Un jeune Afghan parfaitement intégré expulsé

La Secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration, Maggie De Block (Open VLD) et les organismes "ad hoc" n’ont finalement pas cédé à la pression médiatique, notamment sur Facebook et par l’entrée en scène de plusieurs "Bekende Vlamingen" à côté de militants du SP.A.

Un jeune Afghan parfaitement intégré expulsé
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Christian Laporte

La Secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration, Maggie De Block (Open VLD) et les organismes "ad hoc" n’ont finalement pas cédé à la pression médiatique, notamment sur Facebook et par l’entrée en scène de plusieurs "Bekende Vlamingen" à côté de militants du SP.A. Parwais Sangari, un jeune Afghan de 20 ans s’est embarqué lundi matin à Brussels Airport à destination d’Amsterdam d’où il devait rejoindre Kaboul. Et cela malgré une mobilisation de dernière minute à la fois devant le cabinet de la Secrétaire d’Etat ainsi qu’à Zaventem.

Complètement brisé par cette décision, le jeune Parwais ne cachait pas son désarroi lundi dans les colonnes du "Standaard" allant même jusqu’à se demander s’il eût connu le même sort s’il n’avait pas été d’origine musulmane. Un constat désabusé qui ne repose pas que sur la déception : pourquoi lui a-t-on intimé l’ordre de quitter la Belgique alors qu’un jeune Camerounais, Scott Manyo a finalement pu rester chez nous avec la bénédiction des autorités ? Son avocate, Me Kati Verstrepen soutenue par sa famille d’adoption a pourtant tenté le tout pour le tout jusqu’à la dernière minute, ayant notamment introduit un recours en extrême urgence auprès de la Cour européenne des Droits de l’homme. Mais cette dernière a repoussé la requête et ses proches ont dû se résoudre à l’accompagner dimanche soir au centre de Steenokkerzeel pour y passer son ultime nuit sur le territoire belge. Parwais Sangari était arrivé en Belgique en 2008 à l’âge de 16 ans. Son père avait été assassiné par des extrémistes afghans et il avait lui-même été grièvement blessé dans l’incendie volontaire de la maison familiale. Aujourd’hui, il se retrouvera quasi seul à Kaboul car il n’y a plus guère de famille en dehors d’un oncle qui ne serait cependant même pas un membre de sa famille. Dès qu’il eût mis le pied sur le territoire belge, le jeune Afghan s’était intégré très vite chez nous. Il se mit à l’apprentissage du néerlandais et termina ses études secondaires, puis enchaîna par une formation de soudeur, ce qui lui permit d’être employé par une entreprise pétro-chimique. Le jeune Parwais était également prêt à fonder un foyer en Belgique.

Maggie De Block refuse de céder à toute pression médiatique et a suivi sur toute la ligne le raisonnement qui prévaut au Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides. Dirk Van den Bulck, le commissaire général, contacté par "La Libre" ne nie nullement la gravité de la guerre civile afghane mais tient à préciser qu’il faut toujours tenir compte des situations individuelles des candidats à l’asile et des réalités du terrain pour ce qui est d’éventuels dangers à encourir. "Le CGRA s’efforce de trancher de la manière la plus objective possible." Et de nous préciser que "60 % des demandes faites par des Afghans sont rencontrées et la moyenne monte même à 77 % pour ce qui est des mineurs. Lorsque l’avis est négatif, c’est parce qu’on a constaté que le demandeur ne venait pas d’Afghanistan ou que la région qui le concerne connaît moins de risques" . Généralement, "le CGRA fait preuve d’une grande prudence mais il n’est certainement pas plus sévère ou plus restrictif que des organismes similaires dans d’autres pays" .

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