Duchâtelet : "Sans taxe sur le travail, ni Opel ni Ford n’auraient cessé leurs activités en Belgique"

Rédacteur en chef d'un jour, le président du Standard livre ses quatre vérités à La Libre Belgique.

Duchâtelet : "Sans taxe sur le travail, ni Opel ni Ford n’auraient cessé leurs activités en Belgique"
©Alexis Haulot
Entretien réalisé par la rédaction de La Libre Belgique

Quelle est votre analyse de la fermeture de l’usine d’assemblage automobile Ford à Genk ? A qui la faute ?

Si une entreprise comme Ford devait aujourd’hui décider où il faut s’établir en Europe, avec des coûts salariaux identiques partout, il n’y a aucun doute, mais aucun doute, qu’elle s’installerait à Anvers, Genk, peut-être moins à Bruxelles. Pourquoi ? Parce que la Belgique est un pays relié par les océans et la mer, par exemple, à la Chine. Beaucoup de grosses pièces d’assemblage peuvent être acheminées à faible coût en Belgique par la mer, contrairement à des pays comme la Roumanie. Alors, si la Roumanie fonctionne bien au niveau assemblage automobile, c’est simplement parce que la taxe sur le travail et les coûts salariaux sont moins élevés là-bas.

Dans le prix de revient d’une automobile, le coût salarial ne représenterait que 7 %.

C’est faux. Ce sont des trucs qui circulent comme ça, mais c’est faux. Dans les 7 %, l’on ne compte que l’assemblage final, pas ce qui provient de la sous-traitance. Ces sous-traitants, dans leur prix de vente, il y a facilement 30 à 40 % de masse salariale.

Il est aussi question de surcapacité en Europe.

Oui, c’est vrai qu’il y a une surcapacité actuellement en Europe, mais cela n’empêche pas que de nouveaux marchés s’ouvrent partout dans le monde, en Chine, en Inde, en Indonésie, en Amérique latine. S’il n’y avait pas eu de taxe sur le travail en Belgique, je suis persuadé que jamais ni Ford, ni Volkswagen, ni Opel, ni Renault n’auraient cessé leurs activités en Belgique. D’ailleurs, à l’époque où l’on a créé Vivant, c’était la fermeture de Renault et l’on présentait de grandes affiches. Avec le programme de Vivant, elles seraient encore toutes là, les usines, parce qu’on aurait basculé l’impôt sur la TVA l’impôt qui touche actuellement le travail.

Quel effet cela aurait-il sur l’industrie ?

L’assemblage de voitures en Belgique, pour l’exportation, deviendrait nettement plus compétitif, puisque les frais salariaux baisseraient énormément, moins de la moitié de ce qu’ils sont aujourd’hui. Et tout ce qui est importé d’ailleurs est grevé d’une TVA plus importante que ce qu’elle n’est aujourd’hui.

Pourquoi cette idée toute simple ne s’est-elle jamais imposée ?

Elle s’est imposée ailleurs, le succès de l’Allemagne est dû à cela. Quand Merkel est arrivée au pouvoir, elle a remplacé la taxe sur le travail par de la TVA. Depuis lors, le chômage a baissé, l’économie allemande n’a jamais aussi bien marché que maintenant. Elle a fait ça avec un pourcentage relativement réduit, mais significatif. Sarkozy a voulu le faire, mais ce ne fut pas le cas.

Quel est votre regard sur le redéploiement économique de la Wallonie avec les plans Marshall notamment.

Le problème de la Wallonie, c’est qu’on a trop longtemps pensé que l’argent allait tomber du ciel. Maintenant, il y a une prise de conscience au niveau wallon qu’il faut essayer de mieux travailler, la volonté existe. Les dépenses publiques sont certainement beaucoup trop élevées, et il y a beaucoup trop de partenariat public privé en Wallonie qui, finalement, vont profiter à certains opérateurs privés, mais qui vont être payés par les contribuables. Et quand je vois la gare des Guillemins, à Liège, et je sais que ça a coûté 460 millions, c’est carrément du gaspillage. Je prends régulièrement le train là-bas, ce n’est pas confortable du tout en hiver parce tout est ouvert, c’est glacial.

Que pensez-vous d’une harmonisation fiscale au niveau européen ?

La compétition fiscale fait en sorte que certains pays soient moins dépensiers que d’autres. On peut avoir une TVA plus ou moins commune, par exemple, mais une compétition de la fiscalité est une bonne chose, comme ça, on peut toujours aller dans un pays mieux géré et plus raisonnable. C’est ce qui va se passer. Comme les entreprises ont déjà délocalisé vers des pays plus performants, ça va se passer maintenant avec les personnes physiques. Où y a-t-il de bonnes écoles ? Où puis-je me balader le soir sans être agressé ? Où les impôts ne sont-ils pas trop élevés ? Pas seulement les riches, mais les ingénieurs, les médecins, ceux qui apportent une valeur ajoutée à la société vont se délocaliser, et donc il y aura une compétition entre les Etats.


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