Jean-Michel Javaux : 'Il ne faut pas lier intégration et sécurité"

Invité du samedi de LaLibre.be, Jean-Michel Javaux nous explique ce qu’il devient et donne son avis sur l’intégration à Bruxelles, la polémique des nominations politiques dans la fonction publique, ainsi que sur l'exploit de David Goffin à Roland Garros.

F.Chl
Jean-Michel Javaux : 'Il ne faut pas lier intégration et sécurité"
©Belga

Invité du samedi de LaLibre.be, Jean-Michel Javaux (Ecolo) nous explique ce qu’il devient dans l'ombre des médias et donne son avis sur la polémique lancée par Didier Reynders (MR) autour de l’intégration à Bruxelles, la polémique des nominations politiques dans la fonction publique, ainsi que sur l'exploi de David Goffin à Roland Garros.

Vous êtes apparu en retrait sur la scène médiatique depuis votre départ de la co-présidence d’Ecolo. Etait-ce un choix délibéré ?

Ne croyez pas que j’ai chômé pendant cette période. Tout d’abord, j’ai pu être plus présent sur le terrain dans ma commune d’Amay. Même si pendant mon mandat de co-président, je n’avais jamais raté aucun conseil communal, ni aucun mariage, j’avais quand même 80 rendez-vous en retard dans mon agenda. Ensuite, il ne faut pas oublier qu’au niveau institutionnel, j’ai assuré, avec Marcel Cheron, le suivi des textes de l’accord institutionnel dont le BHV judiciaire et le droit de vote des Belges à l’étranger. J’ai aussi fait du networking en essayant d’articuler des liens entre entreprises et écologie. Enfin, et surtout, j’ai pu mieux articuler mes rythmes de vie et accorder du temps à mon amoureuse qui s’est lancée dans l’activité indépendante. Ce fut en tout cas une période plus détendue et moins stressante.

Vous évoquez votre travail en tant que bourgmestre d’Amay. Préparez-vous déjà le terrain en vue des prochaines élections communales d’octobre où vous serez opposé à Robert Collignon, un vieux briscard de la politique qui est aussi le père de votre concurrent de 2006. Le craignez-vous ?

Oui, bien sûr, il y a plus de pression à avoir en face de soi un homme de la trempe de Robert Collignon, mais il y a un aussi effet positif qui est que notre motivation est décuplée par cette candidature. Ce seront deux conceptions différentes de la politique, de la relation au citoyen, de la gestion d’une commune longtemps endettée qui s’affronteront le 14 octobre prochain. Pour moi, Robert Collignon est un candidat comme un autre, que je respecte, et avec lequel, j’espère, le débat primera sur les procès d’intention. Les citoyens d’Amay doivent pouvoir effectuer leur choix sur base des programmes, des idées et de la capacité à gérer la commune de chaque candidat.

Evoquons maintenant votre succession à la tête d’Ecolo. Sarah Turine, votre co-présidente, avait déclaré dans une interview qu’il "n’était pas facile de trouver sa place dans les médias à vos côtés". Certains observateurs estiment qu’on assiste à un phénomène similaire avec le duo Deleuze-Hoyos. Ecolo n’aurait-il pas tiré les leçons du passé ?

Je tiens tout d’abord à rappeler que Sarah Turine était vraiment existentielle pour tenir la “boutique Ecolo”, notamment dans le suivi des trois majorités dans lequelles notre parti est impliqué. Maintenant, c’est vrai que le partage des plateaux médiatiques n’était pas le même qu’avec Isabelle Durant, mais c’était quelque part normal vu que Sarah est arrivée en cours de mandat. Je n'ai pas l'impression qu'on assiste à la même chose avec le nouveau duo où il y a une vraie répartition des rôles avec un Olivier Deleuze plus présent sur les dossiers fédéraux, et une Emily Hoyos plus active dans les dossiers concernant la fédération Wallonie-Bruxelles ou le lancement de la campagne pour les communales. En tout cas, ce sont deux personnalités très différentes et très complémentaires y compris dans leurs domaines de prédilection. Je pense qu’on les verra à tour de rôle en fonction des thèmes de l’actualité.

Le chef de groupe MR au Parlement wallon Willy Borsus a accusé Ecolo d’être "complice de nominations 'politiquement négociées' de directeurs de SPW en échange de compensations". Ce genre d’attaque n’est-il pas dérangeant quand on sait que votre parti a prôné la transparence dans ce domaine ?

Je ne peux m’empêcher de sourire en entendant une telle remarque de la part de Willy Borsus, quand on sait que celui-ci possède un nombre impressionnant de mandats. En plus, le MR, comme le PS et le cdH, est le parti plus largement représenté au sein de ces institutions. Je reconnais qu'avant, il n'y avait pas de procédure de recrutement et qu'on ne nommait pas toujours le premier aux examens s'il n’avait pas la bonne étiquette politique. Mais, depuis quelques années, il y a une objectivation des procédures de nominations et les personnes qui réussissent ces examens y parviennent indépendamment de leurs convictions. C’était un de nos crédo, car on ne voulait plus voir des gens de l’extérieur refuser de répondre à des appels d’offre parce qu’ils estimaient que les dés étaient pipés. Maintenant, il reste du travail à accomplir, mais il faudrait manquer de subjectivité pour ne pas reconnaître les avancées dans ce domaine.

Vous êtes donc plutôt favorable au pacte de “dépolitisation de la fonction publique” proposé par le MR ?

Le mot “dépolitisation” me met mal à l’aise. Ce qu’il faut éviter, c’est de parachuter des gens incompétents et de reprocher à des personnes ayant réussi les procédures d’avoir des convictions politiques. A Amay, j’ai recruté des gens de partis ou d’opinions qui ne sont pas les miennes mais je n’ai jamais eu de problèmes à partir du moment où ils ont accompli leur travail correctement et qu'ils ne m’ont pas tiré dans les pattes. Avec toutes les procédures de recrutement mises en place, on essaie de tendre vers plus d’objectivité. Maintenant, faire croire qu’on va rééquilibrer les choses en fonction des pourcentages est un leurre.

"Cette semaine, Didier Reynders a estimé dans la presse que l’intégration à Bruxelles était un échec". Partagez-vous cette opinion ?

Je ne suis pas du tout d’accord et je me pose des questions sur le parallélisme de ces propos avec ceux que tenait Daniel Ducarme voici 10 ans. On met de l’huile sur le feu en séduisant un électorat qui partage le même constat, mais une fois élu, on ne propose rien. La situation à Molenbeek est souvent décriée par les libéraux, mais je rappelle que cette commune est aussi co-gérée avec Françoise Schepmans, une élue MR. Je préfère dire que je suis totalement d'accord avec ce que disait Marcel Cheron sur votre site. On ne peut pas nier des regroupements par affinité, mais ce que les pouvoirs publics doivent empêcher, c’est qu’une société s’organise sur des bases convictionnelles ou communautaires. Les procès d’intention sont souvent nombreux dans ce type de conflits et l’histoire avec le contrôle d’une personne portant le niqab illustre le manque de dialogue entre la police et la communauté. Si on ne fait pas un travail en amont, ce genre d’incidents peut terminer plus mal. Mais, pour en revenir à Didier Reynders, le problème n’est-il pas qu’il n’a jamais été bourgmestre ? Il saurait alors que 50% des problèmes rencontrés dans une commune concernent des conflits intrafamiliaux, de voisinage ou de quartier. Mettre de l'huile sur le feu ne permet pas de gérer ce genre de situations. J’ai en tout cas l’impression que le ton du deuxième tour de la présidentielle française déteint sur nos élections.

Mais comment empêcherez-vous que la campagne des communales ne soit pas axée que sur ce thème ?

Ce sujet interpelle les gens, mais ce qu’il faut éviter, c’est de lier les dossiers de l’intégration et de la sécurité. L’intégration n’est pas ressentie de la même manière à Molenbeek qu’à Arlon, mais on sent la volonté de certains acteurs politiques de lier les deux problématiques. Il ne faut pourtant pas éluder d’autres thèmes liés à la sécurité comme la propreté, la mixité sociale, l’accès à la mobilité et au logement et la qualité de l’environnement. Les dépenses énergétiques de plus en plus lourdes interpellent aussi nos citoyens. Il faut en tout cas dialoguer avec les citoyens, leur parler sans tabou de ces sujets et utiliser des chiffres et des faits plutôt que des ressentis.

Vous avez expliqué que votre "amoureuse" s’était lancée comme indépendante cette année. Estimez-vous que les pouvoirs publics favorisent suffisamment les personnes qui veulent entreprendre ?

On travaille au quotidien avec les PME et les indépendants pour favoriser la relance économique et je trouve que la Commission européenne n’envoie pas de bons signaux en voulant imposer une austérité qui coupe bras et jambes à ces personnes. Mais, c’est sans doute plus simple que de prendre des mesures contre les grands fraudeurs fiscaux. Certes, je reconnais que la crise économique a plombé les nouveaux secteurs, et l’on a assisté à un repli identitaire. On a préféré jouer sur les peurs des gens plutôt que d'envoyer des messages positifs et de tracer des voies d’avenir. Ce qui manque, c’est de la vision et de l’ambition.

On vous sait très passionné par le sport. On imagine que vous avez vibré avec "les exploits de David Goffin à Roland-Garros". (Le quatrième depuis ce samedi)

C'est un très bel exploit car il ne faut pas oublier qu’Arnaud Clément reste un excellent joueur de terre battue et qu'il a été dans le top 10 mondial. Après Justine et Kim, on pensait notre tennis dans le creux de la vague et puis arrive ce jeune Liégeois qui réalise de belles performances.

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