Cardinal Ries : "L’Eglise doit écouter les jeunes"

Rarement nous avons rencontré un prélat aussi disponible. Un vrai marathonien de la foi mais aussi un transmetteur d’optimisme que le nouveau cardinal belge Julien Ries! Entretien avec le nouveau cardinal belge.

Cardinal Ries : "L’Eglise doit écouter les jeunes"
© AFP Internet
Envoyé spécial à Rome : Christian Laporte

Christian LaporteEntretien Christian Laporte envoyé spécial à Rome.

Malgré le poids des ans, la fatigue et l’accumulation de cérémonies romaines qui ne se caractérisent jamais par leur brièveté, il a tenu à répondre aux question de " La Libre".

Vous voilà prince de l’Eglise. Vous vous sentez un autre homme désormais?

J’ai tellement accumulé d’impressions pendant ces dernières heures que je dois vous avouer que je n’ai pas encore pu en faire la synthèse! Mais pour en revenir au jour où le nonce apostolique m’a annoncé que le lendemain le Pape allait annoncer un consistoire dont je serais un acteur direct, cela a vraiment été une grande surprise pour moi. J’ai toutefois fini par comprendre les motivations du Saint- Père et de l’Eglise. A savoir qu’ils ont voulu distinguer le travail de l’historien des religions et plus particulièrement encore mes travaux sur l’Homo religiosus. A l’instar de certains de mes prédécesseurs comme l’historien des religions,Franz Koenig, l’ecclésiologue Charles Journet, le spécialiste de la patristique qu’était Jean Daniélou ou encore le grand spécialiste de la pensée de Thomas d’Aquin, Hans Urs von Balthasar. Cela m’a rendu aussi conscient que mes travaux étaient loins d’être terminés. D’autant plus que nos contemporains ont une vraie soif de valeurs. Pour beaucoup, elles redeviennent même essentielles dans la société actuelle. Car nous vivons dans un monde qui écrase l’homme et qui éprouve sérieusement sa dignité. D’où une aspiration à de nouveau de vraies valeurs. L’Université de Milan avec laquelle je collabore a parfaitement compris cela et s'apprête à m’aider à éditer de nouvelles recherches. Je lui légué ma bibliothèque, mes manuscrits, mes notes et ma correspondance avec l’assurance que l’on poursuivra mon travail lorsque je ne serai plus là.

Pas de regrets que ce ne soit pas votre université originelle qui s’en occupe, en l’occurrence l’UCL...

Je ne suis pas du tout tracassé par cela, sachant mieux que quiconque que nul n’est prophète en son pays! Et puis de toute façon, je n’ai jamais été attiré par les honneurs. Pour vivre heureux, vivons cachés. Mais cela ne m’empêche pas de me réjouir qu’on veut m’aider à diffuser le fruit des mes recherches!

Comment le nouveau cardinal que vous êtes jauge l’état actuel de l’Eglise?

L’Eglise subit aussi de front la crise des valeurs du monde actuel mais je ne puis cependant pas m’empêcher de penser qu’elle peut rebondir. Bien sûr comme tout le monde je vois la crise des vocations et la baisse des pratiques religieuses. Et pourtant on assiste en même temps à un renouveau dont la jeunesse est le principal acteur sinon le moteur. Il faut que l’Eglise se mette à l’écoute de ses aspirations. Quand on voit le succès des Journées mondiales de la Jeunesse, je suis convaincu que celle-ci a encore une grande soif de valeurs, en ce compris catholiques! Et pour parler de mon humble personne, j’ai été impressionné par le grand nombre de jeunes qui sont venus me saluer samedi après ma création de cardinal. Il y avait là des Italiens, des Américains, des Roumains, des Africains.