La CPU sur les rails en 2013

Depuis le début de l’année scolaire 2011-2012, 85 établissements de l’enseignement qualifiant participent à l’expérience-pilote de la "certification par unités" (CPU).

La CPU sur les rails en 2013
©Christophe Bortels
Stéphanie Bocart

Entretien

Depuis le début de l’année scolaire 2011-2012, 85 établissements de l’enseignement qualifiant participent à l’expérience-pilote de la "certification par unités" (CPU). Pour rappel, la CPU est un projet porté par la ministre de l’Enseignement obligatoire et de promotion sociale Marie-Dominique Simonet (CDH). "Ce projet s’inscrit dans le cadre d’une refondation de l’enseignement qualifiant , explique la ministre, ainsi que de la lutte contre le décrochage scolaire, en vue d’atteindre l’objectif de 10 % de taux d’abandon fixé par l’Union européenne." Un taux actuellement largement dépassé en Wallonie (13,7 %) et à Bruxelles (16 %).

Parents pauvres de l’enseignement, les filières techniques et professionnelles sont encore trop souvent dévalorisées et considérées comme une voie de relégation des élèves en difficulté scolaire. "Les élèves qui arrivent en 5e année de l’enseignement qualifiant sont en bout de parcours , indique M me Simonet, mais ils présentent un pourcentage d’échec scolaire encore très élevé : le taux de redoublement est de 24 % en technique et 21 % en professionnelle. Ils vont décrocher. Et il y a encore du redoublement en 6e. Il y a donc une forme d’urgence de les mener à la certification et d’éviter le décrochage scolaire, en les motivant et en leur redonnant confiance."

La CPU a donc pour objectif de "valoriser les acquis plutôt que de sanctionner les échecs" . Concrètement, elle veut considérer le 3e degré de l’enseignement qualifiant comme une formation complète menant à un métier bien défini, que l’élève suit en validant progressivement ses acquis - répartis sur deux ans en cinq ou six unités (appelées "unités d’acquis d’apprentissage") - et en étant certifié sur le résultat final.

Dans un premier temps, la CPU a été implantée dans tous les établissements qui organisent une des trois options suivantes du 3e degré technique de qualification ou professionnel : technicien(ne) de l’automobile, mécanicien(ne) automobile et esthéticien(ne). Chaque établissement a eu la possibilité d’entrer dans la CPU à son rythme :

- selon le mode 1 : l’établissement ne change rien ; il reçoit le matériel de la CPU et réfléchit aux modalités de mise en œuvre pour l’année suivante;

- selon le mode 2 : l’établissement adopte le nouveau profil du référentiel expérimental et le met en œuvre en adaptant son organisation aux unités, en respectant les indications temporelles données et en adoptant les standards d’évaluation.

Un nouveau décret portant sur la CPU est passé au gouvernement. Il va à présent être concerté avec les pouvoirs organisateurs (PO) et les organisations syndicales.

Quelques mois après le lancement de la phase-pilote, que ressort-il des analyses des groupes de travail ?

Ils m’ont dit que ce serait bien de prolonger d’un an l’expérimentation. Je suis très ambitieuse sur ce projet, mais il faut aussi entendre les demandes du terrain. Il a donc été décidé de permettre la prolongation de l’expérimentation pour affiner le processus et apporter des réponses aux questions. La CPU ne deviendrait donc organique qu’en septembre 2013 dans toutes les écoles. Il n’y aura alors plus de modes 1 ou 2.

Quelles sont les difficultés rencontrées par les écoles déjà engagées dans la CPU ?

Actuellement, 48 % des écoles ont adopté le mode 2. On constate qu’elles utilisent plus les outils, sont déjà "plus dans le bain" et plus enthousiastes que celles qui sont en mode 1. Pourquoi ? Parce qu’elles voient déjà les résultats : la première unité s’est terminée et les taux de réussite sont meilleurs. Surtout, les élèves sont plus motivés. Mais, bien évidemment, il y a encore des questions. C’est normal. Une question qui revient souvent, c’est la formation générale, commune. Celle-ci est extrêmement importante. Je souhaite même la voir renforcée : j’ai demandé qu’on réfléchisse aux grilles horaires des 2e et 3e degrés et aux référentiels de la formation commune, qui sont parfois fort nébuleux. Ces apprentissages ne pourront pas être travaillés par unités spiralaires comme pour les référentiels métiers. On peut déjà commencer à le faire mais cela ne sera pas exactement la même chose.

La mise en œuvre de la CPU implique aussi une réorganisation importante en termes d’horaires, de cours, de remédiation…

Les deux années sont généralement découplées en six unités. Attention, ces unités ne sont pas segmentées. Il s’agit d’apprentissages spiralaires : on revient sur les pratiques et on les maîtrise de plus en plus. Les unités sont découpées pour qu’il y ait plus de temps que ce qui est prévu pour faire de la remédiation. On peut faire de la remédiation avec les élèves qui en ont besoin et pour les autres, on leur offre des activités de dépassement.

La première unité achevée, quels sont les taux de réussite ?

Nous avons fait un sondage dans certains établissements. Il s’agit d’une photographie à un moment donné puisque les modalités sont différentes d’une école à l’autre. Mais on voit que dans certaines écoles, il y a 100 % de réussite et dans d’autres, 80 % à 90 %. Ces écoles-là continuent de travailler et de remédier en commençant la deuxième unité. Dans une école d’esthétique, on voit par exemple que sur 67 élèves, 42 ont réussi avant la remédiation et 56 après. Le taux de réussite s’élève ainsi à 83 %. Un taux encore jamais atteint, selon la directrice de cet établissement.

Chaque unité est validée, avec une certification au terme du parcours. Un jeune peut-il néanmoins faire valoir les unités qu’il a déjà acquises auprès d’un employeur ?

Les unités ne correspondent pas à des seuils d’employabilité. Néanmoins, le jeune pourra aller chercher des unités en promotion sociale. Il ne devra pas tout recommencer s’il veut compléter ce qu’il a déjà acquis. Mais l’idéal est bien que le jeune reste à l’école, ne décroche pas et soit motivé par ce qu’il fait.

Comment comptez-vous financer la CPU ?

Nous allons réinjecter des moyens. La note de gouvernement le prévoit. Pour ce faire, nous avons comparé les taux de redoublement entre 2005 et 2010 dans le technique et le professionnel en 5e et 6e années. En 5e et 6e professionnelles, ce taux est respectivement de 21 % et de 10,6 % et en 5e et 6e techniques, il s’élève respectivement à 24,3 % et à 9,2 %. Nous partons aussi du principe que nous allons atteindre l’objectif européen de 10 % de décrochage scolaire et nous considérons qu’il y a encore un taux de redoublement de 2 %. A ce moment-là, par un calcul, nous voyons le coût du redoublement. Nous arrivons ainsi à 0,45 période (NdlR : 1 période égale 50 minutes de cours) par élève qui pourra être redistribuée pour les écoles en CPU, soit une augmentation de 17 % de NTPP (NdlR : le "nombre total de périodes-professeurs" définit les normes d’encadrement). La CPU va commencer en 2013. En 2013, il n’y aura pas d’épargne puisque les élèves entrent en 5e année. Ce n’est qu’en 2014 qu’ils n’auront pas doublé et donc, en 2014, on va réinjecter des moyens. En 2015, on les réinjectera en 5e et en 6e. Il y aura un monitoring : si, par exemple, nous faisons mieux que 10 % de décrochage scolaire, le gouvernement pourra réinjecter d’autres moyens.

Que va-t-il se passer en 2012-2013 pour les élèves et les écoles qui sont déjà dans la CPU ?

Comme je l’ai dit, à la demande des acteurs, l’expérimentation va se prolonger. Les élèves qui entreront en 5e année en 2012 expérimenteront le mode 2. Ils recevront par ailleurs une attestation de validation des unités, qui sera commune à tout le monde. Deux outils seront également mis en place dès septembre 2012. Pour l’élève, il s’agit du "dossier d’apprentissage", qui reprendra l’état de réussite de chaque unité, avec les conseils des professeurs, les remédiations mises en place, etc. Ensuite, pour le 1er septembre, les écoles doivent établir un "plan de mise en œuvre de la CPU" dans leur école.

La CPU deviendra organique en 2013. De nouveaux secteurs seront-ils concernés ?

Aux trois options actuelles s’ajouteront la coiffure et l’animation. Mais il y a d’autres secteurs qui sont intéressés, comme la restauration. Cela étant, il faut d’abord que le Service francophone des métiers et des qualifications (SFMQ) sorte les référentiels métiers. En outre, le décret prévoit qu’il faut évaluer les cinq premières options avant d’étendre la CPU. Mais à terme, toutes les options de l’enseignement qualifiant peuvent être concernées par la CPU.