Un parcours d'intégration pour les primo-arrivants?

L'intégration est-elle un échec en Belgique, comme l'a déclaré Didier Reynders il y a quelques jours ? La thématique faisait l'objet du débat de Mise au point (RTBF), ce dimanche.

V. Van Vyve
Un parcours d'intégration pour les primo-arrivants?
©AFP

Didier Reynders, vice-premier ministre MR, avait mis le feu aux poudres en déclarant que l'intégration est un "énorme problème" dans certains endroits à Bruxelles et que les politiques menées ont conduit à un "véritable échec". Celui qui sera candidat aux communales à Uccle avait affiché sa disposition à débattre de l'intégration à Bruxelles. Ses déclarations ont en tout cas soulevé les discussions dans tout le pays. les invités de Mise au point ont pu s'exprimer sur le sujet.

C'est Didier Reynders qui a ouvert le bal, réitérant ses propos. "Je ne comprends pas pourquoi depuis 10 ans un certain nombre de partis refusent ce débat", s'est-il demandé, visant, tout comme son président, les partis "de gauche" au pouvoirs dans toutes les assemblées. Pour Evelyne Huytebroeck, ministre de la Jeunesse (Ecolo) et membre de l'olivier bruxellois, ce n'est pas l'intégration qui est un échec, mais plutôt “certaines politiques d'intégration”. La Belgique francophone manque-t-elle de politiques d'intégration structurelles et efficaces ? Oui, selon les invités présents sur le plateau de la RTBF. Les élus PS, cdH et Ecolo ont toutefois souligné que dans bon nombre de communes bruxelloises et wallonnes des parcours d'intégration sont déjà mis en œuvre, localement.

Le parcours d'intégration comme solution?

Les déclinaisons du parcours d'intégration existent dans de nombreux États européens et en Flandre ("inburgering"). Quid de la Wallonie et de Bruxelles ? "La migration a été très longtemps vue comme réversible. Aucune politique d'intégration n'a dès lors été mise sur pied", déplorait Jamila Si M'Hammed, présidente de "Ni Putes Ni Soumises".

A ces mots, l'ensemble des partis francophones ont affiché leur volonté de mettre en place cette politique prévue par les accords de gouvernements en 2009 et qu'il reste encore à mettre en œuvre.

Selon Didier Reynders, il s'assimile à "l'obligation d'apprendre une langue nationale et de respecter les valeurs qui sont les nôtres, les droits de l'Homme et le statut de la femme". Le parcours d'intégration réservé aux primo-arrivants leur permettrait d'accéder plus facilement au marché de l'emploi, gage d'intégration, selon le vice-premier libéral. L'intégration par le travail irait dès lors de pair avec "une lutte amplifiée contre les discriminations à l'embauche".

Chez Ecolo, on dit vouloir être constructif. "Bien sûr que certaines politiques d'intégration ont échoué", admet la ministre de la Jeunesse Evelyne Huytebroeck, cependant "un petit peu choquée par Didier Reynders". Car aux "phrases-choc", il faut savoir préférer les propositions, en matière d'enseignement, de formation, d'accueil des primo-arrivants.

"Ces sujets sont anxiogènes, nous avons donc besoin de clarté sur un socle de valeurs fondamentales", résumait Edouard Delruelle, directeur Centre pour l’Égalité des chances et la lutte contre le racisme, qui déplorait par la même occasion la perte de "symboles" que pourrait palier l'existence d'une charte de valeurs. Jamila Si M'Hammed embrayait : "Il faut développer une conscience politique avec des valeurs communes qui fédèrent."

Tout en plaidant en faveur de politiques d'intégration, Hamza Fassi Fihri, député bruxellois (CDH) a souligné que "l'intégration n'est pas l'assimilation". Pour Taoufik Amzile, porte-parole de l'association belge des professionnels musulmans, il est primordial de donner une "vision inclusive" de l'intégration.

Parcours forcés ou choisis?

Si le MR plaide pour que les primo-arrivant soient obligés de suivre un parcours d'intégration, ce n'est pas le cas de Marco Martiniello, rejoint par Evelyne Huytebroeck. "Le caractère obligatoire est en opposition avec l'idée de citoyenneté", a-t-il fait remarquer.

"Et alors, quid en cas de refus, va-t-on sanctionner et exclure", se demande l'ex-chef de file d'Ecolo, la Molenbeekoise Sarah Turine. Et d'ailleurs, fait-elle observer, "les personnes ne demandent pas mieux que de suivre les cours". Pour Celine Fremault, "le problème n'est pas de les rendre obligatoires mais efficaces".

A la tête du Centre pour l'Egalité des Chances, Edouard Delruelle dit "ne pas avoir de difficulté" avec ce caractère obligatoire... à partir du moment où le suivi est assuré, car en Flandre on manque de formateurs. Or, la tendance "néolibérale" à vouloir dégrossir la fonction publique et les structures ne va pas aider, lance Philippe Moureaux, se heurtant à Didier Reynders qui lui fait observer que les chefs de gouvernements et la plupart des présidents d'assemblées sont tous socialistes.

Les accommodements raisonnables

"Cet assouplissement des normes est une question de bon sens", a entamé Evelyne Huytebroeck en évoquant les accommodements raisonnables. "C'est un appel au bon sens au quotidien. Privilégions des solutions au cas par cas pour permettre l'inclusion sociale et lutter contre les discriminations", a surenchéri Hamza Fassi Fihri.

Didier Reynders y est favorable, tant que ces accommodements "ne vont pas à l'encontre de la norme et des valeurs communes".

"Ce qui est de l'ordre de la religion est et doit rester du domaine privé", a estimé Jamila Si M'Hammed.

"Inscrivons-nous dans une démarche constructive afin de construire ensemble la Belgique de demain, sans faire preuve de myopie sociale", ponctuait Taoufik Amzile.


Philippe Moureaux : "C'est à eux de partir" Philippe Moureaux, dont la commune de Molenbeek connait de nombreuses tensions, a réagi aux propos tenus par le ministre des Affaires étrangères. "Les leaders venaient d'Anvers et ont essayé de coaguler la population. Mais limmense majorité n'a pas suivi ces fascistes" Réagissant aux propos tenus par Sharia4Belgium lors d'une conférence de presse , Ph. Moureaux a répondu : "C'est à eux de partir. Ces gens ne représentent pas les musulmans. Il faut cesser de les assimiler."