La Communauté est morte, vive la Fédé

Si le quarantième anniversaire de la Communauté française devait clarifier dans l’esprit des francophones de Belgique, et des autres, ce que signifie la dénomination Wallonie-Bruxelles, il n’est pas certain que la mission soit accomplie.

Laurent Gérard
La Communauté est morte, vive la Fédé
©BELGA

Si le quarantième anniversaire de la Communauté française, et surtout la célébration de son changement d’appellation en Fédération Wallonie-Bruxelles, mardi matin, à l’hôtel de ville de Bruxelles, devait clarifier dans l’esprit des francophones de Belgique, et des autres, ce que signifie cette dénomination, il n’est pas certain que la mission soit accomplie.

Introduisant Jean-Charles Luperto (PS), le bourgmestre de Bruxelles Freddy Thielemans (PS aussi) annonça haut et fort qu’il laissait "la parole au président du Parlement wallon" . Rires dans l’assemblée. Le président du Parlement "de la Fédération Wallonie-Bruxelles" ne s’en offusqua pas. Il sait trop bien, et l’a bien souligné à la tribune, que cette institution n’a cessé de se chercher un nom. Et de rappeler le long cheminement de la "communauté culturelle de langue française", créée par le constituant de 1970, jusqu’à la "Fédération Wallonie-Bruxelles", dénomination adoptée par ses organes législatif et exécutif au printemps dernier et qui, peut-être, un jour, qui sait ?, fera son apparition dans la Constitution belge (comme les appellations "Wallonie" ou "Vlaanderen", du reste). "Je crois toutefois , ajouta Jean-Charles Luperto, que la plus belle consécration est que les citoyens de notre fédération s’y reconnaissent et adoptent tant l’appellation elle-même que le projet qu’elle sous-tend."

On n’y est pas encore. Car, comme pour rajouter à la confusion, le ministre-président Rudy Demotte (PS encore), y alla d’un vibrant "Fédération Wallonie-Flandre" (sic), au moment où il voulut (r)assurer au nord du pays que fédération ne signifiait en aucun cas "agression". Au-delà des nouveaux rires provoqués dans l’assistance par un premier wallon et francophone sans doute pas encore remis du jet lag consécutif à son passage à l’assemblée générale des Nations unies à New York, on verra une nouvelle illustration d’un certain manque de limpidité régnant autour de l’appellation.

Qu’à cela ne tienne. La "Fédé" est là, désormais, symbole fort du lien qui unit Wallonie et Région bruxelloise, "région bilingue, oui, mais région à part entière" (Rudy Demotte). "Réaffirmation de l’importance que constitue la solidarité entre francophones, dans le cadre fédéral belge" , dixit Jean-Charles Luperto (une fédération dans la fédération, donc ). "Institution qui assure une solidarité active entre les deux Régions majoritairement francophones du pays" , dixit Rudy Demotte. "Majoritairement", fait bien de préciser M. Demotte, à destination des germanophones de Wallonie qui ne sont sans doute pas plus francophones que les Flamands de Bruxelles, mais dont la nouvelle appellation pourrait laisser croire qu’ils en font partie intégrante. Soit. Passons.

Pour renforcer "cette nouvelle identité via une nouvelle marque visuelle commune" (J.-Ch. Luperto), la "Fédé" a dévoilé son nouveau logo (ci-contre). Invitant le ministre-Président bruxellois Charles Picqué (PS toujours) à l’aider à faire tomber le rideau, M. Demotte expliqua que le Parlement, le gouvernement et le ministère se sont choisi ce logo pour son aspect fédérateur, intégrant la double réalité de l’institution : dans ses symboles -le coq et l’iris (cherchez bien, vous verrez), dans ses initiales (le "W" et le "B") et dans ses couleurs, le rouge et le jaune (pour la Wallonie), et le jaune et le bleu (pour Bruxelles). M. Demotte précisa : "En mélangeant ces couleurs, on obtient toutes les couleurs d’une majorité."

Le beau symbole que voilà. "Mais nous passerions à côté de l’essentiel si nous nous limitions à cette seule dimension , nuança immédiatement le ministre-président de la Fédération . L’évolution de la situation fédérale - dont nous espérons qu’elle nous conduise à un aboutissement rapide - ouvre désormais la voie à un nouveau chantier. [ ] Le mouvement d’envergure qui s’annonce sera pour les instances francophones l’occasion de préciser, clarifier et rationaliser leurs structures."

Un autre beau chantier, à n’en point douter.