La fondation de Fabiola: des buts philanthropiques, historiques et religieux

Dans les annexes du “Moniteur” en date du 1er octobre 2012, sont parus les statuts de constitution d’une fondation privée au nom de “Fons Pereos”. Si le premier objectif n’est pas d’éluder les droits de succession, l’effet sera bien celui-là.

La fondation de Fabiola: des buts philanthropiques, historiques et religieux
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P. P.

Dans les annexes du “Moniteur” en date du 1 er octobre 2012, sont parus les statuts de constitution d’une fondation privée au nom de “Fons Pereos”. Sa fondatrice n’est autre que la reine Fabiola.

Le sujet, révélé mercredi par les quotidiens de Sudpresse, n’a pas manqué de faire du bruit. Si la légalité de la démarche ne suscite aucune contestation, d’autres considérations prêtent à discussion.

Elles renvoient d’abord à l’ampleur de la dotation dont bénéficie depuis bientôt 20 ans la veuve du roi Baudouin, à peine inférieure au total des dotations accordées aux trois enfants du roi Albert II (dont le premier héritier du trône). Elles rappellent ensuite qu’en Belgique, des dotations sont accordées à la famille royale sans le moindre contrôle de leur affectation. Troisième considération en débat : d’aucuns épinglent que l’Etat n’a pas à récupérer ce qu’il a accordé ; d’autres dénoncent une utilisation de moyens au moins largement publics à des fins au moins largement privées et très ciblées. Toujours est-il que, même si le premier objectif n’est pas d’éluder les droits de succession, très élevés en l’espèce (70 %) à défaut d’héritiers en ligne directe, l’effet sera bien celui-là.

Faire mémoire du couple

Mais revenons à l’acte constitutif. Il a été reçu par Me Lorette Rousseau, notaire à Saint-Josse, le 14 septembre dernier. On y lit les quatre buts officiels de la fondation, aux intitulés très marqués à l’image et aux sensibilités de la reine Fabiola.

1But philanthropique. En ce sens qu’il veut “soutenir et aider une série de personnes” . Celles-ci sont “les neveux et nièces directs et biologiques de la fondatrice et les neveux et nièces directs et biologiques de feu son époux” ainsi que “les descendants biologiques en ligne directe des neveux et nièces précités, issus d’un premier mariage religieux catholique” . Sont également cités : des personnes qui ont servi avec dévouement le couple royal ; les veufs et veuves “d’un premier mariage religieux” des précités ; des administrateurs présents ou à venir ; enfin, par exception, des “personnes méritantes, proches de la fondatrice et de son époux”. A tous les susdits, une aide pourra être accordée “pour une période limitée” , ce qui exclut des causes de maladie de longue durée, “telle Alzheimer à titre d’exemple”. Cette aide sera accordée “si ces personnes sont confrontées à de sérieuses difficultés physiques, matérielles, psychologiques et/ou morales […] en tenant compte des avis familiaux, spirituels, scientifiques et médicaux nécessaires”.

2 But historique et culturel. Il s’agit ici “de conserver et promouvoir […] les œuvres, la mémoire, les messages, les idéaux, les objectifs et initiatives” de la reine Fabiola et du roi Baudouin, “dans les domaines culturels, spirituels, religieux et catholiques, philanthropiques, familiaux, sociaux, historiques, dynastiques, scientifiques, médicaux, etc., en ayant pour critères les centres d’intérêt et les convictions religieuses, philosophiques et morales” du couple. Ce sera, notamment, en organisant des événements, en subsidiant des recherches, en attribuant des bourses, en engageant et rémunérant du personnel.

3But d’aide. “Fons Pereos” entend également aider une autre fondation, “Astrida”, “uniquement si celle-ci est à court de ressources”. Pour rappel, “Astrida” a été créée par le roi Baudouin, en 1992, pour venir en aide à ses neveux et à ceux de son épouse après son décès ; elle aussi a déjà suscité des controverses assez similaires. Les statuts de “Fons Pereos” tiennent à “expressément” insister : “Astrida” a été instiguée par son fondateur dans l’intention d’accueillir, au domaine royal d’Opgrimbie, ses bénéficiaires “qui souhaitent se ressourcer religieusement ou spirituellement, ou résoudre […] un problème physique, spirituel ou moral”.

4But religieux. La fondation “pourra encourager des institutions, œuvres, initiatives religieuses catholiques, telles que l’organisation de retraites pour des fiancés ou des couples, des exercices de saint Ignace, des cours de religion pour préparation au baptême, à la première communion ou à la confirmation”. Précisons : les “exercices” dont question se réfèrent à un modèle d’itinéraire spirituel établi par le fondateur des Jésuites.

Le Palais sans réaction

La suite des statuts est plus habituelle, à cela près qu’il est stipulé que, “jusqu’à son décès, la fondatrice peut, seule”, les modifier ou les corriger. En cas de dissolution, l’actif net de “Fons Pereos” sera à partager entre “Astrida” et une fondation créée en 1999 par Fabiola en Espagne.

Outre la reine Fabiola même (qui a 84 ans) et le prince Nikolaus du Liechtenstein, le premier conseil d’administration de la fondation compte des proches de sa fondatrice en Belgique (Myriam Collin, François de Harenne, Baudouin du Parc Locmaria du Parc, Jean-Marie Van Rossum) ou des membres de sa famille en Espagne (Maria Christina Ruiz de Ojeda-Silva, José Javier Silva-Mendaro, Francisco de Borja Silva-Mora).

“Le Palais n’a aucune communication ou réaction officielle à faire sur le sujet. La reine Fabiola n’a d’ailleurs pas informé le Palais de son initiative. Nous nous trouvons dans la sphère hautement privée et dans la gestion de biens privés”, a communiqué, mercredi, l’entourage du chef de l’Etat. C’est hier, précise-t-il, qu’il a pris connaissance de cette constitution d’une fondation.

© La Libre Belgique 2013

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