Schepmans: "Je ne suis la protectrice de personne"

Françoise Schepmans est parvenue à réunir autour d’elle une majorité rejetant Philippe Moureaux (PS) dans l’opposition à Molenbeek. Elle revient pour "La Libre" sur les circonstances de ce renversement. Pour elle, il était temps que le PS soit écarté du pouvoir.

Schepmans: "Je ne suis la protectrice de personne"
©Johanna de Tessieres
Vincent Rocour et Mathieu Colleyn

Françoise Schepmans est parvenue à réunir autour d’elle une majorité rejetant Philippe Moureaux (PS) dans l’opposition à Molenbeek. Elle revient pour "La Libre" sur les circonstances de ce renversement.

Qu’est-ce vous ressentez aujourd’hui d’avoir mis un terme à la carrière d’un monstre sacré à Molenbeek ?

Une grande satisfaction. Et je ne parle pas que de l’éviction d’un homme. C’est le PS qui est mis de côté. A l’exception d’une courte période après le décès d’Edmond Machtens, il occupait le pouvoir à Molenbeek depuis 1939. Beaucoup en étaient venus à se dire qu’on ne pouvait pas vivre à Molenbeek sans le parti socialiste.

Vous avez toujours connu Philippe Moureaux comme bourgmestre…

Il était mon meilleur adversaire.

Adversaire ? Vous avez siégé dans la même majorité que lui…

J’ai été échevine à plusieurs reprises. Mais ce que je lui reprochais, c’était de ne pas se comporter comme un chef d’équipe. J’ai souvent eu le sentiment d’être mise sur le côté. Comme échevine de la Culture, je devais me débrouiller avec 85000 euros par an. Philippe Moureaux avait pris tous les projets subsidiés.

On décrit souvent un clivage entre un Molenbeek pauvre et un Molenbeek plus aisé. Puisez-vous tout votre électorat dans ce dernier ?

Il y a un clivage spatial, certes. Mais qui s’estompe. Et puis, il n’y a pas vraiment de riches à Molenbeek, c’est la deuxième commune la plus pauvre de Belgique. Probablement que Philippe Moureaux et le collège des bourgmestre et échevins sont les riches de Molenbeek.

Les plus défavorisés de Molenbeek doivent-ils avoir peur de l’alternance ?

Quand on est bourgmestre, on est bourgmestre de tous les citoyens de sa commune. Avec la majorité Ecolo, CDH et MR, toutes les préoccupations seront prises en considération.

Vos compétences sont mises en doute par le PS, que répondez-vous à cela ?

C’est perfide comme critique dans la mesure où je n’ai jamais eu la main. Cette fois-ci, je l’ai. C’est à moi à montrer ma détermination. C’est dans l’adversité que je suis la meilleure. Et de l’adversité il y en aura.

Vous serez la seule femme bourgmestre de Bruxelles, qu’est-ce que cela vous fait?

Je trouve ça dommage. Je signale qu’à Molenbeek, le collège sera paritaire.

Vous serez bourgmestre à plein temps ?

Presque. Je conserve mon mandat de députée. Mais je ne viens pas là six mois avant les élections comme Laurette Onkelinx à Schaerbeek. Cette commune, je la vis depuis cinquante ans.

Didier Reynders a comparé Molenbeek à Kaboul. On entend des membres du MR dire que l’intégration est un échec.

Ce sont des choses agaçantes car le défi est énorme à Molenbeek. En ce qui concerne Didier Reynders je crois que sa sortie était ciblée vis-à-vis de Philippe Moureaux. Il n’y avait pas d’arrière-pensée par rapport à Molenbeek. On peut parler de tous les sujets sans tabous mais il faut veiller à choisir le moment et la manière. Cela dit, c’est vrai que dans certains quartiers, y compris à Molenbeek, il y a une véritable difficulté. Quand 40 % de jeunes sont sans emploi et n’ont aucune perspective d’avenir, il faut oser dire que c’est un quartier en difficulté.

On dit que Philippe Moureaux avait une bonne oreille au niveau des mosquées…

C’est une réalité.

Vous aussi ?

J’ai eu peu de contacts avec les représentants des mosquées. Ils s’adressaient surtout au bourgmestre. Mais ce seront des interlocuteurs importants pour la vie communale.


Sur le même sujet