Un discours empreint de gravité mais mâtiné d'espoirs face à la crise

Le Roi prononçait son traditionnel discours de Noël ce lundi midi. Albert II n'a pas oublié les plus vulnérables et a mis en garde contre les populismes. Analyse

Christian Laporte
Un discours empreint de gravité mais mâtiné d'espoirs face à la crise
©Photo News

Une fois n'est pas coutume mais dans son message de Noël et de Nouvel An aux hommes et aux femmes de ce pays, sans distinction d'origine, de race ou de langue, le Roi n'a pipé mot des problèmes communautaires! Plutôt logique en soi: la scission de B-H-V s'est – enfin - concrétisée l'été dernier et les clarifications sur la seconde phase de la sixième réforme de l'Etat qui ne manqueront pas de susciter des exégèses byzantines contrastées sont à peine dans les starting-blocks.

Les défis de l'emploi

Mais au-delà de ce constat, si Albert II a fait un discours très économique et social, c'est parce qu'il y a péril en la demeure. Avec une attention particulière pour les milliers de travailleurs qui ont perdu leur emploi en 2012, à commencer par ceux de Ford Genk et de la sidérurgie wallonne mais aussi tous ceux qui n'ont pas été si médiatisés. Ces trop nombreuses fermetures sont une occasion de réfléchir ensemble à l'attitude à prendre face à ces difficultés économiques. Même si la Belgique résiste mieux que la moyenne européenne à la crise...

Pour Albert II, il faut que l'union refasse la force: tous les acteurs de la société belge doivent ensemble répondre aux défis de l’emploi. Cela implique une amélioration de la compétitivité de nos entreprises mais aussi que l'on encourage une meilleure formation des jeunes par exemple par l’enseignement en alternance. A cet égard, une revalorisation de l’enseignement technique serait utile. Il n'en a pas parlé par hasard: il a visité certaines écoles techniques et a été impressionné par la qualité de la formation y dispensée. Créer de nouveaux emplois passe aussi par un coup de pouce à la recherche. Mais Albert II n'oublie pas les partenaires sociaux dont il attend qu'ils élaborent des propositions communes.

Ils ne sont pas les seuls à devoir retrousser leurs manches: le chef de l'Etat rompt aussi une lance pour qu'on continue le redressement des finances publiques. En Belgique mais aussi en Europe: pour le Roi, les pays de la zone euro doivent poursuivre le nécessaire redressement budgétaire tout en organisant une relance équilibrée soutenue par l’Union Européenne.

Les richesses de la diversité

Cette relance-là passe aussi par la mise en exergue de la diversité européenne et la richesse de ses cultures. Albert II pense ici au succès des échanges Erasmus pour les étudiants, à soutenir plus que jamais...D'autant plus qu'en inaugurant la nouvelle école européenne à Laeken, il a pu se rendre compte sur le terrain que participer aux cultures différentes de notre continent est la chose la plus naturelle au monde pour la jeunesse de ce continent.

Albert II n'a pas oublié les plus vulnérables. Il est anormal que dans un pays aussi prospère que le nôtre, près de 15 % de la population risque de tomber dans la pauvreté. Il faut donc faire preuve de solidarité et d’imagination pour favoriser de nouvelles voies de réintégration dans le monde du travail.Mais le redressement économique et social demande bien des sacrifices de la part des décideurs politiques qui ne manqueront pas d'être critiqués par ceux qui comme toujours dans les périodes troublées avancent des solutions simplistes basées sur des exclusions, des rejets.Aussi, et c'est le seul passage qui ne manquera pas de susciter des réactions, notamment dans les milieux nationalistes flamands, le Roi a demandé aux Belges et à tous les citoyens qui vivent ici d'être lucides face aux discours populistes.

Les dangers du populisme

Petite pique dans laquelle se reconnaîtront ceux qui veulent bien s'y reconnaître... à la N-VA, au Vlaams Belang et du côté de la Lijst Dedecker: “ils s’efforcent toujours de trouver des boucs émissaires à la crise, qu’il s’agisse de l’étranger ou des habitants d’une autre partie de leur pays. Ces discours existent aujourd’hui dans de nombreux pays européens et aussi chez nous”...Et de rappeler la montée des périls des années 30...

Mais pour le Roi, il faut dépasser son petit pré carré et voir au-delà de nos frontières pour continuer à aider aussi les populations les plus démunies d'ailleurs, surtout là où l'on peut encore exercer une influence. Une manière pour Albert II de se dire consterné par les drames vécus au Congo et de marquer son soutien au Dr Mukwege, lauréat voici deux ans du Prix Roi Baudouin qui a fait l'objet d'une tentative d'assassinat.

Un discours royal sévère et sérieux mais non dénué d'espérances, ce qui est évidemment de mise en ces temps de bonnes résolutions...

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