La longue histoire de la frontière linguistique

Ce n’est pas tous les jours qu’une intellectuelle flamande éclairée, historienne de formation et romancière à succès de surcroît, se penche sur la frontière linguistique. Et en dégage un livre d’histoire facile à lire mais aussi un message optimiste avec une invitation à ne pas couper les ponts entre ceux qui habitent au nord et au sud de cette drôle de ligne de démarcation. Brigitte Raskin - car c’est d’elle qu’il s’agit - a provisoirement tourné le dos au roman - elle en a déjà écrit dix dont certains primés - pour se pencher "sur ce qui unit mais divise aussi les Belges".

Christian Laporte

Ce n’est pas tous les jours qu’une intellectuelle flamande éclairée, historienne de formation et romancière à succès de surcroît, se penche sur la frontière linguistique. Et en dégage un livre d’histoire facile à lire mais aussi un message optimiste avec une invitation à ne pas couper les ponts entre ceux qui habitent au nord et au sud de cette drôle de ligne de démarcation. Brigitte Raskin - car c’est d’elle qu’il s’agit - a provisoirement tourné le dos au roman - elle en a déjà écrit dix dont certains primés - pour se pencher "sur ce qui unit mais divise aussi les Belges".

Un fameux défi mais pas une épreuve insurmontable pour une historienne de formation qui s’était spécialisée dans le Mouvement flamand. Et puis, elle vit littéralement sur ladite frontière à Overijse où son mari était producteur de raisins. Son ouvrage, qui a été présenté jeudi au Palais de la nation, n’a pas la prétention de concurrencer les travaux des politologues mais d’éclairer par une écriture sur comment la frontière linguistique est devenue un enjeu politique, sans pour autant partager la vision de ceux qui la voient se muer en frontière d’Etat. Avec dans son récit quelques surprises en passant : les Francs, qui donnèrent leur nom à la France et à tout ce qui est français, furent les vrais précurseurs du néerlandais et de la frontière linguistique.

Raskin montre ensuite comment elle a traversé les régimes successifs qui ont marqué nos provinces pour en arriver à un constat essentiel à ses yeux qui est une clé pour comprendre pourquoi les passions y furent souvent vives : "Avant de devenir un enjeu de clichage régional, la frontière linguistique a toujours été une frontière sociale et les discussions vont devenir de plus en plus vigoureuses lorsque les Flamands désireux de s’émanciper de leur complexe d’infériorité oseront affronter la bourgeoisie francophone scolarisée".

Si Brigitte Raskin ne cache pas que ses sympathies vont naturellement aux grandes aspirations démocratiques du Mouvement flamand - "Je n’en suis pas proche mais je comprends que certains soient devenus nationalistes en Flandre" - elle n’en a pas moins voulu donner la présentation la plus objective possible de la frontière linguistique. Et cela sans ménager ses efforts : elle pensait en finir en quelques mois mais la rédaction du livre a finalement pris plus de deux ans ! Un argument de plus qui justifie une traduction rapide dans la langue de Voltaire. Aussi parce que la conclusion de Raskin relativise les choses : le destin futur de la Belgique l’interpelle mais ni plus, ni moins que le sort des réfugiés soudanais. Aussi sa conclusion est-elle "ouverte" avec une remarque à lire jusqu’au bout : "La belgitude existe non pas dans les institutions belges mais dans ses habitants et cela peut-être depuis qu’ils étaient des "Belgae" (César), des Francs, des Gallo-Romains ou des particularistes". Et puis "une quadruple frontière - communale, provinciale, régionale, communautaire - n’empêche pas les habitants des deux côtés d’être de très bons voisins et des compatriotes bilingues ou trilingues exemplaires"

"De taalgrens", Davidsfonds Uitgeverij, 331 p, 27,5€