"Les militants ne peuvent plus entendre que sans le PS, ce serait pire"

Le secrétaire régional de la FGTB de Charleroi Sud-Hainaut parle au nom des siens: il faut une nouvelle force politique pour faire passer leurs idées. Daniel Piron dit ne plus croire dans la capacité du PS de défendre les intérêts des travailleurs.

"Les militants ne peuvent plus entendre que sans le PS, ce serait pire"
Vincent Rocour

Le secrétaire régional de la FGTB de Charleroi Sud-Hainaut parle au nom des siens: il faut une nouvelle force politique pour faire passer leurs idées. Dans un entretien-choc à la veille du 1er mai, Daniel Piron dit ne plus croire dans la capacité du PS de défendre les intérêts des travailleurs.

la FGTB de Charleroi s’est prononcée pour la création d’une nouvelle force politique, à gauche du PS. Comment en être arrivé là ?

La réflexion est née au sein du Comité permanent de la FGTB de Charleroi à la suite des mesures d’austérité prises par le gouvernement dans le cadre du budget 2012.

Le PS ne relaye-t-il plus vos positions ? C’est pourtant grâce à lui, par exemple, que l’indexation automatique des salaires a été maintenue malgré la pression qui s’exerce pour la supprimer.

C’est exact. Mais combien de fois devra-t-on payer pour le maintien de l’index ? La facture est très lourde. Dois-je énumérer les mesures d’austérité qui ont été prises dans le cadre du budget 2012 ? On porte atteinte à la possibilité pour les travailleurs âgés et usés de partir à la prépension. On euthanasie une génération de chômeurs avec la dégressivité des allocations de chômage. On orchestre une fin de droit pour les jeunes indemnisés sur la base des études.

A quel moment en êtes-vous arrivé à la conclusion qu’il fallait une force politique à la gauche du PS ?

Au lendemain de la grève du 31 janvier, nous avons fait le bilan de ce que nous avions obtenu. Les militants ont jugé que les avancées étaient cosmétiques. Le problème, c’est qu’on a accumulé les déceptions. Nous avions déjà eu quelques soucis avec le PS en 1993 avec le Plan global, en 1995 avec les suppressions de postes dans l’enseignement, en 2004 avec l’adoption du dispositif de contrôle de la disponibilité des chômeurs, en 2005 à cause du Pacte des générations. On avait alors dit qu’on n’accepterait pas un Pacte des générations bis. Or, c’est précisément ce qu’on a. Maintenant, cela ne va plus.

Thierry Bodson (patron de la FGTB wallonne) estime qu’il est préférable de tenter de ramener le PS à des positions plus conformes aux vôtres…

Nous n’y croyons plus.

Le PS, ce n’est quand même pas un parti de droite ?

Non. C’est un parti social-démocrate. Il tente de réformer le capitalisme. Pas de le remplacer par un autre système. Notre analyse est anti-capitaliste.

Pour vous, la FGTB ne devrait plus être représentée au bureau du PS ?

Nous ne sommes pas encore là. La FGTB-Charleroi a mis le débat sur la table. Il doit immanquablement avoir lieu. Mais il n’a pas encore eu lieu.

Avec un scrutin proportionnel, les partis politiques sont bien obligés de composer avec des formations politiques qui ne partagent pas les mêmes programmes…

A force de composer, on finit par se décomposer. Entre ce que le PS peut apporter à la FGTB, au titre de relais privilégié, et ce qu’on nous impose, il y a un terrible hiatus. Un déséquilibre. Il y a moins en positif et beaucoup plus en négatif. La politique du moindre mal, cela ne passe plus chez nous. Les militants ne peuvent plus entendre que "sans le PS, ce serait pire". Même des militants de la vieille garde montent à la tribune pour dire qu’ils se sentent trahis par le PS. Il y a une lame de fond, à la FGTB de Charleroi, pour dire qu’il faut une alternative politique. Et cela nous a interpellés. Nous nous sommes dit que nous ne pouvions pas rester sans rien faire en attendant une nouvelle catastrophe. Au même moment, le phénomène Mélenchon a commencé. Ce qui se passait en France avec le Front de gauche était de nature à donner de l’espoir à nos militants.

Qu’est-ce vous proposez concrètement ?

Il faut bien réfléchir. Certains veulent déjà un Front de gauche pour les élections communales d’octobre. Nous ne pensons pas que c’est une bonne idée. Il y a eu des expériences dans le passé, comme Gauche unie, qui ont échoué à cause d’une trop grande précipitation. Ce qu’on veut, c’est un travail de longue haleine.

Mais vous voulez que la FGTB lance un nouveau parti ?

Non. Notre intention, après les élections communales, c’est d’interpeller l’ensemble de la gauche, la gauche sociale-démocrate comme la gauche radicale. On soumettra notre programme à tous ces partis en leur demandant s’ils y adhèrent. A ce moment, on se comptera. On verra qui du PS, d’Ecolo, de la gauche radicale et de la gauche chrétienne va s’engager sur un programme politique qui correspond aux aspirations du monde du travail, de la FGTB en particulier. Après, on pourra envisager la constitution d’une force de gauche qui pourrait être le relais de notre position. En toute indépendance syndicale. Dans le passé, il nous est arrivé d’inviter nos membres à voter pour le PS ou Ecolo. Cela ne nous a pas enlevé notre indépendance syndicale. Si, dans le futur, on appelle à voter pour cette force politique qui se situerait à gauche du PS et d’Ecolo, cela ne nous priverait pas non plus de notre indépendance. L’indépendance syndicale ne veut pas dire que nous n’avons pas d’opinions politiques. Quand on voit ce qu’est devenu le PS, on est méfiant.

Bernard Wesphael vient de former un nouveau parti. Vous pourriez vous associer à son initiative ?

Non. Bernard Wesphael, il divise la gauche. Notre projet, c’est tout le contraire. Nous, nous voulons rassembler la gauche. Et puis, Bernard Wesphael, qui dit qu’il n’est pas anti-capitaliste n’est pas très bien vu des milieux syndicaux. Y compris à Liège. Je ne sais pas où il va chercher ses soutiens dans les milieux syndicaux.

Donc, vous souhaitez que les partis à gauche du PS et d’Ecolo se rassemblent ?

Il y a le Parti du travail de Belgique, la Ligue communiste révolutionnaire, le Parti socialiste de lutte Des partis qu’on pourrait rassembler, oui.

Mais il faudra trouver quelqu’un comme Jean-Luc Mélenchon pour les fédérer. Existe-t-il, ce Mélenchon belge ?

On a le temps. Il y a des tas de syndicalistes engagés politiquement.

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