La Belgique s'est abstenue lors de l'élection du Rwanda au Conseil de sécurité

"Nous nous sommes abstenus pour marquer le coup", a affirmé Didier Ryenders.

La Belgique s'est abstenue lors de l'élection du Rwanda au Conseil de sécurité
©Christophe Bortels
Belga

La Belgique s'est abstenue jeudi dernier lors de l'élection du Rwanda au Conseil de sécurité de l'Onu pour la période 2013-2014 en raison du soutien apporté par Kigali à une rébellion active dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), a annoncé lundi le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders. "Nous nous sommes abstenus (...) pour marquer le coup" à la suite de l'apparition d'éléments sur l'implication d'un pays voisin dans cette mutinerie, a-t-il affirmé à l'issue d'un entretien à Bruxelles avec le Premier ministre congolais Augustin Matata Ponyo Mapon, en visite en Belgique et en Allemagne cette semaine.

"Une abstention est comptabilisée en bout de course comme une opposition" à la candidature du Rwanda - qui a pourtant été élu jeudi membre non permanent pour une durée de deux ans par 148 voix sur un total de 193 pays membres de l'Assemblée générale -, en dépit d'un rapport confidentiel mais accablant sur son soutien à la rébellion du M23 dans l'est de la RDC. Kigali a toujours démenti ces accusations, parlant d'un "rapport erroné" et de "manipulation".

"Voir un pays impliqué dans un dossier de ce point de vue siéger au Conseil de sécurité cela n'était évidemment pas notre priorité", a expliqué le chef de la diplomatie belge.

Juste avant le vote, la délégation congolaise à l'ONU avait objecté, sans succès que le Rwanda n'était pas digne de siéger au Conseil de sécurité en raison de son "rôle déstabilisateur" sur son territoire.

Un argument répété lundi par M. Matata lors d'un point de presse conjoint avec le chef de la diplomatie belge. "Il nous paraît tout à fait contradictoire qu'un pays qui joue un rôle de déstabilisation de notre nation, qui est identifié comme un appui aux +forces négatives+ - dont des personnes recherchées par la Cour pénale internationale (CPI), comme le général Bosco Ntaganda - puisse accéder au Conseil de sécurité", a-t-il dit, parlant de "signal négatif" donné par la communauté internationale.

M. Matata a rappelé que l'est de la RDC est depuis plusieurs mois le théâtre d'affrontements entre les Forces armées de la RDC (FARDC) et ce mouvement M23, qu'il a accusé d'avoir été "initié et préparé par un pays voisin". Il n'a toutefois pas cité explicitement le Rwanda, pas plus qu'"un autre" pays - qui est l'Ouganda, lui aussi accusé par le même rapport de soutenir les rebelles.

Le chef du gouvernement congolais a appelé la Belgique à renforcer sa coopération militaire avec la RDC, qui a déjà permis de former notamment deux bataillons d'élite actuellement déployés dans la province du Nord-Kivu (est). "Nous apprécions tous les efforts que la Belgique a déployés et nous pensons que la Belgique en tant que partenaire historique et solide de la RDC devra continuer à appuyer les forces armées congolaises par cette coopération bilatérale que nous voudrions renforcer", a affirmé M. Matata.

M. Reynders a pour sa part assuré une nouvelle fois que la Belgique est "prête à poursuivre et renforcer son travail de formation en la matière". Mais il a réitéré son souhait d'une "réforme" et d'une "professionnalisation en profondeur" de l'armée congolaise.

MM. Reynders et Matata ont tous deux plaidé en faveur d'un renforcement de la Mission des Nations unies pour la stabilisation du Congo (Monusco), qui est déjà l'une des principales opérations onusiennes de maintien de la paix. "Le renforcement de la Monusco est une priorité aujourd'hui. La Monusco doit être revigorée. Déjà présente, elle constitue une alternative crédible et réaliste" au déploiement d'une force internationale neutre envisagée par les pays de la région pour éradiquer les nombreux groupes armés présents dans l'est congolais, a souligné M. Matata.

Selon lui, l'implication de deux pays voisins dans la mutinerie du M23, en cours depuis fin avril, n'est en effet pas de nature à favoriser le déploiement de cette force - dont la mise sur pied a déjà fait l'objet de plusieurs sommets régionaux, mais sans résultats tangibles.

Sans récuser l'idée de cette force neutre, M. Reynders a souligné qu'elle "devra s'appuyer sur la logistique et les moyens d'action de la Monusco".

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