"Où est le problème... ?" s’étonne la presse flamande

Le président du Parlement Wallonie-Bruxelles propose de créer une “cellule de veille médiatique” Pour surveiller ce qui s’écrit sur les francophones.

"Où est le problème... ?" s’étonne la presse flamande
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V.d.W.

A l’occasion des fêtes de la Fédération Wallonie-Bruxelles, le président du Parlement de l’institution a proposé la mise sur pied d’une "cellule de veille médiatique" destinée à corriger l’image "souvent tronquée" de la réalité francophone dans les médias flamands.

En fait, Jean-Charles Luperto réagissait aux propos tenus, le 11 juillet dernier, - jour de la fête de la Communauté flamande - par le président du Parlement flamand, Jan Peumans (N-VA). Lequel avait souligné la méconnaissance entre les deux grandes Communautés du pays. La réponse du francophone est donc de surveiller ce qui se dit et s’écrit en Flandre.

Comment réagissent les principaux intéressés, les journalistes flamands ? Luc Vanderkelen, éditorialiste à "Het Laatste Nieuws", ironise : "Un comité pour améliorer l’image des francophones en Flandre ? Mais cela ne marche pas comme cela ! Ce qu’il propose, cette cellule, cela se fait chez les communistes ou les marxistes ! Changer l’image dans l’opinion publique grâce à une cellule administrative ? Non évidemment."

Mais comment faire alors ? Luc Vanderkelen explique : "Il faut venir parler des francophones en Flandre. Il faut inviter des Flamands au Sud du pays. Il faut participer aux bourses touristiques en Flandre Il faut faire une campagne positive, mais certainement pas une campagne administrative." Il faut dire que Luc Vanderkelen est un journaliste un peu atypique en Flandre, lui qui n’hésite pas à critiquer les Flamands trop rabiques : "Depuis une vingtaine d’années, j’ai toujours essayé de donner une autre image des francophones que celle véhiculée par certains Flamands. Dans mon éditorial de ce jeudi 27 septembre, j’ai défendu le "marxiste" Elio Di Rupo ! J’ai beaucoup de contacts avec tous les politiciens francophones, que ce soit le Premier ministre, Didier Reynders ou Laurette Onkelinx. Et même Daerden en son temps. "Het Laatste Nieuws" ne sent pas visé par les propos de M. Luperto."

Eric Donckier, journaliste au "Belang van Limburg", estime qu’il y a eu une évolution dans les regards : "Nous vivons dans deux pays différents. La presse flamande écrit pour des lecteurs flamands, la presse francophone tient compte de l’opinion publique francophone. C’est normal. Il y a des préjugés d’un côté comme de l’autre. Mais ces préjugés ont évolué. Dans les médias flamands, nous avons plus d’intérêt pour ce qui se passe en Wallonie et à Bruxelles et vice et versa. Je vois souvent des journalistes francophones en Flandre."

Où est le problème alors ? Eric Donckier précise : "Le problème, ce sont les périodes de discussions communautaires. C’est alors que les préjugés reviennent. Je caricature : les Flamands sont fascistes, les Wallons sont paresseux. En même temps, c’est tellement classique et tellement exagéré que plus personne ne croit cela. Car dans l’opinion, les mentalités évoluent. Beaucoup de Flamands vont dans les Ardennes, beaucoup de francophones viennent à la côte. Ils se rendent bien compte que les choses évoluent." Alors, surperflu le comité de surveillance proposé par Jean-Charles Luperto ? "Tout à fait. Au printemps dernier, j’ai réalisé une série de 6 articles pour démontrer que les choses changent vraiment en Wallonie. Et dans le bon sens. Nous avons également interrogé des Flamands qui vivent en Wallonie et qui confirment ces évolutions positives. Donc, c’est en s’ouvrant, en allant découvrir sur le terrain les nouvelles réalités que les regards peuvent changer. Mais honnêtement, je ne crois pas qu’un comité de surveillance soit très utile", conclut Eric Donckier.

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