Combien de "sans-école" ? Mystère

Combien de "sans-école" reste-t-il, quelques jours après la rentrée scolaire ? Cette question, somme toute assez simple, semble ne pas pouvoir trouver de réponse. Ni au cabinet de la ministre de l’Enseignement, ni à la Commission interréseaux des inscriptions (Ciri).

L. G.
Combien de "sans-école" ? Mystère
©Christophe Bortels

Combien de "sans-école" reste-t-il, quelques jours après la rentrée scolaire ? Cette question, somme toute assez simple, semble ne pas pouvoir trouver de réponse. Ni au cabinet de la ministre de l’Enseignement, ni à la Commission interréseaux des inscriptions (Ciri), chargée de traiter le cas des élèves de première secondaire n’ayant toujours pas obtenu d’inscription dans une école. Ou plutôt, dans une des écoles de leur choix vu qu’à Bruxelles, où se concentrent quasi tous les problèmes, 60 % des écoles possèdent encore des places.

A la date du 30 août, on en comptait 163. Mais depuis le 1er septembre, il n’y a plus moyen de connaître leur nombre. Raison invoquée par le cabinet de la ministre Simonet (CDH) : les directeurs d’école n’encodent plus les noms des élèves qu’ils inscrivent dans leur établissement. "C’est un peu facile de mettre ça sur le dos des directeurs, réagit l’un d’eux. Cela m’étonnerait qu’ils n’encodent pas le nom des nouveaux élèves."

Quoi qu’il en soit, on en est aujourd’hui réduit à estimer le nombre des élèves sans école. Probablement quelques dizaines. Mais un membre de la Ciri confie qu’il n’y en a peut-être plus du tout. Bref, c’est le brouillard intégral. Alors qu’existe l’obligation scolaire, ne faut-il pas voir là un dysfonctionnement du décret Simonet régissant les inscriptions en secondaire ? Pour son cabinet, la réponse est clairement négative. "C’est la conséquence du non-encodage. Du reste, la mission de la Ciri, ce n’est pas d’arriver à zéro "sans-école". Elle ne travaille que dans les préférences exprimées par les familles. Quand un parent ne veut que trois écoles et qu’elles sont toutes trois complètes, est-ce la faillite du système ou de la personne ?"

Ceci dit, le nombre d’élèves sans école a bel et bien diminué depuis la rentrée. Certains désistements de dernière minute ont libéré des places. Et puis des directeurs, sensibles à la détresse de parents qui insistaient pour avoir une place dans leur établissement, ont décidé de rajouter un élève par classe. C’est notamment le cas dans le nord de Bruxelles, où la situation est la plus difficile.

"La ministre a beau dire que les directeurs ne sont plus soumis à la pression des parents, c’est quand même chez nous qu’ils viennent pleurer, explique ce directeur. Il y avait beaucoup de "sans-école" dans le nord de Bruxelles, il fallait bien faire quelque chose." D’un autre côté, admet-il, "chaque fois que les grosses écoles ouvrent les vannes, elles tuent les petites, qui perdent des élèves. C’est embêtant."

Un autre directeur bruxellois n’a pas voulu "mettre le doigt dans cet engrenage". "Car si on le fait pour un, on doit le faire pour d’autres. La mort dans l’âme, j’ai donc refusé d’accueillir des élèves qui venaient pourtant de mon école primaire, mais pas depuis suffisamment longtemps pour bénéficier d’une priorité. Cependant, si certains peuvent rendre service, c’est très bien."

La ministre n’est évidemment pas opposée à cette pratique, qui permet de caser des sans-école. "A condition de respecter l’ordre des listes d’attente", précise son cabinet. Mais en ouvrant finalement la porte de l’école à des parents "persévérants", ne cause-t-on pas une injustice par rapport à d’autres, qui ont accepté de se "rabattre" sur une autre, faute de place, à l’époque, dans l’établissement de leur choix ? Le cabinet, en tout cas, ne recommande pas ces comportements stratégiques. "Compter sur des mouvements comme ceux-là, qui ne sont pas certains, c’est dangereux."

Malgré l’incertitude qui règne quant au nombre de "sans-école", la situation est tout de même plus calme qu’à la même date l’an dernier, après la première application du décret Simonet, estime notre directeur du nord de Bruxelles.

Et pour le cabinet de la ministre, elle est assurément plus sereine que quand aucun décret ne régulait les inscriptions en secondaire, que les parents multipliaient les demandes d’inscription et que les directeurs passaient leur mois de septembre à (tenter de) contacter les parents d’élèves pour voir s’ils venaient ou pas dans leur école.