Première : une expo laïque à l’UCL

Depuis le concile Vatican II et l’ouverture de l’Eglise catholique au monde, chrétiens et laïques - entendez en l’occurrence les incroyants et les agnostiques - ont appris à se parler et à mener des dialogues fructueux.

Christian Laporte
Première : une expo laïque à l’UCL
©Christophe Bortels

Depuis le concile Vatican II et l’ouverture de l’Eglise catholique au monde, chrétiens et laïques - entendez en l’occurrence les incroyants et les agnostiques - ont appris à se parler et à mener des dialogues fructueux. En même temps, le cardinal Danneels et des religieux de tous rangs ont été accueillis ces dernières décennies dans des ateliers maçonniques mais à ce jour, la laïcité organisée n’avait jamais été reçue en ses titres, grades et qualités dans une université catholique pour une réflexion commune sur un sujet fondamental.

C’est fait ! Pendant cinq semaines, l’UCL accueille le Centre d’action laïque en ses murs néolouvanistes pour une exposition et une imposante série de conférences communes et d’animations autour de la mort.

Une initiative qui part d’une solide et interpellante exposition du CAL de la province de Namur - appuyée par un superbe livre-catalogue - et qui est soutenue aussi ici par des associations travaillant de manière pluraliste en matière de soins palliatifs (Pallium) ou d’accompagnement du deuil (Vivre son deuil Belgique). Mais le Service culturel de l’université et le CAL BW ont voulu aller bien plus loin puisqu’ils coorganisent des conférences, des réflexions et même des animations un peu moins graves autour de l’irréversible et implacable réalité commune à tous, croyants ou non, à savoir qu’un jour leur vie s’arrêtera sur terre. A partir de l’exposition qui propose "un voyage symbolique qui retrace la prise de conscience progressive de la mortalité au fil de la vie et les questionnements qui en découlent" , les organisateurs ont construit un programme qui a débuté en fanfare, jeudi soir puisqu’après le vernissage de l’expo à la bibliothèque des Sciences, l’abbé Gabriel Ringlet et le président du CAL, Pierre Galand ont confronté leurs conceptions de la mort. Dans les jours et semaines à venir, aucune thématique ne sera éludée, qu’il s’agisse de l’euthanasie et des soins palliatifs, de la manière de gérer sa vie et de penser sa mort, de la délicate question du suicide des jeunes ou encore de la place du mort dans notre société.

On mentionnera aussi un "Café mortel" dans un bar avec le très sérieux sociologue et ethnologue suisse Bernard Crettaz Et un des "clous" du programme sera la visite du cimetière de Court-Saint-Etienne (24 septembre) avec la découverte du mausolée d’Eugène Goblet d’Alviella, haut dignitaire du Grand Orient de Belgique et historien des religions de l’ULB qui sur sa tombe a voulu réunir des signes et emblèmes, empruntés aux principales religions symbolisant l’Infini et l’espoir de survivance. Une pensée résumée par l’inscription "L’Etre unique a plus d’un nom"

Voilà une initiative marquée du sceau de l’ouverture et d’une volonté réelle de se mettre au diapason de l’Autre. Lors du vernissage, on a souligné la richesse d’une collaboration inédite CAL-UCL qui devrait en entraîner d’autres dans le respect des convictions respectives. C’est apparu en filigrane des interventions du Professeur émérite Marc Crommelinck, conseiller du recteur Bruno Delvaux à la Culture et du directeur du Centre d’action laïque du Brabant wallon, Paul Knudsen. Pendant trop longtemps, au nom d’une frilosité et de principes qui n’ont plus de sens au XXIe siècle, le CAL et l’UCL se sont évités. Résultat : beaucoup, trop d’occasions manquées mais il n’est pas interdit de rattraper ce temps perdu, ont souligné les orateurs en donnant le coup d’envoi d’"A corps perdu. La mort en face". Comme l’a dit le Dr Corinne Van Oost qui n’est, elle, ni CAL ni UCL, "on doit pouvoir se rencontrer sans tabous sur des questions fondamentales"

Le programme complet peut être consulté sur www.calbw.be. Informations : 010.22.31.91 ou calbw@laicite.net