"Le vieillissement de la population, une espèce de tsunami"

Les fédérations actives dans les maisons de repos et autres établissements résidentiels pour personnes âgées entendent bien être auditionnées par la "commission Wallonie-Bruxelles" en cours d’auditions. Dans l’attente de l’invitation, elles préparent une position commune, tissée d’inquiétudes.

Paul Piret
"Le vieillissement de la population, une espèce de tsunami"
©Christophe Bortels

Les fédérations actives dans les maisons de repos et autres établissements résidentiels pour personnes âgées (les fédérations des CPAS wallons et bruxellois, la FIH pour l’associatif chrétien, Femarbel pour les institutions privées) entendent bien être auditionnées par la "commission Wallonie-Bruxelles" en cours d’auditions. Dans l’attente de l’invitation, elles préparent une position commune, tissée d’inquiétudes.

Il y a trois grandes préoccupations, résume Vincent Fredericq, le secrétaire général de Femarbel : "1° La continuité du financement : le moindre hiatus serait un drame complet. 2° Au niveau des entités fédérées, le maintien d’un processus de mode de décision en cogestion : très clairement, nous ne souhaitons pas nous retrouver avec une solution, de bric et de broc, de compétence calée sur une administration. Il faut conserver, en l’adaptant, un modèle qui a fait ses preuves et qui fonctionne, dans des dossiers extrêmement techniques (le financement des maisons de repos devient aussi compliqué que celui des hôpitaux) et qui a de grosses implications budgétaires. 3° Précisément, la question budgétaire. Le vieillissement de la population va s’apparenter à une espèce de tsunami, en Flandre particulièrement, en Wallonie à peine moins."

Les charges liées aux soins de santé, dans les maisons de repos (MR) en particulier, vont donc croître, confirme M. Fredericq. Or, les soins de santé aujourd’hui prodigués dans les MR et MRS (on ne parle pas des médicaments et des médecins, qui restent couverts par l’assurance maladie-invalidité fédérale) relèvent d’un droit personnel du résident; c’est une espèce d’assurance. Demain, "ils vont quitter l’assurance-maladie pour un système relevant davantage de la subsidiation. D’une certaine manière, il y aura une perte de droit des assurés" .

Et puis, on sait que le montant global (quelque 2,4 milliards d’euros) va se retrouver dans les budgets globaux des entités fédérées. Vincent Fredericq : "Autrement dit, par exemple, si la Région bruxelloise veut acheter une nouvelle rame de métro avec cet argent-là, plutôt que de l’affecter au secteur, elle pourra le faire. Il est donc important que les moyens du secteur y restent."

Pas avant 2015, et encore

Les négociateurs politiques étaient-ils/sont-ils conscients de tout cela ? Euh De contacts informels, répond Jean-Marc Rombeaux, conseiller à la Fédération des CPAS wallons, "j’ai le sentiment que nos interlocuteurs n’avaient pas saisi toute l’ampleur du défi financier. Je crains fort que les négociateurs des accords, dans leur majorité, n’en connaissaient pas les enjeux lorsqu’ils ont été conclus. Et des parlementaires wallons se sont dits : on sera compétent, c’est logique, donc ça va marcher; mais toute la mécanique derrière ça, ils ne l’avaient jamais approchée de près ! Désormais, il y a des déclics "

M. Fredericq prolonge : "Les préoccupations actuelles des politiques sont d’ordre institutionnel. Ils n’en sont pas encore à l’organisation pratique, au jour le jour, des nouvelles compétences; mais bien à la grande discussion sur leur réceptacle." Alors, au fait, Région ou Communauté ? M. Rombeaux : "Il y a à peu près autant de positions que de partis." M. Fredericq : "Difficile. L’important, comme d’habitude, c’est : que va-t-on faire à Bruxelles ?"

En tout cas, l’accouchement n’arrivera pas de sitôt; l’Inami (avec ses fonctionnaires très experts mais peu nombreux, donc guère transférables ) devra durant un bon bout de temps assurer la "sous-traitance" du sujet. Jean-Marc Rombeaux : "Une avant-garde de fonctionnaires fédéraux transférés, dans nos secteurs, c’est une vue de l’esprit. Que l’on ne sera jamais prêt pour 2014, on le dit depuis longtemps. Mais même 2015 me paraît très optimiste."