"Un Roi protocolaire ne servirait à rien chez nous"

Vincent Dujardin est un historien éclairé mais aussi un observateur avisé de la monarchie qui peut prendre quelque recul avec les coups de chaleur de l’actualité. Entretien.

"Un Roi protocolaire ne servirait à rien chez nous"
©BELGA
Entretien Christian Laporte

Vincent Dujardin est un historien éclairé mais aussi un observateur avisé de la monarchie qui peut prendre quelque recul avec les coups de chaleur de l’actualité

Des critiques flamandes contre le discours royal de fin d’année, une levée de boucliers unanime sans frontière linguistique à propos de la fondation de la reine Fabiola… La monarchie est sous un feu roulant de critiques depuis Noël. De mémoire d’historien et d’observateur, cela n’était plus arrivé depuis longtemps. Est-ce, selon vous, une lame de fond politico-médiatique ou le signe qu’il y a des ratés dans la communication palatiale en ces temps de médias sociaux ?

Il y a plusieurs aspects. Le contexte politique post 2010-2011 et pré-2014 est délicat. Le Roi reste une pièce sur l’échiquier politique, même si son pouvoir formel est réduit. D’autre part, tout ce qui touche à la monarchie est "porteur" sur un plan médiatique. Au-delà, cela fait plus de dix ans, soit depuis l’octroi d’une dotation à la princesse Astrid alors que le prince Philippe venait de se marier que l’on assiste à des discussions sur le sujet. C’est le dossier dans lequel le Palais a rencontré, pour divers motifs, le plus de problème de communication. La dotation au prince Laurent était logique si on en octroyait une à la princesse Astrid. Même l’opposition flamande, par exemple par la voix de Pieter De Crem à l’époque, réclamait au parlement une dotation pour le prince Laurent. Mais ne pas se limiter à l’octroi d’une dotation au seul premier dans l’ordre de succession revenait à rompre avec la coutume historique ininterrompue depuis 1853, soit le moment de l’octroi d’une dotation au futur Léopold II.

Comme l’a dit Luc Van der Kelen dans le “Laatste Nieuws”, la reine Fabiola a réussi ce que les hommes politiques ne sont parvenus à faire : relancer le débat sur les dotations et accélérer l’application des recommandations du Sénat de 2009. Est-ce vraiment le bon moment de le faire ?

Oui, je le crois. Puisque les discussions sur ces sujets sensibles sont régulières, il importe de crever l’abcès. Si l’initiative du Premier ministre aboutit, il y aura un nouveau consensus politique sur la question, consensus qui ne fera pas l’économie d’une discussion sur le nombre et le montant des dotations. Etait-il par ailleurs normal que l’argent public octroyé aux membres de la famille royale ne fasse l’objet d’aucun contrôle public ? Poser la question est sans doute y répondre, comme le Sénat l’a fait en 2009. Un contrôle des dotations protégera la monarchie et mettra ceux qui en bénéficient à l’abri de certaines discussions et même de certains fantasmes.

Tout le monde n’a que le mot “transparence” à la bouche. Mais quand la reine Fabiola précise ses objectifs et évoque son attachement au catholicisme, c’est la levée de boucliers. C’est pas un peu contradictoire ?

Il a été relevé que, sur le plan formel, la création de cette fondation est parfaitement légale. La discussion a rapidement porté sur l’usage des dotations et en particulier sur celui que la reine Fabiola pouvait en faire. Ses services ont, depuis quelques années, communiqué à ce sujet, en relevant le fait que la ventilation de ses dépenses correspondait à celle de la liste civile, à savoir environ 66 % de frais de personnel.

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