Discours d'Albert II: Le lien avec les années 30 est-il saugrenu ?

Le sociologue Benoît Scheuer estime qu’il est important de mettre les citoyens en garde contre les populismes qui donnent, un peu partout en Europe, de mauvaises réponses à la question légitime que se posent des franges de plus en plus larges des populations au sujet de leur identité.

J.-C.M.
Discours d'Albert II: Le lien avec les années 30 est-il saugrenu ?
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Le sociologue Benoît Scheuer estime qu’il est important de mettre les citoyens en garde contre les populismes qui donnent, un peu partout en Europe, de mauvaises réponses - de celles qui risquent d’entraîner des violences de masse - à la question légitime que se posent des franges de plus en plus larges des populations au sujet de leur identité.

"Tant mieux si le Roi réagit mais il ne doit pas être le seul , scande M. Scheuer. J’aimerais entendre les grands partis démocratiques se saisir du dossier et surtout fournir des réponses adéquates aux inquiétudes, légitimes, j’insiste, des peuples et ne pas laisser les partis nationalistes tenir seuls le haut du pavé. Or, ils sont nombreux à demeurer silencieux. En Belgique, je crains qu’en 2014, les partis démocratiques flamands reproduisent Munich 38, en capitulant face à la N-VA."

Pour M. Scheuer, l’Europe se trouve devant une alternative qui ressemble à un tournant. Ou l’on se dirige vers une Europe fédérale, cosmopolite, ouverte, laïque, républicaine, dirigée par un gouvernement bénéficiant d’une grande légitimité; ou l’on va vers une Europe identitaire, tribale, xénophobe, nationaliste voire ethno-régionaliste, comme celle dont rêvent des partis comme le Vlaams Belang, la N-VA, le Front national et d’autres formations en Catalogne, en Écosse ou en Lombardie.

M. Scheuer craint que ce soit la deuxième Europe qui émerge, sous la pression de partis qui, souligne-t-il, avancent masqués, en se présentant comme les ardents et uniques défenseurs de citoyens victimes du cosmopolitisme, du mondialisme, de la globalisation de l’économie.

"A l’image d’une Marine Le Pen, en France, les dirigeants de ces formations tentent de faire croire aux électeurs qu’ils sont les seuls à les protéger contre ces menaces venues de l’extérieur et, on le constate en divers endroits, obtiennent des résultats électoraux élevés voire parfois impressionnants. Cette culture de la victimisation, le Belang ou la N-VA la pratiquent également en Belgique quand ils prétendent que les Flamands paient pour l’État fédéral ou pour les Wallons."

Selon Benoît Scheuer, cette tendance à la victimisation est un invariant qui s’observait déjà dans les années 30, époque avec laquelle il n’est pas ridicule d’établir des comparaisons, juge-t-il. A ce moment-là aussi, les mouvements populistes évoquaient des humiliations anciennes pour mieux faire passer leur discours.

Depuis la chute du mur de Berlin, la fin de l’URSS et la globalisation de l’économie, le débat entre les idéologies classiques a pris fin, conclut en substance M. Scheuer. De nombreuses populations, en Europe et ailleurs ( "Voyez les pays arabes" ) se sentent broyées, menacées dans leur identité. Des auteurs comme Amin Maalouf, Bernard-Henri Levy, Daniel Cohn-Bendit et Guy Verhofstadt ont tiré la sonnette d’alarme. Le Roi l’a fait à sa manière. Il serait peut-être temps que les responsables politiques à la tête des partis démocratiques prennent à leur tour le taureau par les cornes.

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