Le "tronc commun" continue son chemin

Marie-Dominique Simonet veut instaurer d’ici la rentrée 2013, dès le primaire, un "tronc commun" à tous les cours de morale non confessionnelle et de religions (catholique, protestante, israélite, islamique et orthodoxe).

Stéphanie Bocart
Le "tronc commun" continue son chemin

Ma proposition est concrète, pragmatique, et elle se situe dans la réflexion et le cadre juridique qui est le nôtre, à savoir le Pacte de New-York, l’article 24 de la Constitution et le Pacte scolaire", a défendu, mercredi, en séance plénière du Parlement de la Communauté française, la ministre de l’Enseignement obligatoire Marie-Dominique Simonet (CDH). Sa proposition ? Instaurer d’ici la rentrée 2013, dès le primaire, un "tronc commun" à tous les cours de morale non confessionnelle et de religions (catholique, protestante, israélite, islamique et orthodoxe).

Un projet remis en question la semaine dernière (LLB 27/4) par le Centre d’étude et de défense de l’école publique (Cedep). Pour rappel, celui-ci plaide pour rendre les cours dits "philosophiques" facultatifs et organiser un cours commun de philosophie.

"Cela fait deux ans que nous travaillons sur cette thématique, avec différents partenaires (NdlR : dont le Conseil consultatif des cours philosophiques (CCCP) et les représentants des cultes), souligne Mme Simonet. Donc, bien entendu, à mes yeux, ma proposition n’est pas du tout remise en question". Marc Elsen, chef de file du CDH, appuie : "On avait convenu, tous partis confondus, majorité et opposition, qu’on allait remettre sur la table la discussion, initiée par un projet de Richard Miller (MR) (LLB 28/4) , et travailler avec le projet de Mme Simonet. On est en pleine ascension. Ce serait dommage de s’arrêter en si bon chemin". Pour Yves Reinkin (Ecolo), "aujourd’hui, avec la proposition de tronc commun, on ouvre les portes des cours : il va y avoir des moments de rencontre entre les différents cours où un dialogue va pouvoir s’installer et où le vivre ensemble pourra se renforcer". Il enchaîne : "Le Cedep plaide pour un seul cours commun tandis que d’autres ne veulent absolument aucun cours commun. Le risque est qu’au final, on ne fasse rien du tout. Or, la dynamique actuelle est une voix médiane qui ouvre vers un projet nouveau par rapport aux cours philosophiques. L’important est donc d’avancer. On verra après s’il faut aller plus loin, en concertation avec tous les acteurs, mais alors il faudra changer la Constitution".

Car si le Cedep soutient "qu’il faudrait passer par un décret pour supprimer le caractère obligatoire des cours philosophiques", la ministre Simonet affirme, au contraire, que "si l’on veut rendre les cours philosophiques facultatifs, il faut changer la Constitution; c’est notamment Xavier Delgrange, auditeur au Conseil d’Etat, qui le dit". Elle ajoute : "Si l’on veut discuter de cela, il est sûr qu’on ne fera rien ici et maintenant. Je ne dis pas qu’on ne peut pas en discuter, mais ce n’est ni l’endroit ni le momentum. La Belgique sort d’une longue crise sans gouvernement. Elle s’est mise d’accord avec le Nord et le Sud sur des révisions constitutionnelles, et le programme est déjà bien chargé et bien nourri". En revanche, en Communauté française, "ici et maintenant, il y a des vides, reprend-t-elle, et donc ce tronc commun est une fenêtre d’opportunité parce qu’on a besoin de davantage d’éducation à la citoyenneté active, de réflexion philosophique. Exclure le questionnement philosophique ou la quête du religieux de l’école serait une grave erreur".

Au PS, si l’on relève le caractère "très positif" de "former les enfants à l’histoire de l’autre", on se demande toutefois "s’il est nécessaire de légiférer par rapport à ça" car, selon la députée Françoise Fassiaux-Looten, "la Constitution est très claire : les cours de morale et de religion "échappent" à l’organisation de l’école puisque pris en charge par les cultes, etc." Pour elle, "dans certaines écoles se pratiquent déjà des rencontres entre le professeur de religion et celui de morale, et leurs élèves. Ce serait donc nettement plus simple et plus constitutionnel, plutôt que de jouer avec un décret "tronc commun" qui va sans doute hérisser les uns contre les autres".

Mais quid des enseignants qui seront en charge de ces rencontres et de ce "tronc commun" ? C’est là l’une des inquiétudes du Cedep. "Il y a un certain nombre de professeurs de morale ou de religion qui ont une formation philosophique. Ces personnes me semblent donc capables de pouvoir donner un contenu sur la philosophie et, a fortiori, sur la citoyenneté", rappelle Mme Simonet. Yves Reinkin insiste pour sa part sur la nécessité "d’une formation initiale et à la fois continuée en interréseaux des professeurs pour le tronc commun".

Au terme, mercredi, des questions d’actualité, la ministre Simonet confiait encore "avoir clairement senti du soutien de la part des intervenants", tout en se déclarant "ouverte à affiner, construire et prévoir de la formation commune".