Et vogue la galère

C’est vrai que, vue de l’extérieur, la flotte culturelle liégeoise a de l’allure. Il y a le rutilant vaisseau amiral, l’Opéra royal de Wallonie, rénové et restauré de fond en comble. Les frégates comme l’Orchestre philharmonique royal de Liège, le Théâtre de la Place auquel on prépare un magnifique écrin dans le bâtiment de l’Emulation ou le Grand Curtius, cet ensemble muséal inauguré en 2009. Puis, il y a des embarcations plus modestes qui tiennent la barre vaille que vaille (centres culturels, théâtres ). Mais aussi les galères, le Centre international d’art et de culture (Ciac), et même un vaisseau fantôme : Liège capitale culturelle européenne en 2015. Sans oublier la myriade de canots que sont les petites salles de spectacles, parfois au bord du naufrage faute de moyens financiers.

Isabelle Lemaire

C’est vrai que, vue de l’extérieur, la flotte culturelle liégeoise a de l’allure. Il y a le rutilant vaisseau amiral, l’Opéra royal de Wallonie, rénové et restauré de fond en comble. Les frégates comme l’Orchestre philharmonique royal de Liège, le Théâtre de la Place auquel on prépare un magnifique écrin dans le bâtiment de l’Emulation ou le Grand Curtius, cet ensemble muséal inauguré en 2009. Puis, il y a des embarcations plus modestes qui tiennent la barre vaille que vaille (centres culturels, théâtres ). Mais aussi les galères, le Centre international d’art et de culture (Ciac), et même un vaisseau fantôme : Liège capitale culturelle européenne en 2015. Sans oublier la myriade de canots que sont les petites salles de spectacles, parfois au bord du naufrage faute de moyens financiers.

Car derrière cette impressionnante armada, se cachent de nombreux problèmes que les autorités communales éludent passablement. Par exemple, 80 % du budget culture sont destinés aux grandes institutions qui drainent un public très classique. Pourtant, Liège fourmille d’artistes, de créateurs, de petits opérateurs qui représentent les cultures modernes, émergentes ou alternatives qui ont souvent bien du mal à exister, à vivre de leur art, à trouver des locaux.

La culture s’est invitée dans la campagne via plusieurs débats initiés par des opérateurs culturels ainsi que SmartBe, l’association professionnelle des métiers de la création. Un constat pour le moins édifiant : à Liège, on peut débattre de la culture sans prononcer le mot "artiste". C’est ce qui s’est passé fin septembre au Foyer culturel de Jupille. Les têtes de liste des quatre grands partis étaient conviées à un débat : "Quelle culture pour Liège ?" Seules deux d’entre elles, le bourgmestre PS Willy Demeyer et l’Ecolo Bénédicte Heindrichs, ont répondu présents. Un débat sur le même thème avait malheureusement lieu en même temps dans un théâtre liégeois ! Le chef de file CDH Michel Firket y était et la tête de liste MR Christine Defraigne avait d’autres engagements. Ils ont été remplacés par des seconds couteaux, visiblement mal à l’aise avec le sujet.

Devant une salle quasi vide, ils ont non-débattu de la politique culturelle à mener à Liège. Chacun a présenté sa vision de la culture (grandes institutions et grandes expositions, patrimoine ). On s’est gargarisé : "Liège a une culture bouillonnante et rayonne avec ses actions culturelles." On a évoqué mollement les institutions, les opérateurs, les publics mais on n’a pas parlé du vivier d’artistes qui anime la Cité ardente et des problèmes qu’ils rencontrent.

Et puis, on a rapidement évacué les sujets qui fâchent : le Grand Curtius qui n’atteint pas ses objectifs de fréquentation, les difficultés financières de l’Opéra Seule Bénédicte Heindrichs a plaidé pour une meilleure répartition des budgets et rappelé le fiasco Liège 2015, véritable psychodrame en 2009.

Mons était alors l’unique candidat au titre de capitale culturelle européenne. Un collectif d’artistes s’est mobilisé pour que Liège introduise aussi un dossier. Refus du bourgmestre qui a avancé des arguments financiers. Il fallait surtout entendre que l’on ne voulait pas fâcher son ami politique et bourgmestre de Mons, Elio Di Rupo. Une consultation populaire a été organisée pour tenter de forcer la main à la Ville mais il manqua 500 votes citoyens pour qu’elle soit validée.

Quasi pas un mot sur l’ambitieux projet du Ciac, un centre muséal dédié à l’art contemporain, dont la gestion sera finalement privée. A la fin de la soirée, Patrick Allen, le directeur du Foyer culturel de Jupille, chanteur des Gauff’ et comédien, était sous le choc. "Il n’y a pas eu de débat, pas d’idées."

Il faudra attendre une semaine, avec le débat de SmartBe, pour voir enfin des propositions jaillir. Six partis autour de la table, des candidats parfois artistes eux-mêmes et des idées. Ecolo, le PTB et Vega (verts-gauche) souhaitent la création d’un guichet qui ferait le lien entre la Ville et les artistes et qui centraliserait les demandes de matériel, de locaux, de subsides. Les autres partis se réveillent : et pourquoi ne pas créer un centre culturel régional, de nouveaux lieux de culture dans les quartiers, promouvoir l’art dans l’espace public, encourager les projets à dimension européenne et eurégionale, investir dans l’accès à la culture pour tous ?

Quelques propos hors sujet provoquent des haussements de sourcils dans la salle, remplie majoritairement d’artistes. "La culture en région liégeoise, c’est aussi la sidérurgie. Si ArcelorMittal ferme, on perdra tout un pan de notre histoire culturelle" , ose la candidate Vega. "La culture, c’est aussi les espaces verts" , lance le premier échevin en charge de l’Urbanisme, Michel Firket (CDH). Bon

L’échevin de la Culture Jean-Pierre Hupkens (PS), lui, défend son bilan et sa vision. "La culture peut-être liée au développement économique d’une ville mais doit aussi pouvoir exister en tant que telle. La Ville a augmenté son budget culture de 40 % et soutient de nombreux projets artistiques émergents. Je plaide pour plus de cohérence au sein du Collège car les compétences culturelles sont beaucoup trop morcelées." Ouf, il y aurait donc bien une vraie politique culturelle menée à Liège et des perspectives pour ses artistes.