Les nouvelles excuses de l’Etat

L’occasion était doublement solennelle devant la caserne Dossin à Malines. D’abord, on commémorait le 70e anniversaire des rafles d’Anvers et de Bruxelles. Puis, à cause de cette célébration exceptionnelle, il y avait davantage de (hautes) personnalités que de coutume au pèlerinage annuel du martyre juif, 56e du nom. Comme le prince Philippe, mais aussi de nombreuses autorités politiques dont le vice-Premier, Didier Reynders, et la ministre de la Justice, Annemie Turtelboom, le président de la Chambre, André Flahaut et son alter ego du Sénat, Sabine de Béthune ou les ministres-présidents régionaux Kris Peeters et Charles Picqué. Face à ce parterre de choix, mais aussi devant de nombreux représentants de la communauté juive rejoints par de nombreux "supporters" de l’Association pour la mémoire de la Shoah, qui arboraient tous une étoile jaune complétée de noir et de rouge, le Premier ministre Elio Di Rupo a réitéré les excuses officielles de la Belgique pour le rôle joué dans la mise en place de la Shoah chez nous par "certaines autorités et fonctionnaires entre 1940 et 1945".

Christian Laporte

L’occasion était doublement solennelle devant la caserne Dossin à Malines. D’abord, on commémorait le 70e anniversaire des rafles d’Anvers et de Bruxelles. Puis, à cause de cette célébration exceptionnelle, il y avait davantage de (hautes) personnalités que de coutume au pèlerinage annuel du martyre juif, 56e du nom. Comme le prince Philippe, mais aussi de nombreuses autorités politiques dont le vice-Premier, Didier Reynders, et la ministre de la Justice, Annemie Turtelboom, le président de la Chambre, André Flahaut et son alter ego du Sénat, Sabine de Béthune ou les ministres-présidents régionaux Kris Peeters et Charles Picqué. Face à ce parterre de choix, mais aussi devant de nombreux représentants de la communauté juive rejoints par de nombreux "supporters" de l’Association pour la mémoire de la Shoah, qui arboraient tous une étoile jaune complétée de noir et de rouge, le Premier ministre Elio Di Rupo a réitéré les excuses officielles de la Belgique pour le rôle joué dans la mise en place de la Shoah chez nous par "certaines autorités et fonctionnaires entre 1940 et 1945".

Le chef du gouvernement fédéral fut on ne peut plus clair : "Qu’il s’agisse de collaboration active ou passive, durable ou limitée dans le temps, individuelle ou collective, elle constitue une flétrissure que nous devons tous assumer." Et d’ajouter, logiquement, que "de la même manière, nous portons collectivement la fierté d’avoir eu en Belgique de très nombreux résistants : près de 1 500 "Justes" ont leur nom gravé au Yad Vashem de Jérusalem".

Ainsi, dans la foulée de son prédécesseur Guy Verhofstadt qui l’avait déjà fait à trois reprises entre 2002 et 2007, à Malines, à Jérusalem et à Bruxelles, le Premier ministre a admis que les autorités belges avaient donné un inadmissible coup de pouce à la concrétisation de la Solution finale. Mais il a franchi un pas supplémentaire : "Je voudrais ici, si vous me le permettez, lever les doutes encore pos sibles et mettre fin à un éventuel malaise. Certains d’entre vous estiment qu’il subsiste une certaine ambiguïté autour de la reconnaissance de la responsabilité des autorités belges dans l’extermination des juifs. Je serai très clair ! Le gouvernement fédéral est et reste très décidé à maintenir à un niveau élevé la mémoire de ce passé. Et autant les aspects positifs que négatifs de cette mémoire. Car le gouvernement ose affronter les pages les plus noires de notre Histoire." Une réalité qui repose depuis cinq ans sur un constat incontournable : "Les conclusions de l’étude du CEGES sur la déportation des juifs de Belgique sont accablantes." Cette étude "a contribué à faire tomber un mythe trop largement répandu, celui d’autorités belges qui auraient été impuissantes face à l’occupant nazi. Même si le gouvernement belge a quitté la Belgique pour Londres et s’est rangé dans le camp des alliés. Même si la Belgique était sous régime d’occupation. Même si de très nombreux Belges se sont illustrés par leur courage dans la Résistance, en cachant des juifs ou en sabotant l’action de l’occupant Il n’en reste pas moins qu’à travers l’implication d’un certain nombre d’autorités, l’Etat belge a adopté une attitude beaucoup trop docile. Il faut le reconnaître officiellement : ces autorités ont mené avec l’occupant allemand, dans des domaines cruciaux, une collaboration indigne; indigne d’une démocratie, indigne de nos valeurs fondamentales".

Cette collaboration a eu des conséquences tragiques pour la Communauté juive, car "en prêtant leur concours à l’entreprise d’extermination mise en place par les nazis, ces autorités, et à travers elles l’Etat belge, ont manqué à leurs devoirs. Elles se sont rendues complices du crime le plus abominable. Cette faute criminelle restera une tache indélébile dans l’Histoire de notre pays".

Puis, tout logiquement afin de boucler enfin la boucle sans retomber dans l’oubli, comme on l’aura lu dans "La Libre" de ce week-end, Elio Di Rupo a "invité le Sénat à débattre dès que possible de la proposition de résolution à propos de la responsabilité de l’Etat belge. Le gouvernement sera évidemment très attentif aux conclusions des travaux et il en tirera les enseignements pour l’avenir". Avant de conclure en souhaitant une bonne année à la communauté juive, Elio Du Rupo a voulu la rassurer : "Oublier, ce serait trahir. Trahir les victimes et leurs descendants. Ce serait aussi préparer la montée de nouvelles formes d’extrémisme. Sans références et sans bagage historique, trop de personnes sont susceptibles de reproduire un jour les erreurs du passé." Avant d’admettre modestement que la tâche n’est pas aisée en ces temps où l’extrême droite et le populisme ont le vent en poupe