Charles Hanin, sauveur et dépanneur social-chrétien

Sous des dehors de boy-scout éclairé, le chef de file du PSC luxembourgeois cache un esprit philosophique et souvent dogmatique", peut-on lire dans "La Libre" du 12 août 1975 à propos de Charles Hanin qui vient de disparaître à l’âge de 97 ans.

Christian Laporte

Evocation

Sous des dehors de boy-scout éclairé, le chef de file du PSC luxembourgeois cache un esprit philosophique et souvent dogmatique", peut-on lire dans "La Libre" du 12 août 1975 à propos de Charles Hanin qui vient de disparaître à l’âge de 97 ans.

Un coup de griffe mais aussi un hommage quand même à un fidèle serviteur du Parti social-chrétien qui, à plus d’une reprise, fit passer les intérêts de sa formation avant les siens propres, mais qui s’en acquitta au nom d’une certaine conception du sens de l’Etat et de fidélité au parti qui ne sont plus courants de nos jours. Né à Wellin le 19 septembre 1914, ce juriste, qui se lança d’abord dans l’avocature, se dévoua, en effet, corps et âme pour son parti non sans se battre aussi pour Marche-en-Famenne (dont il fut maïeur) et le Luxembourg belge en général (où il fut député permanent. Dépanneur du PSC, il le fut dès le lendemain du "Walen buiten" louvaniste qui avait troublé les militants politiques catholiques chassés de Louvain par leurs propres coreligionnaires (ce que le recteur Edouard Massaux, autre Luxembourgeois, considéra toujours comme "un péché contre l’esprit"). Hanin fut, en effet, une des chevilles ouvrières de la relance du Parti social-chrétien qui s’était distanc(i)é de son grand frère flamand. Présidant le congrès de ce qu’on appela à l’époque "un parti nouveau", Charles Hanin mit les points sur les "i" à Bruxelles, le 31 mai 1969 : il fallait "s’affirmer, se renouveler ou disparaître de la scène politique". Et quoi qu’il en eût coûté aux sociaux-chrétiens wallons et bruxellois, il fallait porter "le regard sur l’évolution du monde". Charles Hanin n’en resta pas là, devenant le numéro un d’un directoire qui devait continuer la transformation du PSC. Dépanneur encore, il le fut une décennie plus tard, lorsqu’il remplaça Charles-Ferdinand Nothomb pendant un semestre à la tête du parti lorsque le citoyen d’Habay fut élu à la présidence de la Chambre, mais auparavant, Charles Hanin était lui-même devenu ministre, d’abord détenteur du portefeuille des Classes moyennes, puis de la Culture française chaque fois sous Gaston Eyskens, avant de s’occuper de la Politique scientifique dans le gouvernement Leburton. Enfin, il fut un très éphémère ministre de l’Intérieur dans le premier gouvernement Tindemans, abandonnant le poste après à peine un mois pour laisser la place à Joseph Michel, ce que la presse de l’époque considéra comme une défenestration en bonne et due forme et, surtout, peu sociale et peu chrétienne Charles Hanin ne fut pas oublié par tous : quinze jours avant sa mort, en juillet 93, le roi Baudouin le nomma baron