Les clubs de foot pourraient payer le maintien de l’ordre

Anderlecht-Standard, c'est un match qui déchaine les passions, et qui donne beaucoup de travail aux forces de l'ordre. Un dispositif policier que Joëlle Milquet aimerait que les clubs prennent en charge.

Vincent Rocour
Les clubs de foot pourraient payer le maintien de l’ordre
©BELGA

Dimanche soir. Le “Clásico” entre Anderlecht et le Standard est terminé sur un partage : 2-2. Des supporters se sont sans doute souvenus que des incidents avaient eu lieu lors du match aller. Ne pouvaient-ils pas se séparer sans faire à nouveau du grabuge ? Une fois hors du stade, ils ont utilisé tout ce qui se trouvait à porter de main pour affronter les forces de l’ordre : tables et chaises des terrasses de café, pavés et fragments du mobilier urbain. Quatre policiers sont rentrés chez eux avec des hématomes. Et 12 supporters ont fait un détour par une cellule de la police. Des incidents qui justifiaient a posteriori pourquoi les autorités avaient qualifié ce match de “match à risque” – comme elles le font sans doute à chaque fois qu’Anderlecht et le Standard se rencontrent.

Ce n’est cependant pas le seul match à risque du calendrier. D’autres confrontations donnent lieu à un dispositif policier important. Les autorités communales sont généralement très soucieuses d’éviter aux riverains de vivre des soirées d’émeutes dans leur quartier. Et il ne faut d’ailleurs pas que le match soit jugé “risqué” pour mobiliser la police. Chaque rencontre qui draine plusieurs centaines voire parfois des milliers de personnes, aussi pacifistes soient-elles, nécessite une gestion particulière de la circulation, des places de parkings, etc.

Cinq millions pour la D1

La ministre de l’Intérieur Joëlle Milquet (CDH) a justement été interrogée à ce sujet par le député Philippe Goffin (MR). Elle vient de faire parvenir sa réponse. On y apprend que lors de la saison 2011-2012, 20 597 policiers ont été déployés pour assurer la sécurité lors des matchs de la Pro League. Tout cela a évidemment un coût pour la collectivité. Combien ? Presque 5 millions d’euros – 4 986 910 euros très exactement. Une somme bien rondelette. Mais qui ne paraît pas en hausse. Selon la ministre de l’Intérieur, la Pro League avait coûté davantage à la police lors de la saison 2010-2011 : 5,4 millions d’euros. Il avait fallu déployer 23 140 policiers durant cette saison- là.

Et cela ne concerne, soulignons-le, que la Pro League. Pas les rencontres des divisions inférieures ni les épreuves organisées dans le cadre des autres disciplines sportives, ni a fortiori les manifestations non sportives.

Mais faut-il que la collectivité paye pour le bon déroulement d’activités dont l’accès n’est généralement pas libre ? Cette question apparaît en filigrane dans la question du député. Une réponse y est également apportée. Joëlle Milquet assure qu’il “n’y a pas actuellement un cadre réglementaire afin de facturer ces frais aux organisateurs”.

Mais cela pourrait changer. La ministre de l’Intérieur est en effet en train de préparer deux arrêtés royaux qui permettront, sous conditions, à la police de répercuter sur les organisateurs de ce genre d’événements les coûts du déploiement policier. Au cabinet Milquet, on confirme d’ailleurs que ces arrêtés seront présentés “prochainement”.

L’intention avait été évoquée dans la note de politique générale que la ministre a défendue récemment au Parlement. Le but est que les organes de gestion de la police locale puissent demander une rétribution pour le maintien de l’ordre d’une activité organisée sur le territoire de la commune. “Même s’il ne s’agit pas là de sa vocation première, précisait-elle même, pareille rétribution constituera également un moyen alternatif de financement de la police locale.” La même disposition sera prévue pour la police fédérale. Le tout est de savoir si cette contribution ne se répercutera pas dans le prix du billet pour assister au match de foot ou au festival.

© La Libre Belgique 2013