Le crash de Godinne peut se reproduire

Le 11 mai dernier, une véritable catastrophe avait été évitée en plein coeur de la petite localité de Godinne (Yvoir) : deux trains de marchandises étaient entrés violemment en collision.

Frédéric Chardon
Le crash de Godinne peut se reproduire
©Photo News

Le 11 mai dernier, une véritable catastrophe avait été évitée en plein coeur de la petite localité de Godinne (Yvoir) : deux trains de marchandises étaient entrés violemment en collision. Les dégâts étaient énormes mais le pire avait été évité : des substances chimiques explosives étaient en effet contenues dans les cuves du convoi

Angoisse : un tel accident peut très se reproduire demain si les mêmes conditions sont réunies C’est un rapport interne et ultraconfidentiel d’Infrabel (responsable de la gestion du réseau ferroviaire au sein du groupe SNCB) qui l’affirme.

Ce document est en fait un procès-verbal rédigé après une réunion du comité d’audit d’Infrabel tenue le 3 octobre 2012. Ce document a été validé seulement en décembre dernier par le même comité d’audit. Il aborde directement les circonstances de la collision survenue à Godinne. Le document a d’ailleurs été transmis aux enquêteurs de la police judiciaire. Le parquet de Dinant essaie en effet de déterminer les responsabilités respectives des différentes entreprises du groupe SNCB dans le crash.

Mais bref. Dans ce PV, certains administrateurs du comité d’audit s’interrogent : "Si la situation se reproduit demain et s’il n’y a pas de signalement par les entreprises ferroviaires, un nouvel accident pourrait-il arriver ?"

Réponse : oui "Si un module de diagnose n’est pas installé (au feu de signalisation incriminé dans l’accident, NdlR) , la situation peut se répéter" , détaille en effet le document. Un "module de diagnose", c’est en fait un appareil chargé de prendre toute une série de mesures pour analyse. On peut par exemple le relier à un feu de signalisation ferroviaire afin de vérifier s’il est bien en activité.

"Il faudra du temps"

Mais, difficile d’équiper tous les feux en Belgique de tels appareils également baptisés "renifleurs" dans le jargon technique d’Infrabel. Considérant que la zone de l’accident ferroviaire de Godinne doit être équipée de ce "renifleur", le comité d’audit constate également l’impossibilité de faire de même pour tous les signaux du réseau ferroviaire belge "Ce n’est qu’un des 10 000 signaux sur le réseau. Il faudra du temps pour les équiper tous."

Pourtant, malgré l’urgence en matière de sécurité, Infrabel n’a pas pris d’initiative pour acheter et placer ces 10 000 "modules de diagnose". Laxisme coupable? Non, répond le porte-parole de la société, Arnaud Reymann. "Les modules sont obsolètes pour les tronçons qui seront équipés en TBL1 + et en ETCS."

TBL1 + et ETCS, c’est-à-dire les deux systèmes de sécurité qui sont progressivement installés sur le réseau belge. L’ETCS (European Train Control System) étant la version la plus sécurisante : il permet de contrôler le train en permanence et de le faire freiner automatiquement s’il ne respecte pas la vitesse maximale autorisée. Sa mise en œuvre complète est attendue pour 2022-2023.

"Renifleur" d’un nouveau type

"Et, en ce qui concerne Godinne, la zone sera bientôt équipée de l’ETCS, ajoute Arnaud Reymann. Ce serait inutile de dépenser autant d’argent en équipant les 10 000 signaux de renifleurs. Toutefois, nous sommes en train de mettre au point un nouveau type de module de diagnose que nous installerons aux endroits du réseau qui seront les moins rapidement équipés en TBL1 + et en ETCS, en particulier là où il y a des ralentissements de vitesse."

Enfin, le porte-parole d’Infrabel ajoute que les cabines de signalisation sont en train d’être équipées d’un système de transmission de données à 100 % électronique et automatique. Ce qui, selon lui, rend également inutile l’équipement en "renifleurs" des 10 000 signaux.

Ce mercredi matin, le porte-parole d'Infrabel a souhaité ajouter l'information suivante : "En outre, Infrabel installe depuis 2009 des "modules de diagnose" sur les "crocodiles" (équipement utilisé sur les réseaux ferroviaires pour transmettre en cabine l'autorisation ou non de franchir un signal, et éventuellement arrêter le train en cas de franchissement dangereux d'un signal, NdlR). Sur fonds propres et sans que nous ayons la moindre obligation de le faire. Il est donc inexact d'écrire qu'Infrabel n'a pris aucune initiative."