Milquet: "Il faut revoir l'impôt des sociétés"

Joëlle Milquet estime que si la croissance reste en berne en 2014, la Belgique doit assouplir sa trajectoire budgétaire afin de favoriser la relance. La vice-première CDH veut baisser l’impôt des sociétés en réduisant l’impact des intérêts notionnels sur le budget.

Mathieu Colleyn et Vincent Rocour
Milquet: "Il faut revoir l'impôt des sociétés"
©Johanna de Tessieres

Joëlle Milquet estime que si la croissance reste en berne en 2014, la Belgique doit assouplir sa trajectoire budgétaire afin de favoriser la relance. La vice-première CDH veut baisser l’impôt des sociétés en réduisant l’impact des intérêts notionnels sur le budget. Elle demande qu’un grand projet pour Bruxelles associe tous les niveaux de pouvoirs.

Certaines grandes entreprises comme ArcelorMittal ne payent presque pas d’impôts. Faut-il revoir les intérêts notionnels ?

Je pense que, sous cette législature encore, on doit revoir l’impôt des sociétés dans le but de soutenir la relance. Et on doit pouvoir le faire sans mettre à mal notre attractivité et en respectant la neutralité budgétaire. Les intérêts notionnels profitent assez peu aux PME. Cela nous semble injuste. Nous proposons de faire comme au Luxembourg et en partie comme aux Pays-Bas. On garde des avantages fiscaux pour ce qui relève des prêts des banques au sein des grands groupes dans l’esprit de la directive mère-filiales. Et tout le reste, on l’utiliserait pour diminuer le taux nominal de l’Isoc qui est de 33 % aujourd’hui et le faire passer à 23,7 %. Tout bénéfice pour les PME.

Cette réforme peut-elle se mener cette année ?

En tout cas, il faut en parler. Aujourd’hui tout tourne autour des élections de 2014 pour des mesures qui entreraient en vigueur en 2015. Mais nous n’avons pas le temps d’attendre, l’urgence n’est pas de préparer les élections. Si on n’y arrive pas, ce sera pour le prochain gouvernement. Mais c’est dommage de se priver d’avancer en matière d’impôt sur les sociétés alors que nous avons une capacité politique de le faire.

L’application de la sixième réforme donne lieu à des débats institutionnels au niveau francophone. Quelle est votre vision à cet égard ?

On est en train d’y travailler. J’ai toujours dit la même chose : le pays a besoin d’un projet fédérateur. Bruxelles, c’est la même chose. On peut simplifier les structures mais l’urgence c’est de la doter de ce qu’elle n’a pas : un projet clair adopté et négocié, avec une coupole qui représente les forces politiques des institutions fédérales, régionales communautaires et communales. Un plan avec dix objectifs-clés.

Avec tout le monde ?

Oui. Il faut cette coupole où tout le monde, à son niveau de pouvoir, serait obligé d’appliquer une stratégie claire pour la capitale. On aurait alors une vision fédératrice qui n’a jamais existé. Bruxelles est une ville fabuleuse qui n’a rien à envier à d’autres villes comme Anvers ou Gand. Mais aujourd’hui, elle est trop dispersée dans un système qui est encore trop médiéval. Il y a la Région qui n’a pas tout les leviers, les 19 communes, les communautés, etc.

Il y a trop de communes ?

Je veux bien discuter.

Pour une commune, comme à Anvers ?

Ce n’est pas en faisant un gros bloc qu’on va résoudre les problèmes. Les politiques à Anvers s’en plaignent et puis il y a le double de la population à Bruxelles.

N’est-ce pas illusoire de mettre tant de monde dans un même bateau, la même “coupole” ?

Que fait-on au niveau européen ? Une stratégie pour les 27 pays et chacun d’entre eux remet son projet.

On vous dira que vous mettez Bruxelles sous tutelle.

C’est bien sûr la Région bruxelloise qui doit piloter ce processus, avec les 19 bourgmestres et les autres institutions.

Il faudra une paix communautaire pour faire cela ?

Au lieu de faire du football panique à cause de la N-VA, il faut un projet. Arrêtons d’avoir peur. Allons-y de manière décomplexée. Je suis toujours désireuse d’avoir un espace francophone solidaire et respectueux qui a quelque chose à dire dans le rapport de forces intrabelge. Je veux garder un lien majeur Wallonie-Bruxelles, que ce soit par des accords de coopération, une institution commune ou des règles très proches. On y travaille et c’est pour cela qu’on ne communique pas à ce sujet. Il y a évidemment une proximité majeure entre la Wallonie et Bruxelles. Mais elle n’est pas contraire au fait régional. L’important, c’est les gens, qu’ils soient soumis à des règles identiques. C’est cela qui nous anime. Il faut cet espace francophone à partir de deux régions qui s’assument.

Laurette Onkelinx et Didier Reynders se sont positionnés de manière forte à Bruxelles. Allez-vous faire pareil ?

Je suis très contente qu’ils viennent me rejoindre. Je suis chef de file à Bruxelles depuis longtemps. Moi, c’est fait. Chez nous c’est une question qui ne se pose pas. Dans le parti, il est clair que je suis chef de file au fédéral et à Bruxelles. La patronne politique à Bruxelles ne suscite pas de doute au CDH. Au MR, il n’y avait plus eu de leader politique depuis Jacques Simonet, maintenant ils ont choisi un Liégeois qui arrive et que je vois tous les jours. Même chose au PS. Auparavant, l’interlocuteur c’était Moureaux, maintenant c’est Laurette. Moi je reste.

On peut donc dire que vous serez tête de liste au fédéral ?

Il y a des procédures mais c’est la logique, les vice-premiers vont se retrouver chefs de file à Bruxelles et tous vraisemblablement têtes de liste à la Chambre.


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