Le rail wallon "sauvage" à 95 %

On s’attendait à un "jeudi noir" sur le rail belge et on a vu un mercredi noir sur le rail wallon. En effet, dans la foulée des débrayages sans préavis à partir de plusieurs dépôts hennuyers, quasiment tout le chemin de fer wallon était à l’arrêt hier.

Le rail wallon "sauvage" à 95 %
©BELGA
Frédéric Chardon

On s’attendait à un "jeudi noir" sur le rail belge et on a vu un mercredi noir sur le rail wallon. En effet, dans la foulée des débrayages sans préavis à partir de plusieurs dépôts hennuyers, quasiment tout le chemin de fer wallon était à l’arrêt hier. Alors qu’en Flandre, les trains roulaient normalement : des trains non-utilisés en Wallonie ont même été rajoutés sur le réseau flamand

En effet, selon les statistiques récoltées par Infrabel (la société gestionnaire du réseau au sein du groupe SNCB), seuls 5 % des trajets ont été assurés en Wallonie hier, contre près de 100 % des trajets en Flandre. Mais, à l’heure de pointe en fin de journée, Infrabel signalait que la situation en Wallonie s’était légèrement améliorée.

Quant au nord du pays, il a connu quelques perturbations (retards, suppressions) mais elles étaient liées à la situation en Wallonie. Par exemple, les trains venant du sud du pays, comme le train Eupen-Ostende, ne sont évidemment jamais arrivés. Pour rappel, en temps normal, 4 500 trains circulent tous les jours en Belgique (3 500 "voyageurs" et 1 000 pour le trafic "marchandises").

"La ligne de séparation était clairement la frontière linguistique", fait remarquer Frédéric Sacré, l’un des porte-parole d’Infrabel. "Par exemple, les trains venant de Tirlemont, Landen, etc., roulaient jusqu’à la gare de Waremme et s’y arrêtaient. Au niveau de Bruxelles, c’est le même phénomène : à quelques exceptions près, les trains vers la Flandre ont fonctionné, les trains vers la Wallonie étaient à l’arrêt ", précise-t-il.

Voilà pour les chiffres du réseau. Mais, et le personnel du groupe SNCB ? En Wallonie, la logique de l’action sociale spontanée se divise en sous-régions. En effet, à Charleroi, ce sont les conducteurs qui ont fait grève. Pas les accompagnateurs de train, ni le personnel d’Infrabel (cabines de signalisation). A Mons, par contre, la moitié du personnel des cabines de signalisation se croisait les bras, paralysant ainsi tout le trafic.

Ces données ont été obtenues auprès de la SNCB Holding (qui chapeaute le groupe ferroviaire) après quelques premiers "coups de sonde" sur le terrain. Pour le district sud-est (Liège ), c’est l’inverse. "80 % des conducteurs étaient présents au travail" , affirme Louis Maraîte, responsable de la communication de la Holding. " Mais 100 % des cabines de signalisation étaient à l’arrêt. " Enfin, au niveau de Bruxelles, la responsable de cette aire géographique au sein du groupe SNCB n’a pas relevé d’actions spontanées.

A la SNCB "opérateur" (chargée du transport des personnes), le constat est amer face aux actions sauvages qui ont frappé si durement la Wallonie hier. " Manifestement, les néerlandophones ont davantage le sens du respect du préavis de grève et de l’accord social que les Wallons. Ce n’est pas un scoop", constate un cadre de la SNCB qui souhaité garder l’anonymat. "Les syndicalistes montois par exemple se glorifient d’avoir été les premiers à débrayer ! "

Et du côté syndical ? Le point de vue est tout autre, bien entendu. " Il n’y a pas de problèmes communautaires entre Flamands et Wallons dans cette grève ", précise Michel Abdissi, secrétaire national de la CGSP Cheminot. "En fait, du côté wallon, les délégués permanents ont donné les informations aux affiliés dès mardi soir. Et ces derniers ont jugé qu’il ne fallait pas attendre le début du préavis fixé hier à 22 h. En Flandre, les informations n’ont été diffusées qu’hier matin à la base, qui a préféré attendre 22 h pour se croiser les bras. "

Par ailleurs, le patron des cheminots du syndicat socialiste veut remettre les points sur les "i" : pour lui, il n’y a pas de grèves sauvages. " Les trois syndicats, au niveau de leur maisons mères respectives, avaient transmis un préavis fin de la semaine dernière pour dire qu’elles couvriraient toute action jusqu’au 30 janvier. "

Faut-il s’attendre à une paralysie du rail belge jusqu’à Noël comme certaines informations le laissent penser ? Michel Abdissi nous a confié attendre les résultats de la réunion qui devait avoir lieu hier soir entre le ministre Vincent Van Quickenborne (Open VLD) et les interprofessionnelles des syndicats. " Les cheminots ne sont pas conviés à cette réunion, on espère qu’elle pourra aboutir à une concertation. En fonction de ces éventuels développements, on va faire une réunion ce jeudi et on verra bien ce qu’on fera. Mais, à ce stade, c’est s’avancer un peu trop que de dire que la grève sur le rail durera jusqu’à Noël."

Enfin, sur la question des pensions, nœud du problème pour les travailleurs du groupe SNCB, le secrétaire général de la CGSP Cheminot ajoute : "Je vous rappelle l’impact des mesures qui sont envisagées pour l’avenir des pensions : on va travailler plus longtemps pour avoir moins à la fin. Le plus scandaleux, clairement, c’est la disparition de la pension de survie en cas de décès du conjoint : elle sera remplacée par des allocations de chômage."

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