Prêcher la haine avant le Djihad

Une structure bien huilée : en tout point conforme aux méthodes qui permettent à al Qaeda de recruter des candidats au Djihad pour les envoyer en Irak ou en Afghanistan. Le procureur fédéral Jean-Marc Trigaux a dessiné, mercredi devant le tribunal correctionnel de Bruxelles qui juge sept hommes, les contours de ce groupe terroriste où chacun avait sa place et où les recrues franchissaient les échelons qui devaient les mener au combat. Via cette structure, en 12 ans, une vingtaine de personnes partiront se battre. Certains ne reviendront jamais. D’autres ont été condamnés lors de procès terrorisme en 2008 et 2010 à Bruxelles.

Jacques Laruelle

Une structure bien huilée : en tout point conforme aux méthodes qui permettent à al Qaeda de recruter des candidats au Djihad pour les envoyer en Irak ou en Afghanistan. Le procureur fédéral Jean-Marc Trigaux a dessiné, mercredi devant le tribunal correctionnel de Bruxelles qui juge sept hommes, les contours de ce groupe terroriste où chacun avait sa place et où les recrues franchissaient les échelons qui devaient les mener au combat. Via cette structure, en 12 ans, une vingtaine de personnes partiront se battre. Certains ne reviendront jamais. D’autres ont été condamnés lors de procès terrorisme en 2008 et 2010 à Bruxelles.

Au cœur de ce dispositif, il y a le Centre islamique belge (CIB), créé à Anderlecht par un prédicateur franco-syrien, Cheikh Bassam Ayachi, qui s’est installé en Belgique en 1992. Arrêté à Bari en 2008, il y est détenu.

N’accédait pas qui veut au CIB. Les premiers contacts étaient noués via deux sites internet gérés par le fils du Cheikh - qui devait être jugé à Bruxelles mais a fui en Syrie - et Raphaël Gendron, un converti, détenu en Italie avec le Cheikh. La propagande d’al Qaeda y était en évidence : vidéos extrémistes que les gestionnaires sous-titraient pour ceux qui ne connaissaient pas l’arabe. L’objectif était d’imprimer l’idée que l’islam était menacé partout dans le monde et qu’il fallait réagir. Par les armes. Des forums anonymes permettaient des échanges de messages discrets entre les recrues potentielles et leurs mentors.

C’était insuffisant : pour passer du virtuel au réel, les recrues transitaient par le CIB où, sous couvert d’activités religieuses et de cours d’arabe, les prêcheurs donnaient du poids aux arguments prônant le Djihad. C’était, dit M. Trigaux, le rôle du Cheikh et d’un prévenu, Olivier Dassy, métis converti qui a fait un passage par les chasseurs ardennais. Grâce à cette expérience, il avait rédigé des manuels de combat.

Les recruteurs, des hommes charismatiques qui ont combattu, intervenaient alors. C’était le cas de Moez Garsallaoui, un Tunisien qui serait en Afghanistan où il aurait un rôle en vue dans al Qaeda. Ou d’Ali Tabich, aujourd’hui jugé à Bruxelles, qui avec un autre Bruxellois qui y est mort, a combattu en Irak en 2005 et 2006 : ce qui lui donnait une grande aura.

Venaient alors les candidats au départ : des hommes influençables, comme deux des autres prévenus, Samer Azouagh - qui gagnera la Syrie mais n’ira pas plus loin - et Abdelfettah Tabich. Ou encore un homme, qui s’est présenté en 2008 au CIB, comme un ancien militaire, rompu aux armes mais écarté de l’armée car soi-disant brûlé sur tout le visage et qui devait dès lors porter un masque lui cachant les traits. Un ancien catholique tenté par l’islam, très mal dans sa peau, malléable. Apparemment la recrue rêvée Sauf qu’il s’agissait d’un policier des Unités spéciales, en mission d’infiltration, dont le rôle contribuera à démanteler le réseau.