La Belgique, menacée par l'islamisme radical?

La folie meurtrière du tueur au scooter, Mohamed Merah, a fait sept victimes à Toulouse et Montauban. La Belgique est-elle à l’abri de tels actes? Non, répond le journaliste Claude Demelenne.

L. Be.
La Belgique, menacée par l'islamisme radical?
©© Bernard Demoulin

La folie meurtrière du tueur au scooter, Mohamed Merah, a fait sept victimes à Toulouse et Montauban. Abattu jeudi dernier par le RAID, il laisse une région et un pays traumatisés. "Loup solitaire", selon les spécialistes, ce jeune de banlieue s'est retrouvé dans les camps afghans.

"L'histoire de Mohamed Merah renvoie la France à son miroir : il finit jihadiste sans réelle conviction après avoir été un citoyen sans réelle dignité" estimait Tariq Ramadan, professeur d’Études islamiques contemporaines à Oxford, sur son blog. La Belgique est-elle à l’abri de tels actes ?

Une semaine plus tôt, l'imam d'une mosquée d'Anderlecht meurt asphyxié après que le bâtiment eut été la cible d'un incendie criminel. Le coupable serait un salafiste, un extrémiste musulman anti-chiites. Est-ce un signe que la Belgique est, elle aussi, menacée par un islamisme radical ? C'est la question posée dans "Mise au point", le débat dominical de la RTBF de ce 25 mars.

Pour le journaliste et auteur Claude Demelenne, "il faut reconnaitre qu'il existe une extrême droite musulmane en Belgique. Je pense que ce qui s'est passé à Toulouse peut se passer à Bruxelles". Alain Winants, administrateur général de la Sûreté de l’État, se veut néanmoins rassurant, "l'islamisme radical est l'affaire d'une minorité". "La sureté de l’État l'estime néanmoins dangereuse" poursuit-il. "Ces derniers temps, nous avons constaté une augmentation du radicalisme et du danger extrémiste voire terroriste. Une minorité se rend dans les pays jihadistes et suit des entrainements militaires. Cela devient dangereux pour la Belgique quand ces gens-là reviennent sur le territoire."

Claude Moniquet, directeur de l'ESISC et ancien agent des services secrets, note un énorme effort au niveau belge et européen en matière de sûreté mais il déplore qu'"aucun pays n'ait suffisamment de moyens". Gilles de Kerchove, coordinateur européen de la lutte contre le terrorisme, affirme qu'il est "important de distinguer la radicalisation et le passage à l'acte". "Nous travaillons au niveau européen sur la manière de s'informer et de détecter (ndlr: les cas dangereux). Tous les radicaux ne tombent pas dans la violence, c'est un problème de cohésion sociale. Il est clair que Mohamed Merah a été fortement radicalisé lors de son passage en prison."

Le député PS, Rachid Madrane, a le sentiment que "la majorité des musulmans sont dans un processus de construction d'un islam de Belgique". La dangerosité des salafistes est néanmoins pointée du doigt par Louis Michel, député européen MR. "Un des concepts salafistes est la conquête" affirme-t-il. "Je crois que l'islam aurait intérêt à préciser ses conceptions par rapport à l’état de droit, à la mixité, à la laïcité... Je ne généralise pas, mais cette minorité peut devenir très dangereuse dans ce monde interconnecté", faisant référence au rôle des nouveaux médias dans la circulation des informations.

Pour Michael Privot, islamologue et membre des Frères musulmans, l'exercice est difficile car "l'islam n'est pas une personne". Revenant sur le cas des salafistes, il explique que cette mouvance conservatrice est dangereuse quand elle devient politique. Un avis que partage Alain Winants. "A la base, les salafistes ne sont pas violents. Le lien n'est pas automatique entre salafisme et terrorisme" poursuit Michael Privot qui assure que le discours des imams est fortement contrôlé. Le problème naitrait non pas dans les mosquées mais aux alentours. Il prône donc un renforcement de la coopération entre les populations et les services de sécurité sur le terrain.