Un marqueur d'inégalité : la tuberculose

Non, la Tuberculose n'est pas à classer parmi les maladie des siècles passés. Malgré une politique efficace en la matière, la diminution du nombre de cas s'est ralentie ces dernières années. Et dans le contexte de crise économique qui frappe le pays, les responsables du FARES (Fonds des Affections Respiratoires) mettent en garde contre une éventuelle restriction budgétaire qui serait catastrophique.

M.Be (st.)

La Belgique s'est dotée d'un arsenal efficace contre la progression de la tuberculose. Le projet Belta Tbnet, suivant une recommandation de L'OMS, garantit le remboursement des coûts liés au traitement de cette maladie qui ne sont pas pris en charge par la mutualité, le CPAS ou une autre institution sociale. Ainsi, théoriquement, tout le monde peut avoir accès gratuit aux soins.

Mais malgré de grands progrès en matière de lutte contre la tuberculose dans les dernières décennies, la maladie diminue moins vite que prévu. (cf. graphique : la tuberculose diminue, mais les chiffres s'éloignent de la projection).

Les causes sont multiples : Il faut savoir que la maladie arrive en grande partie de pays ou la tuberculose est très présente (ce que l'on appelle des pays à forte prévalence), via l'immigration et les voyages, notamment.
Guido Groenen, médecin responsable du projet Belta TBnet constate qu'« Il y a de plus en plus de personnes qui font appel à [ce] service. Et notamment des gens de la classe moyenne, qui ont une couverture sociale, mais qui n'est souvent plus suffisante pour couvrir les frais liés à la maladie ».

En fait, la tuberculose est très liée aux conditions de vie, comme l'explique Maryse Wanlin, directrice médicale du FARES. « Au début du siècle dernier, il y avait beaucoup de tuberculose et puis la maladie a diminué sans qu'il n'y ait de médicaments ni de vaccin.
C'est simplement l'évolution des conditions de vie qui ont fait reculer la maladie. D'ailleurs, on le voit, la ttberculose a diminué régulièrement, sauf au moment des deux guerres mondiales.
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Selon Wouter Arrazola de Oñate, directeur médical du VRGT (Vlaamse Verenigung voor Respiratoire Gezongheitzorg en Tuberculosebestrijding, pendant Flamand du FARES), tuberculose et pauvreté sont étroitement liés :
« Il faut savoir qu'il y a une différence entre le fait d'attraper la bactérie et d'avoir une tuberculose active. Quand on vit bien, que l'on mange bien etc., les probabilité d'activer la tuberculose sont faibles » Et de citer à ce propos des chiffres récents. « Dans les 19 communes de Bruxelles, on a fait un classement du revenu par habitant ainsi que des incidences de la tuberculose ».
Et la corrélation est quasi parfaite. « Plus de pauvres égale plus de tuberculose ».
Maryse Wanlin confirme, « Il est très clair que l'on peut faire une corrélation entre le revenu des individus et le fait qu'il y ait plus de tuberculose dans ces quartiers ».

De la à penser que le ralentissement constaté dans la diminution de la maladie est seulement le produit d'une dégradation des conditions de vie, il n'y aurait qu'un pas, que les responsables du FARES ne franchissent pas.
Il le répètent, « c'est un facteur important, mais c'est un des facteurs». Rentrent également en compte la plus grande mobilité des population, entre autres.

Dans le contexte de crise économique actuel, le FARES veut convaincre de l'absolue nécessité du maintien de la prévention. Maryse Wanlin met en garde contre d'éventuelles coupes budgétaires qui seraient très dommageables.
«Qui dit crise économique dit une fracture beaucoup plus importante, il est possible que cela ait une répercussion sur l'évolution de la tuberculose dans le pays. L'avenir du contrôle de la tuberculose est lié au financement.
Avec la crise, il y a des diminutions budgétaires, tout le monde se trouve confronté à des problèmes de financement. Un ministre qui a un choix a faire, il peut se dire : 'tuberculose? Bof, il n'y a plus beaucoup de cas... Donc ça ne sert à rien, du coup on va diminuer les subsides'. Il y a des exemples, comme celui des États-Unis. On a coupé le programme contre la tuberculose à New-York et ça a fait exploser le nombre de cas, quelques années plus tard.
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La Belgique dispose d'un système de diagnostic précoce et de lutte contre la tuberculose exemplaire. Le maintenir et le développer est crucial pour combattre efficacement cette maladie qui frappe très souvent les plus défavorisés.