La surveillance des profils à risque en Belgique

Les récentes attaques perpétrées à Anderlecht et Toulouse soulèvent la question de la surveillance des profils dangereux, notamment jihadistes, en Belgique. Alain Grignard, commissaire à la Police fédérale, en charge d’enquêtes terroristes, a répondu aux questions de LaLibre.be.

Interview de Jonas Legge

Alain Grignard est commissaire à la Police fédérale, en charge d’enquêtes terroristes. Il est par ailleurs islamologue et enseigne actuellement à l'Université de Liège.

Comment repère-t-on un profil dangereux ?

C'est une question de bon sens. Si une personne change brutalement de comportement, se rend dans une zone sensible, comme le Pakistan ou l'Afghanistan, ou qu'elle fréquente certains groupes, nous allons lui porter davantage d'attention. Dans le cas de Toulouse, par exemple, c'est un ancien délinquant, qui avait fait des séjours dans des zones "chaudes", et dont le profil était connu de la police.

La surveillance a-t-elle été accrue en Belgique après les attaques à Anderlecht et Toulouse ?

Nous nous sommes posé la question après l'attaque de la mosquée d'Anderlecht. Il aurait pu y avoir un règlement de compte confessionnel entre sunnites et chiites. Mais les risques de représailles étaient tout de même faibles car la communauté chiite est plus calme.

Comment se déroule une surveillance ?

Tout d'abord, nous évaluons si nous disposons des forces humaines suffisantes pour surveiller une personne. Si c'est le cas, pour être mise en place, cette surveillance doit être validée par la magistrature.

Mais il est très difficile de suivre un individu 24h/24. On investigue puis, au bout d'un certain temps, on arrête car soit on ne dispose d'aucun élément laissant penser que la personne est réellement dangereuse, soit on n'a pas les moyens humains de continuer. Et puis, on doit parfois abandonner parce que, dans le même temps, on tombe sur d'autres profils "bizarres", qui demandent une vigilance renforcée. Mais il importe de connaitre, par l'intérieur même, la dynamique de la communauté.

Ensuite, se pose la question primordiale des droits individuels, et notamment de la vie privée. Même si nous avons les moyens, nous devons parfois nous soumettre à une autocensure car nous ne pouvons tout nous permettre.

Vos méthodes de surveillance ont-elles évolué ces derniers temps ?

Avec le développement des technologies de communication, des outils comme Internet, Skype ou Facebook sont devenus des sources d’informations très importantes, qui ont détrôné les écoutes téléphoniques. Pour le reste des méthodes, vous vous doutez bien que je ne peux trop en dire...