ULB-UCL : vers une entente ?

Mardi soir, Didier Viviers a été réélu recteur de l’ULB avec 88,77% des voix pour un taux de participation de près de 58% .

Stéphanie Bocart
ULB-UCL : vers une entente ?
©Photonews

Entretien

Mardi soir, Didier Viviers a été réélu recteur de l’ULB avec 88,77 % des voix pour un taux de participation de près de 58 % (LLB 9/5). "Cela veut dire que ce n’est pas seulement la voix d’une personne, fût-il recteur, qui s’exprime, mais c’est l’ensemble d’une université qui adhère à sa position", souligne-t-il. Position qu’il a développée pour "La Libre".

Vous avez été reconduit avec une majorité des voix du corps académique. Ne faudrait-il pas associer au vote les étudiants et l’ensemble du personnel, comme à l’UCL par exemple ?

Un système d’élection est toujours intimement lié à une organisation institutionnelle beaucoup plus large. A l’ULB, nous avons un président du CA et, à ses côtés, un recteur, qui est le représentant du corps académique. C’est la raison pour laquelle, dans le système qui est proposé depuis nos statuts de 1969, le recteur est élu par le corps académique et le président par son CA. Changer le système d’élection du recteur reviendrait à modifier le poids aussi politique du recteur au sein de l’université. On ne doit donc pas "simplement" changer un système électoral ; on doit, et nous le faisons, réfléchir à notre structure de gouvernance (NdlR : un groupe de travail a été mis sur pied) pour voir si, effectivement, le modèle de l’UCL, de l’ULg pourrait éventuellement être adopté et si oui, dans quel contexte.

Votre mandat a été agité ces deux dernières années (démission du recteur Ph. Vincke, affaire Chichah…), ce qui a parfois affecté l’image de l’ULB.

L’ULB a traversé des difficultés comme toute institution. Ce qui est peut-être vrai, c’est que par sa tradition, l’ULB est plus prompte à la publicité de ses problèmes. Il y a eu effectivement en septembre 2010 une situation de crise, avec la démission du recteur. Aujourd’hui, je crois - et ma réélection en est un témoignage positif - que l’ensemble de l’université est convaincu que la crise est derrière nous. Quant à "l’affaire Chichah", elle a fait les titres des journaux et on peut se demander pourquoi. Est-ce à cause de l’ULB ? Je n’en suis pas si sûr. Nous traversons une période où il y a des difficultés, des communautarismes résurgents et, en raison de cet état de notre société, on a pris cet événement, parfois, pour en faire un témoin de ce qu’il n’était pas. C’est un dérapage tout à fait condamnable. Il y a une instruction en cours et je compte bien la mener à son terme dans le plus grand respect de nos règles.

Comment l’ULB se positionne-t-elle dans les négociations sur la réforme du paysage universitaire ?

A l’occasion de cette réélection, j’ai exposé mes positions à ce sujet dans toutes les facultés. Elles sont vraiment l’expression de l’ensemble de notre université. Et à l’ULB, cela veut dire quelque chose

Quelles sont ces positions ?

Nous défendons qu’il faut sortir du système des Académies traditionnelles car, aujourd’hui, elles ont fait leur temps. Donc, nous proposons une Académie unique (NdlR : Académie de recherche et d’enseignement supérieur) qui permet des collaborations parfaitement libres entre toutes les institutions autonomes et qui est structurée selon trois chambres : les Hautes écoles (HE), les Ecoles supérieures artistiques (ESA) et les universités. Ce serait déjà un point essentiel si le ministre Marcourt (Enseignement supérieur, PS) pouvait obtenir une réforme dans ce sens.

A Bruxelles, ULB et UCL ne s’accordent pas sur l’organisation future de leurs habilitations. Comment sortir de cette impasse ?

Dans le contexte actuel de difficulté budgétaire, etc., je plaide pour l’absence de concurrence sauvage entre les établissements d’enseignement supérieur. Pour cela, il faut partir du terrain naturel des universités. Si l’on va vers la définition de zones géographiques particulières - que j’appuie mais que je n’exige pas -, nous devons geler la situation telle qu’elle est.

C’est-à-dire ?

L’ULB est à Bruxelles et y est seule pour un certain nombre d’habilitations : dans le domaine des sciences sociales et humaines, et dans celui des sciences et techniques. L’UCL est, elle, également présente à Bruxelles dans le domaine des sciences de la santé. Nous devons donc nous entendre avec l’UCL pour organiser nos enseignements dans ces secteurs. L’UCL est implantée à Louvain-la-Neuve et y délivre ses enseignements dans les habilitations qui lui sont confiées. Je ne vois donc pas de quel droit elle pourrait décider de s’implanter dans d’autres secteurs où d’autres universités offrent déjà un enseignement. Mon souhait le plus cher est que nous puissions nous entendre. Je souhaite donc que nous puissions bénéficier d’un cadre au moins minimal qui nous permette d’entamer une collaboration positive. Je rappelle que depuis un an et demi, j’appelle de mes vœux à la collaboration interuniversitaire. Le blocage ne vient donc pas de l’ULB mais bien du monde politique, du CDH

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