefficace, mais cela peut poser problème au niveau de la qualité du service presté" ainsi que de la sécurité d’emploi des sous-traitants.

Au sein des réseaux privés de soutien scolaire travaillent divers profils : professeurs, professeurs retraités, psychopédagogues, psychologues, etc., mais aussi beaucoup d’étudiants - diplômés accomplis ou non. Ainsi, la méthodologie d’Educadomo est fondée sur le coaching "par des jeunes et pour des jeunes". "Nous travaillons avec des étudiants de 22 à 25 ans non pas pour une question de coût mais bien de méthologie. C’est un choix de notre part. Cela a fait ses preuves au niveau de la concentration et de la motivation, défend Céline Doumier, conseillère pédagogique. Nous testons et évaluons les étudiants sur leur pédagogie, leur manière de pouvoir expliciter une matière." Même raisonnement chez My Sherpa, qui collabore avec quelque 800 coaches. "Notre principe est d’avoir des coaches proches de l’étudiant, compétents et pédagogues. Ils sont testés sur leur maîtrise de la matière et la manière dont ils l’expliquent, et doivent être au minimum en 3e année du supérieur", décrit Ron Kelijman, co-fondateur du réseau.

Autre problème aux yeux du Crioc : la nature même de la prestation, son aspect commercial. "Quand il y a prestation de service, il y a obligation d’avoir un tarif clair, déclaré et bien affiché - ce qui n’est pas toujours le cas : on retrouve souvent la formule "à partir de X euros" - avec ce qui est inclus ou pas dedans", indique M. Vandercammen. Par ailleurs, même si ces services ne représentent qu’environ 10 % du secteur privé du soutien scolaire (90 % relèvent du travail au noir), "comme le marché est assez nouveau, on voit apparaître plein de personnes qui, de bonne ou de mauvaise foi, veulent se lancer dans ce créneau et, partant, proposent tout et n’importe quoi. Or l’offre commerciale sur ces activités n’est ni structurée et encore moins règlementée". Et, pour s’y retrouver, le consommateur se rabat souvent sur le seul point de comparaison qu’est le prix alors que "rien ne prouve que le prix soit le critère le plus fiable".

Marc Vendercammen est bien conscient que si les cours privés ont autant de succès, "c’est bien parce qu’il y a une demande". Néanmoins, avec ces cours, stages intensifs de rattrapage , "on vend aussi beaucoup de rêve puisqu’on donne l’impression qu’en quelques jours, on va rattraper toute la non-préparation ou le non-travail de l’année, prévient-il. Et c’est là que, pour moi, on est à la limite de l’illusion, voire de l’arnaque puisqu’il est impossible d’évaluer la qualité de la prestation". Voilà pourquoi il conseille aux consommateurs intéressés de "vérifier les promesses qui sont faites et de demander avant de s’engager une série de garanties". Un sérieux qu’affichent toutefois de plus en plus certains réseaux privés qui encouragent un suivi régulier plutôt que des rattrapages express ou qui évaluent le taux de réussite de leurs élèves.