Di Rupo en otage de la mafia Electrabel

L’association écologique Greenpeace, dont on sait bien qu’elle combat la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires belges, vient de frapper fort.

J.-C.M.

L’association écologique Greenpeace, dont on sait bien qu’elle combat la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires belges, vient de frapper fort.

Dans une vidéo postée sur YouTube, elle met en scène une équipe de mafieux traînant jusqu’à une chaise posée au fond du hangar lugubre d’une usine désaffectée un homme habillé d’un costume sombre, d’une chemise blanche et d’un nœud papillon rouge. L’allusion au Premier ministre Elio Di Rupo est on ne peut plus claire.

Cet homme est ligoté et malmené. On lui couvre le visage d’une cagoule et on verse sur sa tête un bidon d’eau. Puis, on lui ôte sa cagoule, un malfrat lui colle un revolver sur la tempe et un autre lui présente une pancarte l’obligeant à lire d’une voix nasillarde caractéristique le message suivant : " Les centrales nucléaires resteront ouvertes dix années de plus ."

Sur le dernier plan, apparaît le slogan : " Elio, ne te laisse pas prendre en otage par la mafia du nucléaire. Sortons du nucléaire." Signé Greenpeace.

L’imitation est plutôt réussie mais les images sont réellement dures. Etait-ce la meilleure manière de faire avancer la cause du mouvement écologiste ? Les porte-parole de l’association assument. "Cela fait des mois que nous voulons ouvrir le débat sur la sortie du nucléaire et la façon dont est géré le secteur de l’énergie en Belgique. Nous l’avons fait par tous les moyens, en publiant des rapports, en donnant des conférences, en organisant des conférences de presse. Rien n’a vraiment bougé alors que des décisions politiques importantes vont bientôt tomber. Notre clip, volontairement dur, arrivera peut-être à faire bouger les choses, à faire prendre conscience qu’Electrabel agit comme une mafia et adopte des comportements douteux pour arriver à ses fins."

Elio Di Rupo n’a pas tenu à réagir et Electrabel l’a fait tardivement auprès de nos confrères du "Soir": "Tant le style que le choix des mots témoignent d’une démagogie jamais vue et d’un total manque de respect vis-à-vis du monde politique, de l’entreprise et des collaborateurs d’Electrabel."

Il est vrai que la marge de manœuvre est étroite. Selon l’éminent juriste Alain Berenboom, dès lors que la confusion n’est pas possible et que le public comprend immédiatement qu’on se trouve dans le registre du détournement d’image, on tombe dans le domaine de la liberté d’expression.

Autre chose est de débattre du mauvais goût de l’entreprise. Pour Me Berenboom, le scénario est réellement nauséabond et dans les couloirs d’Electrabel, les réactions indignées fusaient. "Sommes-nous 7 200 gangsters", s’interrogeait, choquée, une cadre. "Ça commence vraiment à bien faire", renchérissait un autre.

Sur BEL-RTL, Marc Lits, directeur de l’Observatoire du récit médiatique à l’UCL, indiquait que Greenpeace était coutumière des coups médiatiques mais qu’il était rare que la violence soit ainsi utilisée. "Ce qui est frappant, c’est une forme de surenchère dans l’exploitation de personnalités dans un clip. Comme s’il fallait chaque fois aller un cran plus loin pour assurer le buzz", commentait-il.