Dutroux: une demande de pure forme

Dutroux ne sera pas libéré, "si c'est le cas, je cuis ma toge et je la mange", dit un avocat. Le verdict tombera le 18 février, mais Marc Dutroux est le seul à penser qu'il pourrait être positif.

J. La.
Dutroux: une demande de pure forme
©Bauweraerts

Il y avait deux salles séparées afin d’éviter que Marc Dutroux et ses victimes ne soient en contact direct. Le tribunal de l’application des peines (TAP) de Bruxelles a tout mis en œuvre hier pour que l’examen de la demande de libération conditionnelle de Marc Dutroux, qui entend bénéficier du port d’un bracelet électronique, se déroule de la manière la plus sereine possible. Et le pari semble réussi.

Le TAP, qui a siégé comme le prévoit la loi à huis clos, se prononcera le 18 février. Et personne n’imagine qu’il accédera à la demande de Dutroux qui pouvait, pour la première fois, s’adresser à un TAP pour un aménagement de peine sous surveillance électronique, soit moins de six mois avant la date théorique - 30 avril 2013 - d’une libération conditionnelle à laquelle personne ne croit.

L’audience a duré deux heures dans un palais de justice quasiment en état de siège. La police a filtré les entrées pour éviter les éventuels débordements. Qui n’ont pas été au rendez-vous. Tout au plus une vingtaine de militants d’un groupuscule d’extrême droite, canalisés sur un petit terre-plein situé en face du palais de justice, ont-ils scandé des "Pendons les pédophiles" ou encore "Dutroux doit rester au trou".

Le débat ne se tenait pas là. Pas plus qu’au milieu de la centaine de journalistes, venus de toute l’Europe, pour, qui sait, entrevoir un Marc Dutroux qui a déjà purgé près de 17 ans de prison. On n’a pu que le deviner, hirsute, avec une longue barbe grise, à travers une porte à peine entrouverte quelques secondes.

L’audience, minutieusement préparée et à laquelle, parmi les victimes, seule la famille Lambrecks a assisté, a débuté à 14h15. Sabine Dardenne et la famille Russo n’étaient pas là, conformément au choix qu’ils ont fait depuis quelques années. Paul Marchal, déçu que le législateur n’accède pas à ses demandes de donner une plus grande place aux victimes, n’avait pas "voulu prendre part à cette farce". Pas plus que Jean-Denis Lejeune ou Laetitia Delhez qui mettent désormais leurs espoirs déçus de participation au débat sur les libérations conditionnelles dans la Cour européenne des droits de l’homme.

Seul Jean Lambrecks et son fils Leendert, le frère cadet d’Eefje, ont tenu à prendre part au débat. Ou plutôt à une partie. Car, dans un premier temps, cela a été au ministère public et à la directrice de la prison de Nivelles d’indiquer que Marc Dutroux, sur la base du plan de reclassement et de son évolution en prison, n’était pas prêt à retrouver la liberté, notamment en raison du risque de récidive.

A charge ensuite pour Marc Dutroux et son avocat, Me Pierre Deutsch, de défendre son projet. "Nous avons convenu de ne rien en dire", répétera son avocat, à sa sortie. Ce fut aussi hors de la présence de la famille Lambrecks.

La seule information qui lui a été transmise, en l’absence de Marc Dutroux mais sous le contrôle de son avocat, l’a été par la présidente du tribunal d’application des peines.

Elle a fait "tout ce qui est possible", sans donner de détails sur le projet de réinsertion présenté par Marc Dutroux, a expliqué après l’audience Me Luk Delbrouck, avocat de Leendert Lambrecks. Car, conformément à la loi, les victimes n’ont pas "droit au chapitre sur la peine", comme le rappelait, a posteriori, Luc Hennart, président du tribunal de première instance de Bruxelles, qui a parlé d’une "audience sereine".

Me Delbrouck et Me Joris Vercraeye, qui représente Jean Lambrecks, ont alors eu la parole. Ils veulent que le TAP interroge la Cour constitutionnelle pour voir si les victimes ne sont pas discriminées par rapport à un auteur. Ils ont formulé leurs observations en cas de libération de Dutroux : interdiction de se rendre en Flandre, obligation de suivre un traitement psychiatrique et d’informer la famille de son évolution, vérification de l’indemnisation. Autant de conditions quelque peu formelles. Car ils ne croient pas à une libération de Marc Dutroux. "Je ne suis pas très inquiet", disait ainsi Me Delbrouck. "Si c’était le cas, je cuirais ma toge d’avocat et je la mangerais", pariait Me Vercraeye.

Il n’y aura aucun suspense pour le 18 février, pour un prononcé de jugement qui devrait - et c’est une surprise - être tenu en audience publique.


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