Parcours d’élus en désintégration

Oublions, un instant, la gravité du registre. Car, mercredi au Parlement wallon, c’est une tournure très "farce" qu’a prise le débat répétitif sur des parcours d’intégration pour primo-arrivants.

P. P.

Oublions, un instant, la gravité du registre. Car, mercredi au Parlement wallon, c’est une tournure très "farce" qu’a prise le débat répétitif sur des parcours d’intégration pour primo-arrivants.

Donc, soucieux de battre le fer tant qu’il le ressent chaud, le MR relance à tous niveaux son souhait - ou son idée fixe - d’instituer obligatoirement pareil parcours. La majorité PS-Ecolo-CDH l’avait envoyé paître au Parlement wallon, en février dernier ? Qu’à cela ne tienne ! On en modifie l’intitulé et deux modalités ("La Libre" du 15 juin), et on redépose la proposition de décret

Elle devait, hier, être prise en considération en séance plénière. C’est là, en principe, la première étape très formaliste de tout cursus parlementaire. A cela près que c’est le moment, pour les signataires d’un texte, de demander et motiver son examen en urgence. La logique politique, si ça existe, voulait que le MR la sollicitât. Faute d’avoir déjà un consensus en son sein, la majorité la lui aurait refusée aussi sec ; les Borsus et consorts auraient pu alors étaler quelques démonstratives récriminations.

Oui mais, encore les bleus devaient-ils se trouver en nombre pour enclencher la demande d’urgence, c’est-à-dire être au moins dix élus, ce qui n’est pas évident à 10h du matin, soit la fine pointe de l’aube pour une enceinte parlementaire On craignit de ne pas y arriver, et de voir dès lors végéter sa proposition pour un bon bout de temps.

Or, tout le contraire advint. Le groupe MR avait assez intensément battu le rappel pour être en force, ce à quoi deux des coalisés furent aussi intensément inattentifs. Bref, en deux temps, non seulement il put y avoir vote sur l’urgence, mais ce vote fut favorable à l’urgence : par 14 voix (13 MR et l’indépendant Wesphael) contre 11 (7 Ecolo, et seulement 3 PS et 1 CDH), le président Dupriez (Ecolo) ayant l’élégance de s’abstenir.

Ainsi, à quinzaine, montera à l’ordre du jour la proposition "instituant un parcours d’accueil et d’intégration civique". De manière, plaide Willy Borsus (MR), "à ce que, dans ce dossier difficile où les positions évoluent et où les attentes des citoyens sont fortes, nous puissions avoir enfin une attitude très claire du Parlement wallon".

Il risque de l’attendre encore. Un échec identique au premier essai attend inéluctablement le second, dès lors que la majorité renverra le sujet au gouvernement qui n’a pas encore fixé sa religion.

La ministre en charge, Eliane Tillieux (PS), rappelait hier qu’elle souhaite soumettre au gouvernement un projet de décret augmentant l’offre d’accueil/intégration avant les vacances. Mais sans s’enfermer dans des délais. En concertation avec les acteurs de terrain et les autres gouvernements francophones. Et en bouclant un travail de plus d’un an car, à bons entendeurs, "ce n’est pas en claquant des doigts que l’on met en place un parcours".

Pourtant, le débat à venir dans l’attente ne sera pas forcément inutile s’il pousse chacun à se rejustifier. Ecolo, dans son hostilité a priori au caractère obligatoire d’un parcours ; le CDH, dans son attitude favorable à l’obligation à Bruxelles et qui ne le serait pas en Wallonie ; le PS, dans sa position de compromis à rendre obligatoire non pas le parcours, mais un premier entretien d’accueil ; et le MR, dans son entichement à faire du dispositif la panacée ou quasi.