La médecine esthétique enfin encadrée

A u jourd’hui, un ophtalmologue peut poser des prothèses mammaires. Si ce cas est purement virtuel, il est légalement possible. Il règne en effet, dans le monde de la médecine esthétique, un véritable capharnaüm, où des actes de médecine esthétique, y compris chirurgicaux, peuvent être accomplis par tout titulaire d’un diplôme de médecine. Pire, le manque de définition légale de ces actes médicaux spécifiques permet leur pratique par des personnes qui ne sont pas médecins (injection de Botox, détatouages au laser, blanchissement des dents ). Parfois dans des arrière-boutiques, souvent dans des conditions d’hygiène déplorables. Une situation qui mène à de nombreuses dérives, tant sanitaires que commerciales.

L. G.

A u jourd’hui, un ophtalmologue peut poser des prothèses mammaires. Si ce cas est purement virtuel, il est légalement possible. Il règne en effet, dans le monde de la médecine esthétique, un véritable capharnaüm, où des actes de médecine esthétique, y compris chirurgicaux, peuvent être accomplis par tout titulaire d’un diplôme de médecine. Pire, le manque de définition légale de ces actes médicaux spécifiques permet leur pratique par des personnes qui ne sont pas médecins (injection de Botox, détatouages au laser, blanchissement des dents ). Parfois dans des arrière-boutiques, souvent dans des conditions d’hygiène déplorables. Une situation qui mène à de nombreuses dérives, tant sanitaires que commerciales.

Il était dès lors temps que le politique, après avoir déjà interdit la publicité, définisse un minimum de règles à respecter, et précise surtout qui peut faire quoi en la matière. Après des années de travail, de longues discussions entre les différentes corporations qui voulaient leur part d’un gâteau que l’on sait très juteux (près d’un Belge sur cinq aurait recours à la médecine esthétique), au terme d’une collaboration fructueuse entre pouvoirs législatif et exécutif, un consensus s’est dégagé entre partis (et pas seulement de la majorité), pour dresser enfin un cadre. La proposition de loi initiale de la sénatrice Dominique Tilmans (MR) se verra amendée par un texte déposé la semaine prochaine par la ministre de la Santé, Laurette Onkelinx (PS). Que prévoit ce nouvel arsenal ?

1 Un système pyramidal d’habilitations, basé sur une définition précise de ce que sont la médecine esthétique et la chirurgie esthétique. Au sommet de cette pyramide trônent les chirurgiens spécialisés en chirurgie plastique, esthétique et reconstructrice. Ils sont les seuls autorisés à poser un acte de chirurgie esthétique (lipoaspiration, lipofilling, dermabrasion, ). De par leur formation et compétences, ils peuvent aussi pratiquer la médecine esthétique. Un étage en dessous se trouvent les médecins esthétiques, à qui sont réservés les actes de médecine esthétique (Botox, détatouage, injection de produits de comblement, techniques de traitement de la peau à la lumière intense pulsée et au laser, ). Un nouveau titre professionnel de médecin spécialiste en médecine esthétique non chirurgicale sera créé. Il pourra être acquis après avoir suivi une formation spécifique. Un étage plus bas, on retrouve les autres médecins spécialistes, autorisés à pratiquer les actes de chirurgie ou de médecine esthétique qui relèvent du cadre anatomique de leur spécialité. A noter qu’en raison de leurs compétences particulières, les dermatologues pourront pratiquer des actes de médecine, voire de chirurgie, esthétique énumérés par la loi (greffe capillaire, dermabrasion, ). A l’étage inférieur, enfin, restent les esthéticien(ne)s, à qui il est désormais clairement interdit toute pratique médicale. Elles pourront néanmoins continuer à réaliser des épilations au laser moyennant le suivi d’une formation spécifique.

2 Une meilleure protection des consommateurs. Pour les mineurs, une concertation préalable avec un psychologue ou un psychiatre sera obligatoire avant toute intervention esthétique, chirurgicale ou non. Et pour tout patient, une information complète (conditions, risques, devis, ) devra être donnée par le praticien avant l’intervention. De plus, avant toute opération chirurgicale, une consultation préalable, assortie d’un délai de réflexion de quinze jours, sera obligatoire.

3 Des sanctions. Des contrôles seront menés. En cas d’infraction (si l’acte n’est pas posé par une personne habilitée ou si l’information préalable n’a pas été délivrée), des peines de prison (jusqu’à un an) et des amendes (jusqu’à 10 000 euros) sont prévues.

Les nouvelles dispositions entreront rapidement en vigueur après leur adoption au Parlement. Elles devront permettre d’améliorer les pratiques, et d’éviter que les consommateurs de soins esthétiques (non remboursés par l’Inami, au contraire de la chirurgie reconstructrice) ne se transforment, des suites de mauvais traitements, en de véritables patients à soigner, cette fois au frais de la collectivité.

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