La Ligue cible police et justice

Que se serait-il passé, si des Indignés n’avaient pas, le 12 octobre dernier lors d’une de leur manifestation au siège de Dexia à Bruxelles, filmé sur leur téléphone portable le coup de pied gratuit asséné au visage de Niki, une Grecque de 18 ans, par un policier de la zone de police de Bruxelles-Nord ?

La Ligue cible police et justice
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J. La.

Que se serait-il passé, si des Indignés n’avaient pas, le 12 octobre dernier lors d’une de leur manifestation au siège de Dexia à Bruxelles, filmé sur leur téléphone portable le coup de pied gratuit asséné au visage de Niki, une Grecque de 18 ans, par un policier de la zone de police de Bruxelles-Nord ? Cet homme, avec près de quinze ans d’expérience, aurait-il été placé en garde à vue et déféré au parquet de Bruxelles ? Pas sûr

La Ligue des droits de l’homme en est en tout cas persuadée. Pour la ministre de l’Intérieur, Annemie Turtelboom (Open VLD), l’acte d’un policier, aussi répréhensible soit-il, ne doit pas être mis sur le compte de toute la police. Mais pour la Ligue des droits de l’homme, cet incident survenu dans les locaux de Dexia est "loin d’être un cas isolé", selon les termes de Me Alexis Deswaef. "De plus en plus à Bruxelles, au cours des manifestations, il y a des violences policières. C’est une criminalisation des mouvements sociaux et cela met à mal la liberté d’expression", juge l’avocat qui estime que la ministre de l’Intérieur, si elle n’ose pas nier, le minimise.

"Il faut des changements dans la police !", martèle Me Deswaef pour qui, un des problèmes est l’inexpérience des policiers à Bruxelles, qui venus de leur province pour quelques années dans la capitale dès la fin de leur formation, ne connaissent pas les réalités du terrain. Il estime que la police va trop loin car elle procède à des arrestations préventives avant des manifestations.

Mais ses critiques les plus acérées, la Ligue des droits de l’homme les réserve pour la justice. Et de citer le cas de passagers d’un avion qui s’étaient insurgés, le 26 avril 2008, contre l’expulsion forcée sous escorte d’un sans-papiers. Un des passagers avait été placé en garde à vue. L’homme, dont l’expulsion avait échoué, avait été ramené en fourgon en centre fermé, où, affirme Me Deswaef, il avait reçu des coups. "Le 15 novembre, le parquet demandera un non-lieu par absence de charges", s’insurge l’avocat.

Et de citer un autre cas, survenu au palais de justice de Bruxelles le 29 avril 2008, et dans lequel il a été impliqué lorsque des sans-papiers avaient été interpellés. Avec un collègue avocat, Me Deswaef était venu sur place. La police a accepté qu’ils entrent, pour autant qu’ils calment les quelque 400 manifestants massés à l’extérieur. Les deux avocats disent avoir été collés au mur et avoir reçu des coups. Ils ont porté plainte. "Il y a eu un non-lieu en chambre du conseil. Nous avons été condamnés à payer les dépens (625 euros) au policier. Le procureur du Roi nous a dit que nous avions de la chance de ne pas être poursuivi pour rébellion. Nous n’avons pas fait appel contre une renonciation au paiement des dépens", dit Me Deswaef. Et l’avocat de citer un dossier qui n’avance pas pour des questions de langue : la plainte d’un manifestant qui a eu la mâchoire fracassée lors d’une action près du centre fermé 127 bis. "En 2010, le Comité des droits de l’homme de l’Onu disait sa préoccupation sur des allégations d’usage excessif de la force lors de manifestations en Belgique", conclut Me Deswaef.